Anne Paceo, Circles fév18

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Anne Paceo, Circles

Anne Paceo, Circles

(LABORIE JAZZ)

Forme parfaite à la ligne infinie, le cercle, observé dans la nature, est toujours initié par un phénomène éphémère. Une onde, une bulle, un reflet. Métaphoriquement, c’est aussi un recommencement, un cycle qui induit une continuité. En lui-même le cercle développe ce paradoxe d’être à la fois fragile et de représenter la force, tels ces cercles concentriques formés par la croissance du bois qui élargit les troncs ou le mouvement inexorable des planètes autour du soleil. La musique d’Anne Paceo (batterie, voix) condense ces aspects. Il y a la circularité du jeu collectif, qui tourne jusqu’à devenir incassable, l’élégance des formes légères, l’appui sur les expériences passées pour lancer une nouvelle rotation, un nouveau départ. Découvrir ce disque, c’est se projeter dans un champ esthétique inédit qui s’inscrit néanmoins dans la continuité des propositions précédentes de la batteuse. Elle qui prend plaisir à glaner dans les pays du monde des images, des expressions, des regards pour nourrir sa musique, propose cette fois de nouveaux voyages qui, s’ils sont régis par des codes différents, conservent la dimension poétique et chantante qui nous avait fait tant aimer ‘YokaÏ’ ou ses albums en trio. Dans ‘Circles’, les rythmes binaires, la voix et les claviers électrifiés tiennent une place prépondérante. Le style n’est pas la question, car ces chansons échappent à toute étiquette. Elles ne sont pas des territoires de jeu pour solistes, si inspirés soient-ils. Ce sont des pièces où, justement, l’émotion naît d’une mélodie et de la manière, souvent onirique, dont elle est mise en forme, sublimée par des arrangements concis mais raffinés. Cela n’exclut pas évidemment les développements improvisés, qui mettent en lumière l’efficacité du jeu de Tony Paeleman (clarinette, basson), le lyrisme fusant d’Émile Parisien (saxophone soprano), la créativité de Leïla Martial (voix) et l’élégance de la pulsation de Paceo. Mais l’essentiel est ailleurs, dans la diversité des formes, l’originalité des idées, du son. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter les parties de voix malicieuses de Martial, petite fée Clochette espiègle qui volette en tous sens, répandant sur la musique sa poussière magique qui permet au quartet de s’envoler vers des pays imaginaires. Elle chante, de sa belle voix, des chansons émouvantes, effectue un travail de fond sur des nappes sonores avec parfois l’appui du saxophone, elle scatte, rappe, rit, envoûte. Elle se faufile ou se fond dans une masse sonore superbement travaillée par Paeleman, qui montre une fois encore sa propension à emmener la musique dans des territoires esthétiques indéfinis, entre jazz, pop, funk (celui d’Herbie Hancock), avec un soupçon d’électro apporté notamment par les lignes de basse jouées au clavier qui se marient fort bien à la palette de sons élargie de la batterie, additionnée cette fois d’un pad électronique. Le saxophone d’Émile Parisien navigue entre tout cela, se frayant parfois un chemin dans ces entremêlements de sonorités, ou s’accolant à la voix et aux claviers pour épaissir le tissu sonore. On a beau l’entendre souvent, on reste ébahi par son à-propos, dans ses petites interventions discrètes comme dans ses longues et belles envolées. Un environnement renouvelé pour Anne Paceo, qui continue avec « Circles » de partager son enthousiasme et sa fantaisie. Car c’est bien ce qui nous amène, au-delà des qualités évoquées plus haut, à revenir encore et encore sur ce disque. Il est positif, ensoleillé et poétique. Il fourmille de détails mais sonne simplement. Et quand de nouveau s’installe le silence, on a juste envie de le parer encore une fois de ses mélodies rayonnantes.

Olivier Acosta