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Tania Giannouli Ensemble, Transcendence

Tania Giannouli Ensemble, Transcendence

(RATTLE RECORDS)

Avec « Transcendence », Tania Giannouli, jeune compositrice et pianiste grecque, publie son deuxième album pour le label néo-zélandais Rattle Records (Marylin Crispell, Matt Wilson, Joshua Redman..). Après un cursus classique, tant dans l’apprentissage du piano et de sa littérature, que de la maîtrise des harmonies et de la composition, Giannouli s’est investie dans un parcours artistique où la musique se met aussi au service d’autres disciplines artistiques : théâtre, cinéma, vidéo, arts plastiques. Et, en effet, dès la première écoute de « Transcendence », le soucis de l’espace occupé par les notes et les instruments apparaît clairement. Cet album ne propose pas une succession de titres, de compositions, mais raconte une histoire. Tania Giannouli lève le voile sur un univers, son univers, celui de son pays, entouré par la Grande Bleue, un récit de neuf compositions à la linéarité assumée : une ouverture, un développement et un final. Giannouli s’est entourée de quatre instrumentistes talentueux, de niveau international : Alexandros Botinis au violoncelle, Guido de Flavis aux saxophones, Solis Barki aux percussions et Giannis Notarras à la batterie, maîtrise et excellence au rendez-vous. Parenthèse, un batteur et un percussionniste pour un ensemble de cinq musiciens, c’est bien la signature d’une écriture qui s’attache au temps et à l’espace. Le climat qui domine « Transcendence » peut sans doute  le mieux être défini par le concept de « musiques douces-amères ». Rien d’étonnant quand on sait que la compositrice est née dans le pays du rebetiko, ce blues des bords de la Méditerranée,  et qu’en plus, elle ne renie rien de ses racines byzantines et de ses richesses dans les gammes harmoniques au service d’un jeu subtil entre le majeur et le mineur. Ouverture, The Weeping Willow (le saule pleureur) installe tout de go ce climat « doux-amer » : des notes détachées au piano, jouées à la main droite, suivies par les premières interventions toutes en retenue côté percussions, piano compris ! Le violoncelle et le saxophone ne tardent pas à entrer en scène, dans un ostinato qui tisse la toile : le voyage de « Transcendence » peut commencer. La suite est composée de titres évocateurs : The Sea, Sun Dance, The Time Will Come, Mad World et en coda Untold (indicibles). On peut penser que la musique de Tania Giannouli évoque la Grèce d’aujourd’hui, ses souffrances, ses défis, sa position géographique aux portes de l’enfer du Moyen-Orient. « Transcendence » comme une bande-son d’une tragédie grecque contemporaine ? Sans doute. Et, dans le même temps, cette résonance autour de l’ici et maintenant se réfère aussi à la tragédie de notre humanité, tout simplement, du local au global, en musiques. Mais, face à cette tragédie, souvent en mineur, la musique peut répondre avec la vigueur d’un titre comme Faster Than Wear (plus rapide que l’usure), où les cinq membres de l’ensemble explorent les extrêmes. Ensuite, sur From Foreign Lands, Giannouli reprend la mélodie des Kinderszenen (scènes d’enfants) de Robert Schumann. Cette référence aux nouvelles générations, après l’évocation de l’usure, qui à son tour précède Obsession et Mad World : la pianiste fréquente trop le monde littéraire pour qu’il s’agisse d’une simple coïncidence. En coda de « Transcendence », Untold revient à l’impressionnisme de The Weeping Willow, un climat au bord de la déchirure qui semble ainsi boucler la boucle : le son du saxophone soprano y côtoie les timbres du hautbois, la contrebasse est jouée pizzicato, et les sonorités aiguës des cymbales frottées contribuent à vous donner la chair de poule. Émotions garanties ! On veut croire que « Transcendence » est d’abord un signe d’espoir/ελπίδα(elipida)…

Philippe Schoonbrood