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Henning Sievers Double Quartet

Henning Sieverts, Double Quartet

PIROUET RECORDS

Le contrebassiste et violoncelliste Henning Sieverts fait partie de ces remarquables musiciens allemands trop peu connus et écoutés chez nous. Avec plus de 130 enregistrements à son actif, dont une quinzaine sous son propre nom, il jouit d’une reconnaissance plus qu’appréciable dans son pays où il a reçu de nombreux prix tels le « New German Award Prize» en tant que soliste ou l’« Echo Jazz 2010 » pour l’enregistrement de « Blackbird » son deuxième opus en tant que leader chez Pirouet Records. Son quatrième album pour le label bavarois sortira début juin. A l’origine de cet enregistrement se trouve un projet pour le « Tonspuren Festival » qui a lieu chaque année dans le monastère Irsee de basse-Bavière. S’inspirant d’une Messe du dix-septième siècle dont il reprend deux motifs (un cantus et un hexacorde), Henning Sieverts en reprend des éléments pour construire une série de compositions enregistrées quelques jours à peine après le festival, avec pour fil conducteur l’idée d’un « double quartet » fonctionnant à géométrie variable du duo à l’octet. Deux saxophonistes d’abord l’alto et soprano Loren Stillman, basé à New-York et déjà auteur de plusieurs cédés pour le même label, et Sylvain Rifflet au ténor et mieux connu chez nous pour ses activités avec Pascal Schumacher. On retrouve aussi le vibraphoniste sur ce projet pour former la paire d’instruments harmoniques avec le pianiste Florian Weber. Deux batteurs aussi avec Jochen Rueckert et John Hollenbeck qui a déjà participé à trois enregistrements de Henning Sieverts. Rayon grave, Sieverts a fait appel au tubiste français François Thuillier. C’est avec ce dernier que le contrebassiste ouvre en duo l’album sur une courte pièce totalement improvisée qui explore les sons les plus graves des deux instruments.  Inspiré par la Messe déjà citée, « Cantus Five » est une pièce enlevée avec énergie sur un rythme afro-cubain; on se réjouit pendant tout l’album de la présence d’un vrai swing, même dans les pièces d’inspiration plus contemporaines comme « Ebird », ou comme dans ces échanges entre duos basse/tuba et soprano/clarinette sur « Fasoldo ». Si la musique de « Double Quartet » repose sur un travail de transcription qui pourrait susciter la crainte d’un « intellectualisme » froid et distant, il n’en est absolument rien à l’écoute de l’album et on pourrait même prétendre le contraire : « Double Quartet » est un album on ne peut plus vivant, ancré à la fois dans une tradition jazz profonde et dans un esprit contemporain créatif et jouissif. Une nouvelle galette qui témoigne de la vitalité du jazz en Allemagne.

Jean-Pïerre Goffin