Raymond Boni – Didier Lasserre, Soft Eyes juil05

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Raymond Boni – Didier Lasserre, Soft Eyes

Raymond Boni – Didier Lasserre, Soft Eyes

IMPROVISING BEINGS

Une très belle rencontre, chercheuse et réfléchie, entre un guitariste inoubliable (Raymond Boni) et, pour une fois, en acoustique, et d’un percussionniste/batteur (Didier Lasserre) qui va à l’essentiel. Tandem en mode intimiste, et tout en questions réponses. Et donc, quelles questions…. L’art du silence intégré dans la poursuite des sons, le jeu lyrique et souvent enflammé, mais très épuré, de Raymond Boni à la guitare qui privilégie les petites touches, les frappes imprévisibles de Didier Lasserre. Les interventions millimétrées à l’harmonica en suspens au-dessus des peaux frappées singulièrement dans un dialogue tangentiel, tout concorde à nourrir la sensibilité de l’auditeur dans sa découverte. La dynamique éprouvée des deux duettistes souligne l’écoute : on frôle le silence du bout des doigts après avoir frappé l’imagination. Coups secs et blanches qui expirent dans l’air chaud. Frappes sélectionnées dans l’inconnu de la batterie. Un morceau est consacré à l’exploration des cymbales à l’archet et la modulation improbable des harmoniques qui en résulte. Une série de pièces se succèdent qui, tout en restant dans le cadre sévèrement délimité et exigeant de leur esthétique commune, renouvellent leur expression, les couleurs, les affects, les émotions. Raymond Boni est un des grands pionniers de la guitare alternative et improvisée. En 1970, il publiait son premier manifeste solo, « L’oiseau, L’arbre, Le Béton » (Futura- Ger), la même année où Derek Bailey publia son premier opus solitaire (Incus 2). Mélodiste d’avant-garde avec un goût absolu, le voici qui se rappelle à nous en poussant plus loin la mise en question des paramètres de la musique avec un acolyte aussi chercheur et « insituable » que lui, Didier Lasserre. Le label Improvising Beings nous envoie ainsi un album qui sollicite l’écoute et la réécoute. Ce label essaie de présenter la mouvance librement improvisée sous toutes ses coutures et « Soft Eyes » est à cet égard un vrai manifeste.

Jean-Michel Van Schouwburg