Eric Legnini « Ballads » mar06

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Eric Legnini « Ballads »

Eric LEGNINI: Ballads (Discograph / PIAS)

Un retour aux sources et une vraie leçon de piano.

Le 7 mai 2006, au Salon Mativa à Liège, Eric Legnini était invité à la projection du film d’André Romus « La leçon de piano » : on y voyait le tout jeune Hutois, frais arrivé à New York, recevoir les précieux conseils de Richie Beirach. A la suite de quoi, il avait donné un superbe concert solo tout entier dédié à une série de grands classiques revisités avec fougue. De toute évidence, il était aussi doué pour l’exercice sans filet du solo que pour l’art du trio. Tout au long de sa carrière discographique française, après avoir longuement plongé l’inspiration de son trio dans la musique soul (Miss Soul en 2006) ou ce boogaloo des années ’60 (Big Boogaloo de 2007), le pianiste quarantenaire a décidé d’opérer un véritable retour aux sources: se réapproprier l’art de la ballade, un art sans concession possible. « La ballade reste ce qu’il y a de plus dur à jouer. Sur un tempo plus up, on peut masquer les petits défauts, les imperfections. En revanche, si on n’a pas d’idée sur une ballade, on est cuit. Le débit impose la précision, la concision. Jouer ce répertoire, c’est s’imposer un retour aux fondamentaux. » Et de fait, tout au longs des quinze plages de l’album, Eric est loin de manquer d’idée, d’inspiration : que ce soit sur de grands classiques (In a sentimental mood d’Ellington), sur des standards mille fois interprétés (Willow weep for me, I can’t get started) ou sur cette mélodie superbe de Jobim (Portrait in Black and White cher à Chet), il réinvente l’art du piano trio, comme l’ont fait Bill Evans ou Keith Jarrett. En parfaite empathie avec Thomas Bramerie (contrebasse) et Franck Agulhon (batterie), il se réapproprie les mélodies avec une imagination en constant éveil : « La manière de jouer la mélodie est la couleur fondamentale dont découle l’improvisation. » La fidélité aux mêmes compagnons de route – F. Agulhon présent dès les débuts du trio, T. Bramerie accueilli par la suite, comme lors des Dinant Jazz Nights de 2010 – est elle-même gage de qualité :   »Je pense que le travail dans la durée est important dans le jazz parce qu’il s’agit d’une musique complexe et qui requiert beaucoup de qualité d’écoute. » C’est le même sens de la pureté mélodique que l’on retrouve dans les neuf plages interprétées en solo : une série de compositions personnelles autrefois jouées en trio (Trastevere et Nightfall de l’album Big Boogaloo ou Amarone de Trippin’) et de grands classiques revisités avec un sens étonnant de l’invention (Prelude to a kiss, Smoke gets in your eyes, Darn that dream). Ce sens de l’invention, on le retrouve aussi dans ces deux versions différentes de ce Folk Song d’une parfaite limpidité mélodique. Ballads ou la preuve par quinze qu’Eric Legnini, dans la grande tradition de Phineas Newborn, Oscar Peterson ou Bill Evans, sait allier précision du doigté et sens mélodique : une vraie leçon de piano.

Claude  Loxhay 

 


Eric Legnini Trio – Ballads [Nouvel Album] par Discograph