Oiseaux- tempête, Unworks & Rarities 2012-2015 déc20

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Oiseaux- tempête, Unworks & Rarities 2012-2015

Oiseaux-tempête, Unworks & Rarities 2012-15

SUB ROSA/MANDAÏ

On ne le soulignera jamais assez : s’il n’y avait cette passion qui anime quelques illuminés quasi bénévoles au sein de micro-structures indépendantes, bon nombre de groupes extrêmement talentueux n’existeraient tout simplement pas. On pense tout d’abord à Sub Rosa, une maison de disques bruxelloise devenue mythique et dont le patronyme provient d’une locution latine que l’on pourrait justement traduire par « de façon confidentielle » (« sous la rose » renvoie en effet aux couronnes que les Romains portaient lors de certaines ribotes bien arrosées, sensées demeurer discrètes…). Dès la fin des eighties, Sub Rosa a concentré toute son énergie au profit de nouvelles formes de musique (« bruitiste », concrète, …). Et si Sub Rosa poursuit aujourd’hui encore son irrésistible travail de défrichage, on le doit en grande partie à des distributeurs « presque sans but lucratif », à l’instar des Namurois de Mandaï, dont le catalogue n’a probablement jamais abrité un seul artiste réellement « vendeur ». Qu’ils en soient remerciés… Sans eux, sans ce don du sacrifice, pas d’Oiseaux-tempête, petite formation « jazzy post-rock » parisienne, dont le dernier album tourne sur notre platine sans discontinuer depuis plusieurs semaines ! Articulée autour d’un noyau central bicéphale (Frédéric D. Oberland et Stéphane Pignuel) cette formation a géométrie variable a déjà commis, depuis sa naissance, en 2012, deux albums, chaque fois pour le compte de Sub Rosa. Il y a chez ces oiseaux-là plusieurs points de convergence avec l’éclatante troupe montréalaise Godspeed You ! Black Emperor. Comme leurs cousins canadiens, Oiseaux-tempête nous propose une musique hypnotique ; des mélodies gracieuses et tendues. Quand ils tiennent une idée (et elle est souvent bonne), ils en épuisent la moindre ressource, qu’il s’agisse de quelques nappes d’ondes Martenot entrelacées à l’infini (« Eclipse & Sirocco »), d’un gimmick de guitare entêtant (« Quai de l’exil ») ou encore d’une atmosphère mélodique qui sonoriserait aisément un film des frères Coen (« Black as Midnight On A Moonless Night »). Enfin, et toujours à la manière de GY !BE, Oiseaux-tempête enrichit sa musique d’une dimension politique engagée (cf. « The Strangest Creature On Earth », dont le texte narré est emprunté au poète communiste turc Nâzim Hikmet Ran). Bien mieux qu’un recueil de fonds de tiroirs oubliés, ces « Unworks & Rarities » forment l’album abouti d’un groupe que l’on se réjouit déjà de retrouver pour un nouveau « véritable » album, déjà attendu pour le printemps prochain.

Joseph « YT » Boulier