A Different Porgy and Another Bess juin05

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A Different Porgy and Another Bess

David Linx – Maria Joao
Brussels Jazz Orchestra 

(Naïve/Pias)

Après l’album « Changing Faces » enregistré en 2OO7, voici la deuxième collaboration de David Linx avec le Brussels Jazz Orchestra, un écrin de luxe pour sa voix ondoyante. Il retrouve aussi Maria Joao qui avait déjà gravé avec lui deux plages de « Changing Faces » et le double album « Follow the Songlines » de 2010. En elle, il trouve une véritable complice naturelle :   »Maria et moi sommes un peu l’alter ego de l’autre: on se respecte beaucoup. » Les voici réunis pour nous livrer leur version personnelle de Porgy and Bess, un projet de grande ampleur qu’ils ont déjà présenté à Flagey, à Tournai, Budapest et en Hollande: « Porgy and Bess, comme Follow the Songlines, fait partie de ces projets qui nous font grandir musicalement et artistiquement. » L’opéra de Gershwin avait déjà fasciné d’autres jazzmen, on connaît, entre autres, la version chantée de Louis Armstrong et Ella Fitzgerald de 1958 et la version orchestrale de Miles Davis en compagnie de l’orchestre de Gil Evans (1958) ou celle, plus récente, de Paolo Fresu en sextet. Mais, comme le titre de l’album l’indique, David et Maria ont tenu à présenter une version « différente » des précédentes. Différente, non pas principalement au niveau du répertoire choisi mais bien plus dans son traitement. Dans sa version intégrale, l’opéra dure plus de trois heures, un choix s’impose donc au niveau des chansons choisies : ici, 11 titres pour une durée totale de 72 minutes, contre 13 titres chez Miles et Fresu et 15 chez Armstrong. On retrouve bien sûr quelques-uns des thèmes les plus réputés (Summertime, I love you Porgy, I’ve got plenty of nothing) mais aussi des airs moins connus, commes ces thèmes proches du gospel (Oh Lord, I’m on my way ou Oh, doctor Jesus) mais la plupart de ces thèmes moins réputés avaient déjà été choisis par Armstrong ou Miles. Seul A red-headed woman, dont David Linx a écrit les « additional lyrics », ne figurait dans aucune des versions jazz précédentes. C’est l’approche de l’oeuvre de Gershwin qui se veut totalement différente. D’abord dans la présentation des personnages. On sait que l’opéra originel comportait quelques clichés à connotation raciste propre à l’époque, ne fût-ce que dans le maniement de la langue anglaise. Ici, David a décidé de corriger ces fautes de grammaire ou de prononciation: le « Bess, you IS my woman now » retrouve sa forme correcte « you ARE » et le « plenty o’ nuttin’ » redevient « plenty of nothing ». Un détail peut-être, mais qui dénote une volonté de revaloriser les personnages. Enfin, il y a l’interprétation et les arrangements musicaux. David Linx et Maria Joao se sont réellement approprié les thèmes de Gershwin, ils les abordent avec leur propre personnalité vocale : « On est tous les deux connus pour notre différence, pour la personnalité qu’on amène » aime à répéter David. Maria garde ses accents juvéniles, presque enfantins, dans la voix qui soulignent toute la fragilité du personnage et David se lance volontiers avec elle dans ces improvisations en scat qui font toute sa puissance vocale (Bess, you are my woman now, I’ve got plenty of nothing). Bref, David et Maria nous livrent une version pleine d’émotion mais aussi de swing, ce que souligne parfaitement la puissante masse sonore de l’orchestre. Signés par onze personnalités différentes – que ce soit des membres du BJO comme Lode Mertens, Pierre Drevet, Dieter Limbourg ou Frank Vaganée pour une version trépidante de Summertime ou d’anciens collaborateurs de Changing Faces tel Pierre Bertrand, le leader du Paris Jazz Big band -, les arrangements sont superbes. Animés d’un groove puissant, ils laissent aussi une large place aux onze solistes de l’orchestre, entre autres, Hendrik Braeckman (guitare) sur A Woman is a Sometime Thing, Pierre Drevet (trompette) sur Oh Lord, Nathalie Loriers (fender Rhodes) sur Clara, Bart Defoort (saxophone ténor) sur My Man is Gone Now ou Bo van der werf sur Summertime. Une réussite totale qui illustre à merveille l’empathie complice qui réunit David Linx, Maria Joao et les musiciens du Brussels Jazz Orchestra.
Claude Loxhay