Michel Debrulle, Le Lion Joue Collectif mai03

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Michel Debrulle, Le Lion Joue Collectif

Michel Debrulle : le Lion joue collectif

Dans le viseur du batteur liégeois, le Mithra Jazz à Liège avec Trio Grande, Radio France Paris en juin et le Gent Jazz Festival en juillet, à la fois avec le trio et Rêve d’Eléphant Orchestra, enfin, un Best of qui réunit 17 musiciens issus des différents collectifs.

Propos recueillis par Claude Loxhay

(c) JOS KNAEPEN

Beaucoup de formations actuelles sont éphémères, Trio Grande existe depuis 25 ans. Comment fait-on pour durer un quart de siècle ?

Oui, Trio Grande existe depuis 25 ans et Rêve d’Eléphant depuis presque 17 ans. Comment fait-on ? Je n’ai pas de recette. Je vais dire qu’on a choisi les bonnes personnes. C’est aussi le fait de ne pas se perdre dans trop de directions, de choisir les projets qui rassemblent tout le monde. Simplement , il y a une forme d’honnêteté dans les propositions et dans les rapports, qu’ils soient affectifs ou financiers. La confiance est renouvelée à chaque fois. On essaie d’avoir une communication la plus claire possible sur les projets pour que tout le monde sache dans quelle direction on va, pour qu’il n’y ait pas de frustration, pour que les musiciens ne se sentent pas au service d’un leader mais impliqués, chacun à part entière, dans le processus, au sein d’un collectif où chacun peut être compositeur, arrangeur et soliste.

Après deux albums avec le pianiste Matthew Bourne, Trio Grande revient à sa formule initiale pour l’album Trois Mousquetaires…

Pourquoi ? D’abord, au départ, la formation est un trio. La rencontre avec Matthew est née d’une opportunité : Jean-Pierre Bissot nous avait proposé une carte blanche pour le Gaume Jazz Festival de 2006. On avait entendu Matthew lors de festivals en Angleterre et son agent Geoff Amos nous avait dit qu’une rencontre entre Matthew et Trio Grande serait intéressante. Pour cette carte blanche, on a proposé d’inviter Matthew. Cela s’est très bien passé dès les premières rencontres. Il y a eu un premier disque, Un matin plein de promesses, et, vu le succès, on lui a proposé un deuxième mais, déjà sur Hold the Line, il y avait quelques morceaux en trio, parce qu’après un album entier avec Matthew, c’était bien de retrouver ce son à trois. Quand on a eu la possibilité de faire un cinquième album, c’était un challenge de revenir à l’essence du trio, de nous obliger à rechercher une façon très organique de fonctionner, avec des alliages sonores qu’on n’avait pas encore expérimentés. Il y a aussi un autre argument, même si ce n’est pas le principal, c’est que Matthew habite Manchester et que, à chaque fois, il fallait prévoir un transport en avion et avoir un bon piano partout où on jouait. Cela limitait la vie du projet. On s’est posé la question de savoir si on allait choisir un autre invité sur un ou plusieurs morceaux, mais, finalement on a décidé de repartir à trois comme au bon vieux temps. La presse nous attendait un peu au tournant mais les réactions ont été excellentes : tous soulignent la fraîcheur, la qualité d’écriture et d’interprétation.

Comme pour les précédents, l’album « Trois Mousquetaires » comprend uniquement des compositions originales : neuf écrites par Michel Massot dont plusieurs, comme Bamako, ou Sur les bords du Niger, sont inspirées par l’Afrique…

On a toujours fait des compositions originales. Comment fait-on un disque ? Michel et Laurent sont avertis bien avant l’enregistrement pour amener un maximum de matériel à sélectionner. On choisit toujours les morceaux qui sont le plus proche du potentiel et de l’instrumentation du trio. Michel avait composé ces deux morceaux lors d’un voyage au Mali avec Mâäk et, pour l’album, on a ré-arrangé ces deux morceaux. En même temps, Michel est un quart africain, il est quarteron , il a une maman d’origine congolaise : son rapport à l’Afrique vient de ses origines.

(c) JOS KNAEPEN

Les six autres compositions sont signées par Laurent Dehors, avec une certaine dose d’humour, comme dans Attention à tes béquilles, mais aussi avec une réelle tendresse liée à des souvenirs d’enfance. A la Jazz Station, il a expliqué qu’on chantait, au sein de sa famille, les paroles de Quand on se promène…

Ce qui est bizarre avec ce morceau-là, c’est qu’on l’a travaillé sans les paroles puis, petit à petit, on a compris que Laurent voulait reprendre des extraits de la chanson. Ce n’est que lors des deux dernières heures de studio, à l’arrache, qu’on se trouve tous les trois sous un micro et qu’avec Laurent, on entame les paroles. C’était l’intention cachée de Laurent de nous faire chanter.

Ce partage des compositions entre Michel et Laurent fonctionne très bien. Laurent, c’est l’école française : il aime bien la valse, le disco. Mais pas seulement, il a une qualité d’écriture qui ne se résume pas à un clin d’oeil. Les compositions de Michel sont dans une forme plus nostalgique mais, chez l’un comme chez l’autre, il y a une vraie qualité de mélodiste. Parfois, la critique met trop en avant le côté festif du trio, qui est certes très important. C’est évident lorsqu’on est sur scène, il y a, avec le public, un rapport de partage, de communication et de rire. Mais il y a aussi des moments très profonds, très mélodiques.

Une des caractéristiques du trio, c’est son poly-instrumentisme : comment se décide le choix de l’instrumentation ?

C’est par expérimentation. Par exemple, dans une de ses compositions, Michel pense, au départ, à une association ténor-tuba et Laurent propose d’essayer à la clarinette en mi. On fait des essais et on essaie de trouver les alliages sonores qui mettent le mieux le thème en valeur. On ne cherche pas la performance pour la performance. Le but est de trouver le timbre idéal, le plus juste par rapport à la composition. Côté instruments, Laurent, c’est un magasin ambulant : à part, le saxophone alto, il joue de toutes les anches, soprano, ténor, toutes les clarinettes, y compris la clarinette contrebasse, mais aussi la guimbarde, l’harmonica, la cornemuse et la voix. Avec Michel, on dispose de l’euphonium, du sousaphone, du trombone, plus les différentes sourdines : il y a déjà un potentiel énorme de variations de timbre sonore pour un trio.

Le nouvel album est toujours enregistré sur le label brugeois WERF : une preuve de fidélité de votre part mais aussi de la part de Rik Bevernage qui vient de prendre sa retraite…

Odyssée 14 de Rêve d’Eléphant et Trois Mousquetaires de Trio Grande sont les derniers albums enregistrés sous la bienveillance de Rik Bevernage et Benny Claesiers. Il y a toujours eu un rapport de confiance entre Rik et nous, dans ce sens que, lorsqu’on lui disait qu’on était prêt pour un nouvel album, il était partie prenante. En plus, nous ne faisons pas un disque tous les ans, plutôt tous les 4 ou 5 ans : on ne l’assaillait pas de propositions. Par ailleurs, je crois que c’est des groupes qu’il aime beaucoup. Il a toujours eu une confiance absolue dans ce sens où il nous laissait choisir le répertoire, le studio et l’équipe avec laquelle on voulait enregistrer. C’est une belle histoire.

Il existe pas mal de dates de concert, à la fois pour Trio Grande et pour Rêve d’Eléphant Orchestra. Et d’abord, le trio au festival Jazz à Liège, le 11 mai…

Oui, en fait, quand on a sorti le disque, forcément on voulait faire une date à Liège. On avait fait un beau concert avec Rêve d’Eléphant au Mithra l’an dernier :  les organisateurs comme le public avaient réellement apprécié. J’ai alors demandé à Fabrice Lamproie et à la Maison du Jazz s’ils étaient intéressés à programmer Trio Grande. Ils ont accepté à condition que la sortie de l’album sur Liège se fasse au festival. Voilà pourquoi on n’a pas encore joué à Liège. On réserve la première date au Mithra. Quand il a écouté l’album, Fabrice m’a rappelé pour me dire’ qu’il aimait beaucoup le disque : ça tombe bien.

Le 3 juin, tu es invité à la Maison de la Radio à Paris, pour un double concert public, avec Trio Grande et Rêve d’Eléphant. Voilà une date importante…

Il ne faut pas trop fantasmer avant, mais c’est sûr que le fait d’être invité par Radio France, grâce à Arnaud Merlin, pour le dernier concert public de l’année au studio 105, c’est une double reconnaissance puisqu’il a choisi les deux groupes : chacun jouera une heure, dans un endroit où la programmation jazz est de haut vol. Ce concert live fait d’abord plaisir mais, en plus, il va être enregistré et diffusé plus tard, ce qui nous donnera peut-être la possibilité d’être entendus par d’autres programmateurs français. Radio France a des auditeurs fidèles et puis c’est un concert public dans une salle pas trop grande, dans une ambiance intime.

(c) JOS KNAEPEN

Après, en juillet, il y aura le Gent Jazz Festival, avec les deux formations aussi…

En fait, on nous a d’abord contactés pour faire 3 sets avec Trio Grande et puis, dans la même journée, on a reçu un mail pour nous demander si on était disponible pour faire le quatrième set, à 22 heures, avec Rêve d’Eléphant. C’est bien aussi parce que c’est un gros festival en Belgique. Jouer en Flandre est toujours très important : c’est un vrai public de jazz. On avait beaucoup joué en Flandre avec le trio, un peu moins les derniers temps. C’est une belle opportunité de faire découvrir les deux derniers albums pour un public aussi familial, parce que Gand, c’est le rendez-vous incontournable des Gantois. C’est l’occasion de toucher des gens qui ne viendraient pas nous voir dans un club et qui n’achèteraient pas le cédé a priori.

Avec Rêve d’Eléphant, il y a eu une rencontre inédite, avec le pianiste japonais Hoppy Kamiyama, pour Ars Musica, à Bruxelles…

C’était une super rencontre. Bruno Letort, directeur d’Ars Musica qui, apparemment, nous suivait, se renseigne sur le Collectif du Lion : il nous propose de participer à son festival. Il travaillait par thème et par pays. Or, là, l’invité, c’était le Japon : un pays et une culture qu’on n’avait jamais approchés de quelque manière que ce soit. Il nous a dit qu’il avait quelqu’un à nous proposer : un pianiste et compositeur, Hoppy Kamiyama que personne d’entre nous ne connaissait. Il nous a proposé de regarder des vidéos et de faire ensuite une proposition : voir avec qui et comment on pouvait organiser une rencontre. En regardant les vidéos et en écoutant la musique, on s’est rendu compte qu’il avait une univers à la fois baroque, parce qu’il mélange plein d’influences, mais qu’il est aussi très kitch, très contemporain : sous certains aspects, proche de Frank Zappa. Il touche à différentes influences musicales mais possède aussi un univers très rythmique. J’ai dit à Bruno Letort que c’était avec Rêve d’Eléphant que la rencontre pouvait être la plus intéressante, vu les trois percussionnistes. On a alors fait des échanges de partitions par internet et on a eu trois jours d’intenses répétitions avec lui : c’est quelqu’un d’adorable, prêt à tout, d’une gentillesse absolue. La rencontre a été chouette à plusieurs niveaux : on a fait ce concert et ce serait intéressant de pouvoir prolonger cette rencontre par un enregistrement, mais on n’en est pas là. Dans tous les cas, cette rencontre n’est pas aux oubliettes.

Tu as aussi rejoué avec Tout est Joli…

Oui, avec Thierry Devillers, on a fait deux concerts, en invitant Nicolas Dechêne à la guitare et Laurent Meunier au saxophone, l’un à Kultura, l’ancien Cirque Divers et l’autre à La Halte. Ces deux concerts ont été l’occasion de présenter un nouveau répertoire.

As-tu d’autres projets ?

La prochaine création, c’est le 7 septembre, on joue au Théâtre Marni, pour l’ouverture du festival, avec Trio Grande et, en première ou deuxième partie, on ne sait pas encore dans quel ordre on va le faire, on va créer le Rêve d’Eléphant Percussions. Au départ, Rêve d’Eléphant était un projet de percussions, avec Etienne Plumer et Stephan Pougin. Le festival choisit toujours un instrument et, cette année, c’est la batterie, comme il y a eu une année basse, une autre tuba avec Michel. Pour ce concert, on se réserve la possibilité d’avoir un ou deux invités, le choix n’est pas encore fixé.

En septembre aussi, à Bozar, avec Trio Grande et, en invités, Jean-Paul Estiévenart à la trompette et Nicolas Dechêne à la guitare, on va accompagner un film muet : on retrouve là un exercice qu’on avait souvent fait avec Garrett List et l’Orchestre du Lion. Par ailleurs, Trio Grande et Animus Anima qui participe à la galaxie du Lion, on va participer au Belgian Jazz Meeting.

Enfin, un gros projet est de pouvoir enregistrer le Best Of du Lion, tel qu’on l’a présenté, en juin 2016, finalement au Reflektor, puisque, à cause des orages, on n’a pas pu jouer sur la Place Neujean comme prévu. L’idée est de sortir l’album pour le festival Connexions Urbaines de 2018. On va reprendre des thèmes de différents groupes issus du Collectif du Lion, de Trio Bravo à  Rêve d’Eléphant, en passant par Tout est Joli ou Silver Rat Band. C’est Pierre Bernard qui a arrangé la majeure partie du répertoire. Clément Dechambre, Laurent Dehors et Nicolas Ankoudinoff ont fait chacun un arrangement. Dans un premier temps, l’idée est de faire une sélection des morceaux les plus représentatifs, avec les 17 musiciens et, plus tard, on souhaiterait inclure de nouvelles compositions propres à l’orchestre.

Pour 2018, on nous a aussi invités à reprendre le spectacle de rue Sous les Pavés, d’abord pour le festival Métamorphoses en mai. Il s’agit d’une re-création pour laquelle on a engagé le metteur en scène Jean-Michel Frère qui est un spécialiste du spectacle de rue. Il va repenser le projet parce que, par manque d’expérience, lors de la création, on avait opté trop pour un spectacle sous une forme de salle transformée en spectacle de rue. Avec Jean-Michel Frère, on travaille sur une autre occupation de l’espace, lui qui a un rapport au public plus proche du spectacle de rue. Bref, les projets ne manquent pas.

Portrait : Michel Debrulle, batteur from zero4 on Vimeo.

Concerts

Trio Grande :

11 mai, Mithra Jazz à Liège

3 juin, Paris, Radio France, Maison de la Radio (+ Rêve d’Eléphant)

8 juillet, Gent Jazz festival (+ Rêve d’Eléphant)

Septembre, Bruxelles, Marni (+ Rêve d’Eléphant Percussions)

Amis Terriens :

21 avril, Liège, Péniche Le Ventre de la Baleine

15 juin, Bruxelles, Pianofabriek