Die Anarchistische Abendunterhaltung juin21

Tags

Related Posts

Share This

Die Anarchistische Abendunterhaltung

Die Anarchistische Abendunterhaltung,

« Nous étions si jeunes et rebelles… »

C’est à Liège, et à quelques jours près, que le quartet Die Anarchistische Abendunterhaltung « nouvelle mouture » a fêté ses vingt-cinq ans d’existence. Moins fougueux qu’à leur naissance, les cheveux un peu grisonnants, mais toujours aussi concernés et passionnants, les Anversois ont conquis le public venu partager avec eux quelques beaux souvenirs multiculturels. Rencontres.

4 mai 2017, concert au Reflektor (Liège)

McCloud Zicmuse et sa bande fantasque « Le Ton Mité » ont ouvert les hostilités. Juste histoire d’échauffer un peu la salle dans une atmosphère qui se prêtait parfaitement à la bonne humeur… Il est déjà temps d’accueillir le quartet Die Anarchistische Abendunterhaltung, venu fêter avec nous ses vingt-cinq ans d’existence. A cette occasion, le groupe propose un répertoire inchangé certes, mais avec de nouveaux sons et de nouveaux arrangements signés Rudy « dEUS » Trouvé.

Exit les cordes des frères Lenski, qui ont cédé leur place à un batteur (Jeroen Stevens) chargé d’encadrer le show et de jouer le rôle de Maître de cérémonie.         C’est le même Rudy Trouvé (présent dans le public) qui a réalisé le film projeté en fond de scène. Les voix, ainsi que certains instruments enregistrés en overdub sur la toile, sont parfaitement synchronisés. Pas une seule erreur (remarquée du moins) : le groupe maîtrise la difficulté technique de haute volée ! Vingt-cinq ans d’existence défilent sous notre regard et à nos oreilles ; quelques vieilles bandes archivées ont dû toucher la corde sensible des fans. Tangos déchaussés, reggae dub surgissant d’une autre planète ou jazz-rock étincelant : les Anversois ont séduit les âmes les plus syncrétiques. Il sera encore possible de les applaudir au Festival de jazz de Gand (le 15 juillet) et au festival de Dranouter (le 4 août).

En interview, même soir, même lieu

Roel Van Camp (accordéon) et Han Stubbe (clarinettes, claviers), les deux seuls membres survivants de la formation originelle, nous avaient fixé rendez-vous dans les loges du Reflektor, avant de monter sur scène…

En vingt-cinq ans… Qu’est-ce qui a changé chez Die Anarchistische Abendunterhaltung ?

Roel : En ce qui me concerne, je me sens plus âgé (sourire). Je suis devenu beaucoup plus calme et je pense que ça se ressent dans l’évolution de notre musique… A nos débuts, nous étions beaucoup plus énergiques ! Nous jouions d’ailleurs trop de notes… Aujourd’hui, j’apprécie davantage de jouer la bonne note au bon endroit que d’en faire beaucoup trop…

Han : C’est vrai, nous étions excessifs. Nous étions encore adolescents ; constamment à chercher à « entrer dans le rouge » et à dépasser les limites ! Notre musique était personnelle, énergique. J’en suis très fier, mais aujourd’hui, je ne sais plus écouter nos premiers disques… Ton expression « punks de l’archet » convenait en effet très bien à la situation de l’époque… Mais être punk, ça doit rester un sentiment naturel… Aujourd’hui, on n’est plus dans cet état d’esprit… On ne va pas faire semblant…

Roel : On a remplacé l’énergie de l’époque par un peu plus de fantaisie… 

Peut-on encore vous entendre à la radio ?

Han : Les seules radios qui nous programment encore sont de sources classique ou jazz. Radio Klara en Flandre, par exemple. Ceci-dit, dans les années nonante, nous n’étions pas souvent programmés non plus… Aujourd’hui, la culture est formatée… Même les radios dites « culturelles » (comme la VRT Een par exemple) ne s’autorisent pas à programmer ce type de musique. Tout doit aller vite (ce qui exclut les longs morceaux)… La nouvelle mode, ce sont les talk-shows, l’infotainment…

Vous serez à l’affiche du festival jazz de Gand aux côtés de groupes « rock » comme Archive ou Einsturzende Neubauten… Comment voyez-vous l’évolution du jazz ? Vous considérez-vous d’ailleurs comme un groupe de jazz ?

Han : Non… (il rit). Désolé… Tu écris pour un magazine de jazz… Il y a sans doute mille façons de définir le jazz. Pour notre part, nous accordons beaucoup d’importance au côté émotionnel de notre musique et au simple plaisir de jouer ensemble. Un seul de nos albums a été enregistré en compositions spontanées : « The Shepherd’s Dream », il y a un peu plus de cinq ans. Celui-là est peut-être un peu plus « jazz ».

Roel : Il y a sans doute des connexions entre notre musique et le jazz… On joue un thème qui revient entre les solos…

Vous venez des Conservatoires… Vous avez choisi à un moment donné de quitter l’univers de la musique classique ?

Han : Quand tu es adolescent, tu as besoin de t’exprimer… Or, pour toi (à cet âge-là), la musique classique, c’est plein de règles et de codes à respecter… Donc, tu t’en éloignes dès que tu le peux… Nous nous sommes retrouvés tous les quatre, avec l’intention de jouer une musique qui n’était pas classique ; mais nous ne voulions pas non plus abandonner notre instrument… En vérité, il y a aussi des libertés à prendre dans la musique classique.

Roel : (il rit) Avec un accordéon et une clarinette, on aurait pu faire de la musique Klezmer…

Han : Notre souhait était de faire une musique atypique, développer des sons différents de ceux que l’on entendait ailleurs…

Votre groupe a été créé à Anvers au début des années nonante. A cette époque, dEUS commençait à obtenir un succès international. En avez-vous profité ?

Roel : Oui, sans aucun doute ! dEUS a été le premier groupe anversois de notre génération qui a obtenu le succès. A partir de là, nous nous sommes tous dit que l’on pouvait y arriver nous aussi… Ils avaient pas mal de projets parallèles (Dead Man Ray, Zita Swoon, Evil Superstar, Kiss my Jazz, … NDLR). Ca a permis de développer une scène musicale à Anvers. 

Han : A l’époque, il n’y avait pas encore de réseaux sociaux… Nous nous fréquentions tous dans les mêmes  bars.

Le multiculturalisme semble être important pour vous. Est-ce propre à la Ville d’Anvers, parfois montrée du doigt avec la montée de l’extrême droite ?

Roel : Non. Tu sais, à Anvers, ce sont les gens de la périphérie qui votent pour l’extrême droite… Par contre, la Ville ne s’est jamais dotée d’une infrastructure culturelle correcte…

Han : Anvers a un peu connu dans les années nonante ce que Bruxelles a connu dix ans plus tôt. Faute de moyens et de soutien, les artistes bruxellois ont appris à davantage se battre pour imposer leur musique. Ca a notamment permis à des labels comme Crammed de se développer.

Roel : Finalement, cette pénurie de salles et de locaux de répétition, ça nous a boosté davantage. N’empêche, à Anvers, on n’a toujours pas une belle salle de concert comme celle que nous allons occuper tout à l’heure…

Quelques informations en +

- « Hineininter Pretierung », le nouvel album de DAAU (vingt-cinq ans de carrière mixés au goût du jour, avec la complicité de Rudy Trouvé) est disponible en CD et en double vinyle chez Waste My Records ;

- avant la tournée traditionnelle des festivals d’été, vous pourrez apprécier leur prestation à Utrecht (le 25 mai).

Propos recueillis par Yves « Joseph Boulier » T.