Joshua Redman, Still Dreaming mai09

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Joshua Redman, Still Dreaming

Joshua Redman, rencontre autour de

« Still Dreaming »  

« Old & New Dreams » est un de ces groupes de légende qui a illuminé la scène de l’ « après-free jazz »  du milieu des années ’70 au milieu des années’80. Un line-up d’exception constitué de Don Cherry, Ed Blackwell, Charlie Haden et Dewey Redman qui était influencé par leur maître à tous les quatre Ornette Coleman. Ce sera quelques années plus tard que le saxophoniste emmènera son fils Joshua dans cette même voie colemanienne, notamment sur l’album « Choices, ( ENJA, 1992) avec Cameron Brown et Leo Parker, album auquel il est fait allusion dans l’interview ci-dessous.

Joshua Redman  a réuni pour son nouvel album le batteur Brian Blade, le contrebassiste Scott Colley et le trompettiste Ron Miles sur un opus intitulé « Still Dreaming », allusion claire à cet « Old & New Dreams » codirigé par son père. Le quartet s’est produit en 2017 au Middelheim en clôture d’une soirée mémorable (Charles Lloyd & The Marvels/Mark Guiliana Quartet/Antoine Pierre Urbex /Still Dreaming Quartet), soit peu de temps après l’enregistrement en studio dont nous parle Joshua Redman.

Joshua, ce nouveau band a la même configuration que le « Old & New Dreams Quartet » composé de votre père Dewey, de Charlie Haden, Don Cherry et Ron Miles. Pouvons-nous le considérer comme un hommage ?

Je ne dirais pas qu’il s’agit d’un hommage, ni une célébration. Je veux dire que « Old &New Dreams » est de toute évidence à la base du principe de notre musique, notre nom vient d’ailleurs de là, « Still Dreaming ». C’est principalement une référence, avec la même instrumentation et pas mal de musique qui provient de ce groupe, des originaux du groupe mais aussi des compositions d’Ornette Coleman. Nous avons aussi écrit de nouvelles p ièces pour le projet. Je pense que nous avons pris “Old &New Dreams” comme une inspiration, mais j’hésite à appeler cela un hommage ou un tribut parce que nous n’essayons en aucune façon de regarder en arrière, de recréer leur son, nous commettrions une erreur en agissant ainsi. Nous essayons juste de capturer leur esprit avec notre son et notre feeling, nous pouvons simplement jouer qui nous sommes au moment présent. En jouant avec ce groupe, une chose est remarquable pour moi, c’est la liberté que nous avons en tant qu’individu, mais aussi collectivement pour partager la musique et en changer la forme spontanément, ce qui fait partie du jazz, l’improvisation. Nous pouvons improviser de façon plus large avec ce groupe qu’avec n’importe quel autre band, parce que la musique est tellement naturelle et flexible.

(en montrant l’album  « Choices »)  Vous avez déjà joué très tôt avec votre père la musique d’Ornette Coleman. Est-ce la musique dans laquelle vous vous sentez le mieux ?

Je me suis toujours senti à l’aise dans différents idiomes, différents styles. Le jazz n’est pas une musique où il vous faut faire des choix exclusifs. Je me souviens que quand je jouais dans un des groupes de mon père – et « Choices » en fait partie – mon père était connu comme un saxophoniste de l’avant-garde et il jouait beaucoup ce que l’on appelait du free jazz, mais il jouait aussi du bebop, des standards… J’ai donc appris à jouer beaucoup de choses différentes avec lui et aujourd’hui c’est de plus en plus important pour moi de jouer dans différents projets, d’avoir une identité, chaque groupe doit créer son esprit unique, et sa façon de jouer ensemble. Je n’aime pas  qu’un groupe sonne comme dans un truc de variétés ; quoi que nous jouions, cela doit avoir un son et un esprit.

Sur votre nouvel album “Still Dreaming”, il y a six compositions originales et deux reprises: une d’Ornette Coleman, l’autre de Charlie Haden. Comment les avez-vous choisies ?

C’est intéressant parce que, vous savez, nous jouons beaucoup de musique du « Old & New Dreams, des morceaux de mon père, de Charlie Haden, d’Ed Blackwell, de Don Cherry, toute cette musique fait partie de notre répertoire sur scène. Nous avons enregistré l’album en un jour et demi et nous avons enregistré une version de tous ces morceaux, plus de vingt-cinq, mais ma conception pour l’album n’était pas de jouer seulement des originaux de l’époque, les jouer tous puis faire un choix. Quand nous avons dû tirer quarante minutes du répertoire pour l’album, je ne sais pas pourquoi, mais ce programme-ci fonctionnait bien. La pièce d’Ornette Coleman  était sans doute la moins connue, « Comme Il Faut »,je pense qu’elle n’a été enregistrée qu’une seule fois par Ornette. Beaucoup de gens ne connaissent pas ce thème, et je ne le connaissais pas non plus ! Le morceau de Charlie Haden que nous avons choisi fait aussi partie des moins connus de son répertoire. Nous ne voulions pas  paraître comme un cover band, nous voulions que les pièces que nous avions choisies soient jouées sans référence, afin que la version d’origine reste dans l’ombre. Ces versions tiennent fermement la route en relation avec l’originale. Je pense aussi que le fait d’avoir beaucoup de morceau de « Old & New Dreams » pour ce premier album donne bien l’impression que nous ne sommes pas un cover band. La chose la plus importante pour moi était de trouver des morceaux qui d’une façon pouvaient capter ce que ce groupe pouvait faire et raconter des histoires.

La musique que vous avez jouée l’an passé au Middelheim sonnait tellement naturelle. Combien de temps avez-vous joué ce répertoire avant de rentrer en studio ?

Nous ne l’avons pas jouée si souvent ensemble. Notre premier gig était en janvier 2016, mais après nous n’avons plus joué pendant un an. Nous avons fait une tournée de quelques semaines en avril 2017 avant d’enregistrer l’album, puis il y a eu une courte tournée qui passait par le Middelheim. Dès les premières notes que nous avons jouées, ce groupe avait un son, une identité, et chaque soir de concert  peut être différent parce que la confiance est là, la confiance musicale peut nous pousser vers l’avant.

Brian Blade fait partie de vos groupes depuis très longtemps et Ron Miles est sans doute le musicien idéal pour reprendre la musique de Don Cherry.

En 1995 au Village Vanguard, Brian Blade était déjà là… même avant, en 1993, il a été le premier batteur dans mes groupes. Concernant Ron, il y a beaucoup de grands trompettistes, mais il n’y en a pas beaucoup qui peuvent s’immerger dans le son de Don Cherry, son style est unique. Peut-être n’a-t-il pas une influence mainstream qui domine comme beaucoup d’autres… Ron est aussi influencé par Miles et Clifford, mais il a ce lyrisme propre à Don Cherry, son côté aventureux aussi, son angularité et son sens de l’abstraction.

Propos recueillis par Jean-Pierre Goffin

Joshua Redman sera le parrain du « Dinant Jazz » les  27, 28 et 29 juillet dans le parc de l’Abbaye de Leffe. Il jouera le 27 dans le quartet de Billy Hart, le 28 avec son propre trio (avec Greg Hutchinson et Reuben Rogers) et le 29 avec le Quartet de Philip Catherine.