Andy Emler, A Moment for… nov08

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Andy Emler, A Moment for…

Andy Emler MegaOctet

A Moment for…

LABEL LABUISSONNE

Après « Crouch, Touch, Engage » (Victoire de la Musique Jazz en 2009), « E Total » en 2012 et « Obsession 3″ en 2015, voici « A Moment for…, » le nouvel album du MegaOctet dirigé par Andy Emler : une musique immédiatement reconnaissable pour deux raisons. D’une part, la riche palette sonore du nonet : trompette incisive de Laurent Blondiau, duels de saxophones altos entre Philippe Sellam et Guillaume Orti, saxophone ténor rageur de Laurent Dehors (ici, pas de soprano, ni de clarinette),  tuba éléphantesque de François Thuillier,  piano virevoltant d’Andy Emler, contrebasse solide comme un roc de Claude Tchamitchian,  percussions variées et colorées de François Verly et  drive énergique et sans faille d’ Eric Echampard à la batterie. D’autre part, grâce à l’écriture inventive et profondément originale d’Andy Emler. Une écriture qui est le fruit d’un parcours riche et éclectique. D’abord au niveau de sa formation : étude du piano classique à l’âge de 8 ans, classe d’écriture, fugue et contrepoint au Conservatoire de Paris, puis d’orchestration sous la férule de Marius Constant, apprentissage sur le tas au travers d’orchestres de bal mâtinés de rock et  découverte du jazz. Ensuite au niveau des expériences multiples : jazz contemporain avec Michel Portal et François Jeanneau, duo avec Philippe Sellam, participation au premier Orchestre National de Jazz dirigé par François Jeanneau, direction du POM (Putain d’Orchestre Modulaire), albums en trio avec Tchamitchian et Echampard, Tubafest avec François Thuillier, collaboration avec les Percussions de Strasbourg et avec l’Orchestre National de Lille dirigé par Jean-Claude Casadesus, projet avec le jazz de chambre d’Archimusic et la vocaliste Elise Caron (album Présences d’esprit). En 1989, Andy Emler fonde son MegaOctet avec, notamment Michel Massot, Nguyen Le et, déjà, Philippe Sellam. Avec cette formation, il enregistre un premier album pour Label Bleu (MegaOctet) puis « Head Games » en 1992. Andy Emler est ensuite pris par d’autres projets mais il reforme son MegaOctet en 2000, enregistre « Dreams In Tune » en 2004, puis « West In Peace » en 2007. A ce moment, Médéric Collignon est à la trompette et Thomas de Pourquery à l’alto. Pour ce huitième album du MegaOctet, Andy Emler a composé huit titres originaux de 5 à 9 minutes 27, une succession de thèmes conçus comme de véritables millefeuilles qui progressent par saccades, une suite de mouvements d’ensemble en alternance avec les staccatos du piano, parfois rejoint par le marimba de Verly (Move out…if, Flight back…and) ou avec un dialogue entre deux solistes (tuba/trompette bouchée sur 5 Series…of). Comme Andy Emler l’explique très bien, dans le dévédé Zicocratie de Richard Blois, chaque thème est d’abord travaillé en répétition, se nourrit des réflexions des musiciens dans une direction d’orchestre éminemment démocratique. Ainsi de By The Way, pièce qui clôt l’album, se dégage une impression de totale liberté qui confine à un semblant de désordre à l’image des musiciens d’un orchestre symphonique qui s’accordent avant l’entame du concert. Par ailleurs, chaque plage s’ouvre à des espaces de solo : trompette sur Move Out…If, voix et tuba sur Dirty Mood…So, solo échevelé de ténor sur Stand Up And…Blow, solo d’alto sur A Moment For…et Move In…Or, solo de piano sur 5 Series…Of, dialogue batterie/percussions en intro de Flight Back…And. Andy Emler tire le meilleur de chacun de ses musiciens au travers d’une écriture sophistiquée. A noter, la prise de son  impeccable de Gérard de Haro et un livret illustré de belles photos de chacun prises par Christophe Charpenel. Une totale réussite. Petit appel du pied aux programmateurs belges : et si, à l’image du Gaume et du Jazz Brugge par le passé, on invitait cette formation aux multiples liens avec la Belgique : Michel Massot au sein de la première formation, présence de Laurent Blondiau de Mâäk, de Guillaume Orti et Claude Tchamitchian de MikMâäk. Une évidence. En attendant, ne vous privez pas de l’album.

Claude Loxhay