Yves Druart, palette jazz jan16

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Yves Druart, palette jazz

Yves Druart, palette jazz.

Après l’académie d’Uccle en dessin, Yves Druart s’inscrit à Saint-Luc pour la bande dessinée. Il travaille par la suite à la FNAC dans le rayon jeunesse. Il crée des logos, des conceptions graphiques dans une agence de publicité puis revient à ses premières amours, le dessin.

Quelle musique colle mieux au noir et blanc, au pastel ou au fusain, que le jazz ?  Yves Druart s’est emparé du sujet il y a quelques années à peine. Après une exposition l’an passé à la Jazz Station, il investit cette année les trois lieux du River Jazz Festival. Un truc pour voir les trois expos en une soirée ?  Le samedi 26, entre 18h et 22h, Nicolas Kummert visite les trois lieux avec trois projets 

« Le jazz est arrivé par ma femme qui m’a offert une platine vinyl. J’avais des copains qui s’intéressaient un peu au jazz, de mon côté je n’y connaissais rien. Un ami collectionneur de vinyl m’a invité à piocher dans sa collection et je suis vite tombé sur des standards comme « Kind of Blue », « Waltz for Debbie », les Thelonious Monk… J’ai trouvé ça génial et ça m’a sensibilisé à cette musique, à l’écouter avec méthode. Je me suis fait une petite collection et j’ai eu mon coup de cœur sur le be-bop. »

Ceci explique le choix de portraits réalisés par Yves Druart : Bill Evans, Thelonious Monk, Charlie Mingus, Miles Davis, Chet Baker… et des grandes dames de la musique noire : Billie Holiday, Nina Simone, Aretha Franklin.  Tour de l’expo au Marni commentée par l’artiste :

« J’ai regardé de vieux documentaires d’époque en noir et blanc et j’y ai trouvé ma matière que je travaillais en écoutant la musique. J’aime beaucoup le figuratif, j’aime restituer de façon fidèle et sincère. Le pastel, le noir et blanc, le côté un peu flou du pastel collent bien au jazz. » 

« Je me suis rendu compte que je faisais des arrêts sur image très souvent à des moments où lez musicien ne jouaient pas : soit ils écoutent un autre ou ils sont interviewés et écoutent la question, soit ils se promènent, soit ils sont dans un univers mental qui leur est propre. J’ai trouvé que ça pouvait être cohérent de les voir comme ça, dans un moment un peu suspendu. »

Thelonious Monk : « On reconnait sa barbichette, sa femme est l’avant-plan.  Il quitte les Etats-Unis pour aller donner un concert à Londres, il est à l’aéroport, il vient de se réveiller , un moment très intimiste : c’était intéressant de le voir en pleine introspection avec tout ce qu’on peut savoir sur lui. Il y a une personne près de lui qui n’a rien à voir, mais qui crée une articulation entre les trois. C’est une image qui ne dure qu’une seconde dans le film.  Monk revient plusieurs fois aux cimaises, j’ai dessiné presqu’exclusivement  Bill Evans et Thelonious Monk à mes débuts. »

Nina Simone : « Elle ne regarde pas les autres. Elle retourne dans sa loge sans s’occuper de ce qu’il y a autour d’elle. J’ai découvert les ladies jazz pour réaliser cette exposition. »

Bud Powell : « L’image vient d’un documentaire où Bud Powell traverse une déchetterie. Au début du docu, il met sa veste, se balade, les gens se demandent pourquoi on filme ce gars-là. J’ai aussi un petit faible pour les voitures américaines, ça a de la sensualité dans les formes. Dans le documentaire, le pianiste est complètement allumé, les mouvements lui sont imposés. »

Chet Baker : « Je l’ai découvert après avoir vu un documentaire, ses aventures, sa tristesse, tout se lit dans ses rides. Je l’écoute beaucoup. Il est en train de chanter. »

Miles Davis : « Quand j’ai exposé à la Jazz Station, Jean-Paul Estiévenart, m’a demandé si le Miles Davis que j’ai peint était en train d’écouter le saxophoniste John Coltrane sur « So What ». En fait, je ne me souvenais plus, j’étais concentré dans mon travail et finalement l’historique devient un peu une anecdote pour en faire quelque chose d’universel. C’est pour ça que je ne voulais pas mettre trop de légendes à mes tableaux. »

Bill EVANS

« Quand je parle avec des experts, je sens que je reste un novice parce que je ne connais pas toute cette histoire du jazz. Mais ça peut être intéressant aussi pour des gens qui n’y connaissent rien qui n’ont pas de background mais qui flashent sur l’atmosphère, parfois sans savoir si il s’agit d’un musicien, d’un écrivain ou d’un poète. C’est à la fois lié à une réalité et en même temps je suis un peu tiraillé parce qu’il y a beaucoup d’images qui tendent vers le silence et en même temps c’est de la musique. »

A voir sans faute jusqu’au 28 janvier à la Jazz Station, jusqu’au 11 février au Marni et jusqu’au 14 février à l’Espace Senghor (avant, pendant et après les spectacles dans les trois lieux.

Jean-Pierre Goffin