Igor Gehenot, sur la route, près de chez vous ! nov27

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Igor Gehenot, sur la route, près de chez vous !

IGOR GEHENOT BY Kristel Merckx

On l’avait découvert, il y a quelques années, au sein du Metropolitan Quartet, en compagnie de Sylvain Haenen (guitare), Louis Frères (basse électrique) et Antoine Pierre (batterie), mais c’est avec son trio acoustique qu’on a pris toute la mesure de son talent de pianiste. Lauréat du Sabam-Jeunesses Musicales Jazz Award en 2011, Igor Gehenot vient d’enregistrer son premier album personnel, « Road Story », pour le label Igloo. À la veille du concert de lancement de son album en France (le samedi 08 décembre au Centre Wallonie Bruxelles, rue Saint Martin, entre Les Halles et Beaubourg) et de sa tournée Jazz Tour en janvier, il prépare un tout nouveau répertoire qu’il espère enregistrer bientôt. Entretien détendu avec un jeune pianiste qui n’a pas fini de tracer sa route.


Comment as-tu découvert le jazz ?
En fait, ma mère est pianiste classique et mon père est plutôt axé sur le rock. À mon avis, je me suis installé dans une filière intermédiaire : j’ai choisi le jazz un peu par hasard. À 12-13 ans, j’ai eu un professeur particulier qui m’a appris à jouer du Boogie. C’est une musique qui m’a touché directement et que j’ai voulu approfondir par la suite. C’est vrai que c’est le Boogie qui a été le déclencheur.

Qui as-tu écouté en premier ?
Ray Charles, en tout premier. Comme je ne connaissais pas encore la tradition, j’ai écouté ensuite Diana Krall, puis, j’ai découvert Mc Coy Tyner.

Tu as donc commencé à étudier le piano fort jeune…
J’ai d’abord étudié la musique classique, ma mère m’y aidait mais j’ai vite voulu faire autre chose et, grâce à ce professeur particulier, le pianiste liégeois Georges Hermans, j’ai vraiment bifurqué vers le jazz.

Assez vite, tu as fait partie du Metropolitan Quartet. Comment la formation s’est-elle constituée ?
La rencontre s’est produite lors d’un master class dirigé par Nathalie Loriers, au Salon Mativa qui est animé par le clarinettiste Jean-Pierre Peuvion, professeur au conservatoire de Liège. Nathalie Loriers y supervisait des groupes de jeunes musiciens. En parallèle au groupe auquel je participais, il y avait le batteur Antoine Pierre qui était venu avec un guitariste, Sylvain Haenen. Nous nous sommes parlé et l’on a vite senti un chouette feeling commun. C’est ainsi que nous avons créé le groupe à Liège.

Dans cette formation, tu jouais beaucoup de piano électrique…
Oui, en fait, la musique s’y prêtait. Notre musique était essentiellement centrée sur des grooves. Le choix du piano électrique m’a paru naturel dans ce contexte : ce son-là convenait parfaitement à ce genre de groove. Pour d’autres morceaux, j’utilisais le piano acoustique mais c’est vrai que la majorité du temps, j’étais aux claviers électriques.

Après les cours particuliers, tu as suivi des études au conservatoire de Maastricht…
Après mes humanités, pendant un an, j’ai suivi les cours au conservatoire de Maastricht où j’ai vraiment appris la musique propre au trio acoustique, la musique de Bill Evans. Cela m’a vraiment plu, c’était une vraie découverte. C’est là que s’est constitué mon premier trio avec lequel je jouais des standards de Bill Evans et, par la suite, j’ai été amené à écrire mes propres compositions.
Tu as formé ce premier trio avec Antoine Pierre…
Oui, j’ai pu pas mal tourner avec ce premier trio en compagnie d’Antoine Pierre à la batterie et Sam Gerstmans à la contrebasse. Nous avons notamment joué lors des Dinant Jazz Nights, sur la grande scène. Jean-Claude Laloux, l’organisateur du festival, nous avait fait confiance immédiatement pour jouer sur la grande scène en 2010 : il y avait beaucoup de pression mais le concert s’est très bien passé et, en fin de set, nous avons pu accueillir, en invité, Greg Houben que nous avions déjà croisé au Jacques Pelzer Jazz club de Liège.

Au Pelzer Jazz Club, tu as pu aussi jouer avec Steve Houben…
Oui récemment, en quelque sorte, j’ai rencontré toute la famille.

Après Maastricht, tu as suivi les cours au Conservatoire de Bruxelles…
Oui, pendant deux ans avec Eric Legnini qui, lui, m’a vraiment ouvert l’esprit tant musicalement qu’humainement. Pour moi, c’est l’un de mes grands maîtres au niveau technique.

Tu as aussi participé aux master classes de deux grands pianistes italiens, Dado Moroni, le partenaire de Bert Joris et Salvatore Bonafede, le complice de Pierre Vaiana…
Oui, cela s’est passé alors que j’étais au conservatoire de Bruxelles. Dado Moroni, je l’avais d’abord vu avec Bert Joris au Centre Culturel des Chiroux (Liège), il y a quatre ou cinq ans. Il m’avait beaucoup impressionné par sa puissance : il soulevait littéralement le piano avec ses jambes. Et, alors que j’étais en Italie près de Rome, j’ai pu suivre une semaine de stage avec lui. Salvatore Bonafede, lui, m’a donné cours de trio à Libramont lors d’un stage.

Comment s’est fait le choix de Teun Verbruggen pour le trio actuel ?
Cela s’est fait de manière naturelle. Je l’ai rencontré lors d’une jam, à Dinant, il y a deux ans. On a joué ensemble et j’ai tout de suite adoré sa manière de jouer. On a fini dans un bistrot à cinq heures du matin : on a mangé des boulets « à la liégeoise » (ndlr : sauce à base de sirop de pommes/poires), et je lui ai proposé de rejoindre mon trio. Au niveau du feeling, on avait directement accroché tant musicalement qu’au niveau du timing : je trouvais que c’était un batteur qui me correspondait vraiment bien, tant au niveau de l’énergie que de la folie. Et j’ai eu le bonheur qu’il accepte.

Teun Verbruggen - Igor Gehenot - Sam Gerstmans (c) Kristel Mercks

Teun est un musicien rompu au trio acoustique, notamment avec Jef Neve
Oui, mais je ne connaissais pas encore excessivement bien la musique de Jef Neve, je l’écoute davantage maintenant et j’aime bien ce qu’il fait.

Avec ce trio, tu viens d’enregistrer « Road Story » : comment as-tu choisi le répertoire ?
J’ai choisi uniquement des compositions personnelles : certaines toutes neuves, d’autres plus anciennes. C’était quand même un travail de longue haleine car, si certaines dataient déjà d’il y a trois ou quatre ans, il a fallu les réarranger parce que j’avais gagné en maturité. J’ai trouvé que c’était le bon moment pour sortir ce répertoire sur disque maintenant. Le choix des compositions, c’est important pour moi. Ce qui différencie ce trio d’autres formations, c’est que nous jouons uniquement des compositions personnelles : c’est ma musique. On apporte quelque chose via la composition, c’est une façon de faire avancer la musique. Tout compositeur fait avancer la musique.

Sur l’album, il y a un bel équilibre entre lyrisme mélodique et compositions au groove très énergique…
Oui, j’aime bien cette alternance entre compositions très mélodiques et thèmes au tempo plus rythmé. Je pense notamment à la piste 8, Mr. Moogoo : c’est une rupture, une envie de mettre un morceau swinguant dans cet univers mélodique que j’affectionne. Il y a aussi d’autres compositions de ce type, comme Rude Awakening avec un groove qui vise à surprendre, ou A Long Distance Call To J.C..

Qui est ce J.C. ?
Ce n’est pas John Coltrane comme on pourrait d’abord le croire mais Jean-Claude Laloux, l’organisateur du festival de Dinant qui nous a vite fait confiance. Greg Houben, pour son album en quintet avec le saxophoniste français Pierrick Pedron, avait composé un thème pour Jean-Pierre Bissot du Gaume Jazz festival, A Mail to J.P., alors, de mon côté, j’ai voulu faire un petit clin d’oeil à Jean-Claude Laloux.

En plus de ces 3 thèmes au tempo rapide, il y a des compositions très mélodiques comme Lena ou Nuit d’Hiver : tu aimes bien ce que tu appelles les mélodies planantes…
Tout à fait, je suis un grand fan du label ECM et de ses pianistes. J’adore le côté chanté de l’instrument, ce qui se rapproche le plus de la voix. Évidemment, j’aime le côté rythmique, mais le côté chanté me touche profondément et j’essaie de retransmettre ce que je ressens aux auditeurs.   Il y a chez ECM des pianistes que j’adore comme Marcin Wasilewski, Tord Gustavsen ou Esbjörn Svensson. C’est une école qui m’intéresse beaucoup.

En dehors de ces pianistes du label ECM, je crois que tu aimes aussi beaucoup le Français Baptiste Trotignon…
Oui, j’ai eu l’occasion d’avoir une leçon avec lui. C’est un pianiste que j’adore pour son côté mélodique autant que pour son côté rythmique. Je trouve qu’il allie les deux de façon intelligente. Sur le plan pianistique, il m’a appris beaucoup. J’adore son nouvel album qui vient de sortir (« Song Song Song », Naïve).

Est-ce parce que tu avais envie de composer ta propre musique, que tu as interrompu tes études au conservatoire pour choisir la scène ?
En fait, je suis quelqu’un qui a toujours privilégié la scène, même si les études m’ont beaucoup apporté au travers des différents professeurs que j’ai eus. Mais voilà, je trouve que l’on apprend plus en allant à des jams, à découvrir des standards que l’on ne connaît pas. Si on ne connaît pas bien un standard, on rentre chez soi le soir et on l’apprend le lendemain. Moi, c’est ma façon de fonctionner parce que dans le même temps, je ne suis pas quelqu’un de très scolaire. Je privilégie cette approche en quelque sorte autodidacte où je me forge au fil des rencontres.

Quelles ont été les rencontres importantes au cours de ces jams ?
Assurément, Joe Lovano à Dinant : c’est vraiment la meilleure école, il ne faut pas se louper, ça doit jouer. Je suis aussi allé jammer à Paris, au Duc des Lombards. La pression y est aussi très forte. Il faut vraiment y aller. J’ai pu notamment jouer avec le saxophoniste Emile Parisien et avec Rémi Vignolo…

IGOR GEHENOT TRIO SANTIAGO (CHILE)

Remi Vignolo, à la contrebasse ou à la batterie ?
Il peut jouer très bien des deux mais je crois qu’il a arrêté la contrebasse maintenant pour se consacrer à la batterie. J’ai eu aussi l’occasion de croiser Bert Joris à Dinant.

Avec ton nouveau trio, tu as pas mal tourné, notamment lors de festivals…
Oui, notamment aux festivals de Gand et en Gaume, cet été. C’est grâce au prix que j’ai remporté en 2011, le Sabam-Jeunesses Musicales Jazz Award que j’ai eu ces deux dates, c’était de très belles conditions de jeu. À Gand, c’était la première fois que je jouais en Flandre. Nous avons aussi joué dans le cadre du festival 04 au Mamac, le Musée d’art moderne et contemporain de Liège.

Et pour bientôt la tournée du « Jazz Tour », pour laquelle concouraient plusieurs formations de piano-trio en plus du tien et de celui de Nathalie Loriers : sens-tu la ferveur qui animent les responsables des Centres culturels à ton égard ?
Oui, je sens bien ce soutien, cet engouement particulièrement en région liégeoise, par exemple, au niveau de la Maison du Jazz et de Jean-Pol Schroeder qui essaie toujours de nous soutenir. C’est très gratifiant évidemment. Le but est de partager sa musique avec le public.

Le disque est arrivé à un bon moment : tu avais déjà pas mal tourné avec le trio, ce qui permettait à la formation d’être vraiment prête et maintenant les tournées s’enchaînent…
On avait effectivement pas mal joué avant l’enregistrement. On avait, par exemple, eu une résidence au Sounds à Bruxelles, deux mardis par mois, puis il y a eu les festivals, ce qui nous a permis de tester les compositions devant un public et de mesurer ses réactions.

Tu reviens aussi d’un séjour au Chili…
C’était très chouette. Nous sommes partis le 10 octobre pour le festival européen de Santiago. Nous avons été très bien accueillis et nous avons eu l’occasion de jouer avec d’excellents musiciens locaux.

As-tu d’autres projets ?
Oui, je vais tourner avec un nouveau quartet. Comme le patron du Sounds nous a, de nouveau, fait confiance, en nous laissant carte blanche deux mardis par mois, j’ai décidé de former un quartet avec vibraphone. Je voulais un peu varier au niveau de l’instrumentation. J’ai pris trois copains pour m’entourer : Antoine Pierre à la batterie et Félix Zurstrasse à la contrebasse qui forment vraiment la jeune section rythmique du moment, en Belgique francophone, et puis, Martin Méreau qui est vibraphoniste. On mêle standards et compositions originales, et puis des morceaux réarrangés de pianistes que j’aime particulièrement.

En fait, tu retrouves un peu la formation de départ de Bram de Looze et Basile Peuvion, ce Momentum Jazz Quartet qui avait connu le succès parallèlement au Metropolitan…
Oui, c’est vrai. Il n’y a pas beaucoup de vibraphonistes en Belgique or moi, c’est un instrument que j’aime bien mais qui demande que l’on soit fort à l’écoute l’un de l’autre parce que, entre piano et vibraphone, il faut faire attention de ne pas se marcher dessus, un peu comme dans l’association entre piano et guitare.
Tu fais aussi partie de la formation L.G. Jazz Collectif…
C’est un groupe formé par Guillaume Vierset et pour lequel il s’est décidé à réarranger des pièces de compositeurs liégeois comme René Thomas, Steve Houben, Pirli Zurstrassen, Alain Pierre, Jacques Pirotton, ainsi que de trois membres du groupe, JF Foliez, Guillaume et moi-même. Cela demande un énorme travail de réarrangement car, à côté de la guitare et du piano, il y a une trompette (Jean-Pol Estiévenart), deux saxophones (Laurent Barbier et Jean-François Foliez) et la rythmique (Félix Zurstrassen et Antoine Pierre). On vient d’enregistrer une démo au studio du service culture de la Province de Liège. On a déjà joué au festival international de Jazz à Liège, ainsi qu’au Pelzer.

As-tu encore d’autres projets ?
Actuellement, je suis en train de travailler sur de nouvelles compositions personnelles toujours pour le trio acoustique en compagnie de Teun et de Sam, avec l’espoir d’enregistrer un deuxième album, dans la foulée du Jazz Tour qui va nous emmener aussi en France, à Lille. Et dans le futur, nous espérons participer aux Jazz Lab Series, une tournée organisée dans toute la Flandre et Bruxelles. L’aventure se poursuit… « On The Road »

WWW.IGLOORECORDS.BE

Propos recueillis par Claude Loxhay

TOURNÉE JAZZ TOUR JANVIER 2013

04.01.2013
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