Manolo Cabras & Basic Borg : I Would’t Be Sure déc11

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Manolo Cabras & Basic Borg : I Would’t Be Sure

Manolo Cabras & Basic Borg, I Wouldn’t Be Sure (El Negocito Records)

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Depuis qu’il s’est installé à Bruxelles, le contrebassiste sarde Manolo Cabras s’est imposé très vite comme l’une des figures marquantes de la scène belge. Natif de Cagliari, il a d’abord suivi des workshops en compagnie de Dave Holland et Marc Johnson, avant de rejoindre le Conservatoire de La Haye où il étudie sous la férule de Hein van de Geyn. C’est là-bas qu’il fait la connaissance du batteur Marek Patrman grâce à qui il est rapidement entré en contact avec nos compatriotes Erik Vermeulen (album Live Chroma) et Ben Sluijs (trois albums dont Somewhere In Between) puis avec Chris Joris, Free Desmyter, Pierre Vaiana et Manu Hermia (à ce propos, lire l’interview de ce dernier). Pour Manolo Cabras, la Belgique constitue une réelle plaque tournante qui lui permet d’entrer en contact avec différents musiciens européens, comme le Portugais Joao Lobo ou le Sicilien Salvatore Bonafede. C’est cet esprit d’ouverture au jazz européen et ce désir de liberté comme de recherche qui animent son premier projet personnel, ce Basic Borg dont il parlait déjà, en 2008, dans une interview accordée au site Citizen Jazz. Ce Basic Borg résulte aussi d’un étonnant carrefour de rencontres. D’abord, celle de la vocaliste Lynn Casiers qui s’exprime dans un jazz expérimental aux frontières du rock alternatif, de l’improvisation comme de la musique électronique et dont le talent innovant s’est notamment illustré au sein des groupes Lidlboj du claviériste Jozef Dumoulin (album Trees Are Always Right en 2009) et Octurn du saxophoniste Bo van der Werf (7 Eyes en 2009) mais aussi au sein de son propre quartet avec le pianiste Augusto Pirodda et, déjà, Manolo à la contrebasse. Ensuite, la rencontre avec l’expérimenté saxophoniste italien Ricardo Luppi qui a collaboré plusieurs fois avec Nexus, l’une des meilleures formations italiennes (notamment pour We Did It, en hommage à Roland Kirk) mais qui a aussi enregistré à son nom, avec ses amis Daniele Cavallanti (saxophone ténor) et Tiziano Tononi (batterie), un très original Homage to Duke Ellington (un album chroniqué en 2003 dans le magazine Jazzaround). En 2006, ce saxophoniste avait fondé le groupe Mure Mure en compagnie de Manolo et, par la suite, de Lynn Cassiers. Au piano, on retrouve Matteo Carrus, jeune instrumentiste italien qui a notamment joué avec le trompettiste Mario Massa avant de rejoindre Basic Borg en 2009 pour des concerts au Sounds et au Negocito de Gand. Enfin, à la batterie, on retrouve l’Espagnol Oriol Rocca que l’on avait découvert, en compagnie de Manolo, au sein du trio de Giovanni Di Domenico et qui a vite rejoint Basic Borg. Au répertoire du quintet, six compositions originales de Manolo, deux de Lynn Cassiers, une de Matteo Carrus et deux compositions-improvisations collectives (le très court duo entre percussions et effets électronique de Scalar’e Bottulusu et It Should Be There sur lequel saxophone ténor et piano dialoguent avec une voix comme en écho dans une atmosphère très mystérieuse). La musique proposée par Manolo et Lynn marie, avec une réelle originalité, tradition (des lyrics chantés d’une voix limpide comme sur I Wouldn’t Be Sure) et modernité (vocalises modulées par des effets électroniques comme sur Game Over ou Ti Recordi) et mélange, avec audace, musique mélodique très intimiste (G Whatever ou ce Plaça de Cristo Rey avec un beau dialogue entre piano et contrebasse) et fulgurances free (avec un ténor rageur et effets électroniques comme sur Pronti, Partenza, Via). Chacun devient soliste à son tour (très belle intro de contrebasse sur Dolce ou de piano sur A Ciascuno il Suo) sur la riche trame rythmique d’Oriol Rocca, batteur doublé d’un percussionniste à la recherche de colorations nouvelles. Voilà assurément une musique innovante, fruit d’une démarche très personnelle, qu’on se réjouit de découvrir en concert.
Claude Loxhay


En concert le 11 décembre au Gravensteen (Gand) lors du festival « Citadelic Winter » et le 14 décembre au Jacques Pelzer Jazz Club, dans une programmation de la Maison du Jazz.