Pépites #45, Around Jazz août20

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Pépites #45, Around Jazz

Around Jazz, quelques pépites…

C’est du jazz… mais pas tout à fait non plus. Voici une collection de disques qui méritent qu’on leur rétrocède une oreille très attentive.

Alfabeto Runico,

Alfabeto Runico

APOGEO RECORDS

And then there were three… Originaires du Sud de l’Italie et diplômés des Conservatoires de musique classique. Les nœuds papillon et les tenues guindées, c’est pas spécialement leurs habits de scène. La fille chante et joue de l’alto; les deux garçons, au look rastacool, l’accompagnent à la contrebasse. Une formation et une philosophie atypiques, certes, mais aussi une formule qui passe la rampe sans encombre, dès la première écoute. Dans l’impressionnante Basilique Saint-Antoine de Padoue, le trio Alfabeto Runico a enregistré les quatorze mélodies épurées qui garnissent ce premier cédé. Des chansons personnelles ou les adaptations d’un répertoire traditionnel, qui nous plongent dans les atmosphères harmonieuses et intimes du Sud de la Botte. Là où il fait si bon vivre. Tout en se maintenant dans un domaine strictement acoustique, le trio ajoute du neuf à l’ancien… Entre tarentelles et musiques de Renaissance, il concède ça et là du temps à une pop délicate (Drop), voire à un reggae inattendu (Abuela). Ce prisme lumineux, vous aurez l’occasion de l’apprécier au prochain Festival d’Art de Huy, (Espace Saint-Mengold, le vendredi 23 août).

Erlend Apneseth Trio with Frode Haltli,

Salika, Molika

HUBRO RECORDS

On ne sait pas, et d’ailleurs on veut pas, classer chaque disque écouté dans une catégorie précise. « Salika, Molika » alterne et allie – parfois au sein d’une même plage – toute une série de styles musicaux dont on doutait qu’ils puissent s’harmoniser entre eux. Du haut de ses vingt-neuf ans, Erlend Apneseth qui joue du hardanger (une variante norvégienne du violon) brasse avec maîtrise et égal bonheur, aussi bien les traditions folkloriques que les sonorités avant-gardistes ou baroques. Valses tristes, folk poétique (nous avons ici une pensée émue pour Sam Pierot et son doux projet Coyote) et même incursion dans les parages de la musique traditionnelle indienne (les fameux « tongues » qui imitent la frappe sur les tablas) : le prisme sonore du trio (augmenté) ne semble connaître aucune limite. Les chansons de « Salika, Molika » se construisent avec quelques bouts de bois, un peu de peaux, du vent (le souffle d’un accordéon léger) et énormément de sensibilité… Ce disque intime à l’esthétique pure, plus que tout autre, vous invite à la flânerie. Une nouvelle catégorie que nous venons d’inventer… Acceptez cette invitation !

Mark Lockheart, Roger Sayer & John Ashton Thomas,

Salvator Mundi

EDITION RECORDS

Confronter le son d’un saxophone aux offrandes de musiques religieuses n’est pas une démarche complètement inédite. On se souvient que Jan Garbarek s’était penché sur le dossier avec un certain brio il y a une petite vingtaine d’années (« Officium », « Mnemosyne »). A l’époque, le jazzman norvégien s’était entouré d’un quatuor vocal céleste : le Hilliard Ensemble. S’inspirant à son tour de pièces appartenant au répertoire religieux, Mark Lockheart (Loose Tubes, Polar Bear…) prolonge la voie majestueuse tracée par Garbarek en empruntant la route qui sillonne les côtes anglaises. Le champs de vision est vaste puisqu’on y rencontre aussi bien Purcell que William Byrd, John Blow ou (le plus ancien) Thomas Tallis, dont la musique affiche ici une modernité proche du minimalisme. Aux côtés du saxophoniste anglais, pas de voix, mais bien la douceur d’un orgue actionné par Roger Sayer. Pour arranger l’envol des notes, mais aussi à l’instigation du projet, on retrouve le compositeur de musiques de films John Ashton Thomas. Apaisant !

Joseph « YT » Boulier