Lux Montes nov06

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Lux Montes

Lux Montes, sombre & lumières

(avec un peu de rouge…)

Propos recueillis par Joseph Boulier

Photos de concert de France Paquay

La petite salle liégeoise du KulturA, dans la fameuse « Cage aux lions », entre Meuse et dérivation. Lux Montes y présente son premier album « La Verdad », composé de chansons à la beauté crépusculaire, qui auraient pu être interprétées par Björk et filmées par Almodovar… L’essai est concluant, le public qui assiste à cette « release party » est enthousiaste. La tournée peut se poursuivre sereinement, même si Lucile Beauvais, en questionnement permanent, doute de sa légitimé. A tort sans aucun doute… Rencontre nocturne en Roture, autour d’une bière étrangère et d’un cocktail…

On sent chez toi une réelle envie d’aboutir… Au niveau de la communication, de l’énergie que tu dépenses pour être reconnue… La musique, la composition, c’est ton seul projet ?

En vérité, je ne sais pas où je veux aller. Je me suis engagée sur une route, j’avance sans savoir où elle me mènera. Je me remets constamment en question. Avec des « up and down ». Puis je me dis : et si tu arrêtes, que vas-tu faire ? La musique est mon seul fil conducteur. Je le découvre au fur et à mesure…

L’impression de devoir le faire malgré tout ?

Oui, c’est vital… Pourtant, parfois j’ai des moments d’abattement. Mais je pense que ça fait partie du chemin, alors que continue ma quête.

Faire de la musique doit demeurer un plaisir !

Oui, le truc vient d’ici… (elle se presse le ventre). Il y a des moments de doute. On dépose le positif et le négatif dans une balance et on analyse le résultat. Est-ce que ça vaut le coup ? Bien sûr on parle de plaisir, mais c’est aussi douloureux la musique…

Tes textes expriment la douleur ?

Sincèrement, je n’en sais rien… Ils peuvent être simples ou concrets. Il s’agit d’un support qui me donne de l’énergie. En vérité, j’accorde plus de temps à la composition de la musique qu’à l’écriture des textes. En ce moment, j’écris en français, ce qui est plus contraignant finalement… L’écriture est un exutoire qui peut être large. Que deviens-tu en tant qu’être humain ?

C’est propre à ta génération ça ? Quel âge as-tu ?

Je me dis bien souvent qu’en regard de questions existentielles comme celle de l’avenir de notre planète, la musique peut sembler superficielle. Je travaille ma musique, mes instruments alors que j’ai sans doute des choses plus importantes à faire… Mais se sont aussi ces efforts et ces moments magiques qui permettent de renforcer notre humanité et à nous donner de l’espoir.

N’est-ce pas un peu le rôle des artistes de véhiculer un message ?

Je pense que oui… C’est un privilège d’ailleurs. Avoir l’opportunité de s’exprimer en tant qu’artiste, que tu joues devant dix ou devant mille personnes. Ceci dit, je ne me sens pas la fibre pour écrire des textes explicitement engagés. Mais je questionne notre monde d’une autre manière. Comme celui de la place de la femme dans la musique par exemple… Etre sur scène représente déjà un engagement…

Tu as quitté la musique en groupe pour poursuivre ton chemin seule. Pourquoi ? Une nécessité artistique ou le besoin de tout contrôler ?

Oui, je me sentais dépossédée, je ressentais un véritable poids sur les épaules. Les compromis, trouver un terrain d’entente et un agenda commun… Un moment donné, j’ai souhaité me concentrer sur moi-même, me réapproprier mon espace d’expression avec mes outils, ceux que je possédais. J’ai enregistré les six titres de mon premier EP, y compris les sessions de batterie, toute seule dans ma chambre… Il ne s’agissait pas d’une rupture franche. C’est venu petit à petit. Je ressentais le besoin de contrôler davantage ce que je faisais. Prouver que je pouvais le faire moi-même, mais je ne suis pas fermée à de nouvelles collaborations bien sûr.

Tu as produit cet album toi-même… Il n’y a pas eu un label pour t’aider ?

La moitié de l’album était déjà enregistrée. Au départ, la Verdad devait être un EP. Mais il restait les autres chansons qui collaient bien aussi et que je ne voulais pas abandonner. J’ai rassemblé le tout, puis j’ai soumis l’album à plusieurs labels liégeois. Ca n’a pas abouti à une proposition concrète, sans doute pas le bon timing… J’ai donc décidé de l’achever moi-même et je suis très fière d’y être arrivée ! J’ai appris beaucoup durant cette période… Ca pourra me servir si plus tard je rejoins une structure professionnelle.

Tu parles dans ta bio d’influences inconscientes…

(elle rit). Oui, ok, il y a bien entendu des influences conscientes aussi…

Björk, Beth Gibbons, PJ Harvey… Tu cites de sacrées personnalités ! Tu te situes où au juste ?

A un moment donné, je pense que j’étais fort « Björk ». Dans la façon de chanter peut-être, même si ce n’était absolument pas du mimétisme… Je m’en suis un peu écartée… En vérité, chez toutes ces chanteuses que je cites, c’est la démarche artistique que j’admire. Le processus de création, comme celui de Fiona Apple, par exemple, qui prend plusieurs années pour concevoir un disque tellement elle se remet en question… Maintenant que j’y pense, c’est sans doute ce qui réunit toutes ces chanteuses. La capacité de se renouveler disque après disque. Comme Björk qui a démarré dans la musique pop avant de virer vers la musique expérimentale…

Kate Bush ?

Je ne l’ai pas beaucoup écoutée, mais on me le dit souvent… Dans la gestuelle peut-être ?

Tu accordes un soin particulier aux voix…

Oui, c’est mon instrument de prédilection… Je suis davantage chanteuse qu’instrumentiste.

Tu as fait le Conservatoire ? Tu as pris des cours ?

Non, mes parents n’avaient pas les moyens de me payer des cours. J’ai appris le piano de façon autodidacte. Je sais, c’est idiot, mais jusqu’à présent, je ne me sentais pas la légitimé de faire de la musique sans maîtriser parfaitement un instrument. Ca me suit toujours, alors que mon vrai instrument, c’est la voix. Puis il y a cet instinct : créer, composer. Je reste néanmoins un peu complexée par rapport aux « vrais musiciens ».

Tu n’adhères donc pas à la théorie des punks – « Do It Yourself » ?

Si, tu as raison. C’est un ressenti… D’un autre côté, j’imagine que ne pas connaître les bases théoriques de la musique, c’est une richesse aussi. J’ai contourné les règles pour en arriver à ce que je propose aujourd’hui.

Ceci dit, même sur une scène, tu ne donnes pas l’impression d’être quelqu’un qui ne maîtrise pas ses instruments…

Oui, bien sûr, j’y travaille… Disons qu’un vrai musicien restituera plus facilement ce que tu souhaites faire… Mais on s’en sort, en prenant un peu plus de temps.

Toujours dans tes influences, tu cites deux réalisateurs : David Lynch et Pedro Almodovar… Pour leur univers rêveur ?

Almodovar, c’est d’abord la couleur !

Le rouge ! (la maman de Lux Montes a confectionné elle-même la robe – entièrement rouge – qu’elle utilise sur scène… NDLR)

(enthousiaste) Oui ! J’adore chez lui ce côté esthétique et cru en même temps ! C’est bien dosé, la correspondance avec les êtres humains est parfaite. Parfois, on n’a besoin ni de mots ni de notes pour exprimer un sentiment. Une couleur peut suffire… J’aime aussi son côté provocateur, cette faculté qu’il possède de s’introduire dans notre intimité, de créer un malaise… Honnêtement, David Lynch, je n’ai pas tout vu… Je n’ose pas… (elle rit).

Personnellement, j’adore, mais je ne comprends pas tout…

(elle s’esclaffe) c’est ce que j’adore chez lui ! Une même scène peut être interprétée de mille façons différentes… Réalité ? Songe ? David Lynch a un côté angoissant car il utilise le silence à merveille ! Il ne se passe rien, sinon le silence, angoissant, qui laisse place à l’imagination… Et la musique !

J’y pense à présent, Julee Cruise (une chanteuse américaine qui a couramment collaboré avec David Lynch – NDLR) pourrait elle aussi faire partie de tes « influences inconscientes »…

Oui, j’aime bien Julee Cruise… C’est dérangeant, ça met mal à l’aise ! J’adore les arrangements de son compositeur, Angelo Badalamenti… J’aime beaucoup « Blue Velvet » (un film de Lynch réalisé en 1986 – NDLR), son côté « cabaret » avec des couleurs crues… J’aime aussi les atmosphères nébuleuses de Ingmar Bergman. C’est un terrain sur lequel j’aimerais m’aventurer : faire de la vidéo et la mettre en musique… J’ai déja co-réalisé toutes mes clips vidéos en collaboration avec de fortes subjectivités (Albertine Guillaume, Julien Kartheuser) mais si j’avais plus de moyens j’aimerais aller beaucoup plus loin dans la narration et l’esthétique. 

Le nouvel album de Lux Montes « La Verdad » est disponible en version physique limitée et en version digitale…  Pour la chronique Jazz Around, c’est ICI, et l’agenda des concerts est disponible sur le site de l’artiste , mais aussi via ces liens -ci :

https://smarturl.it/LaVerdadLuxMontes

https://luxmontes.bandcamp.com/merch

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