Hayes-Getz-Webb, lost sessions déc06

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Hayes-Getz-Webb, lost sessions

Tubby Hayes – Stan Getz – Doug Webb

Sessions retrouvées, musiciens oubliés, un tiercé de saxophonistes qui valent l’écoute.

Tubby Hayes Quartet,

The Lost Fontana Sessions

DECCA UNIVERSAL

Il faut bien avouer que Edward Brian Hayes, dit « Tubby », n’est pas un musicien de jazz qui a défrayé les chroniques de ce côté-ci du Channel. Jeune saxophoniste très doué, il débute adolescent dans quelques groupes londoniens, forme son propre quartet à à peine vingt ans et à 25 ans, il est invité aux USA où il joue ou enregistre aux côtés de Clark Terry, Horace Parlan, James Moody, Roland Kirk, Louis Hayes etc… Dans son pays natal, les temps sont durs pour les jazzmens, le rock, les Beatles, les Rolling Stones phagocytent la scène anglaise et rivaliser avec cette déferlante binaire n’est pas des plus facile. Hayes tombent alors dans l’alcool, la drogue, les tentatives de suicide, les problèmes de santé, opérations au cœur qui auront finalement raison de lui en 1973, il avait 38 ans. Alors, parler de « lost sessions » dans ce cas ne voulait rien dire pour le jazzfan que je suis. Certes, le terme est plutôt « in » ces derniers temps : Coltrane, Miles Davis, Stan Getz… la liste est longue des bandes qu’on a (re)découvertes par opportunisme ou non, qu’on a écoutées avec enthousiasme ou non, puis classées sans suite sur une étagère ou pire dans une armoire… Tout ceci pour en venir à cette découverte : les « Lost Fontana Sessions 1969 » de ce Edward Brian « Tubby » Hayes. Et ce gaillard trop tôt disparu en avait des choses à dire : un phrasé à la Sonny Rollins, voire Johnny Griffin sur des tempos d’enfer comme « Grits, Beans and Greens » en multiples versions, ou à la Stan Getz sur une ballade comme « You Know I Care ». De l’écoute de ces deux sessions de mai-juin 1969 avec la même rythmique ( Spike Wells aux drums et Ron Matheson à la contrebasse) mais le guitariste Louis Stewart pour la session de mai et le pianiste Mick Pyne pour celle de juin, on sort convaincu qu’on avait là affaire à un fameux saxophoniste. A découvrir donc sans hésitation.

The Stan Getz Quartet,

Live At The Village Gate

VERVE UNIVERSAL

Un habitué des re-issues c’est bien Stan Getz et on ne s’en plaindra pas ( vient de ressortir aussi le brillantissime « For Musicians Only » avec Dizzy Gillespie, Sonny Stitt et John Lewis). Le double album « Live at The Village Gate » enregistré le 26 novembre 1961 vient enrichir la collection d’albums des fans de « The Sound ». Ici, pas de livret, rien que la musique et cela suffit à notre bonheur. Entouré de Roy Haynes aux drums, Steve Kuhn (la petite vingtaine) au piano et John Neves à la contrebasse, Stan Getz déroule avec décontraction, les plus belles acrobaties ou aigus des solos sortantde son sax ténor avec une déconcertante aisance. Le répertoire comprend It’s Alright With Me, Like Someone in Love, Airegin, Woody’n You, Stella By Starlight, It’s You or No One avec un Jumpin’ With Symphony Sid de près de 15 minutes (ah le “Carrousel aux Images” de notre enfance avec Selim Sasson!).

Doug Webb in Holland,

Daybreak

CHALLENGE RECORDS

Pas de “lost sessions” pour cette troisième galette, mais plutôt un « lost saxophonist », Doug Webb étant comme Tubby Hayes au registre des « OMNI », les oubliés musiciens non-identifiés. Sauf que cet enregistrement date du 20 novembre 2018 et que la section rythmique nous dit quelque chose : Marius Beets à la contrebasse et guitare basse acoustique et Eric Ineke aux drums, deux bataves bien connus dans le Benelux. Quant à Webb, si il a joué aux côtés de Horace Silver ou Freddie Hubbard, il s’est plus distingué comme accompagnateur dans le circuit rock pop avec Rod Stewart ou Carly Simon ou pour sa participation à de nombreuses musiques de film ou programmes tv. On citera tout de même sa participation à la musique de «Mystic River» ou «Million Dollar Baby» qui lui fera rencontrer Kyle Eastwood. Pour cet enregistrement aux Pays-Bas, Doug Webb s’investit dans un programme centré sur les standards : Invitation, Ornithology, Spring Can Really Hang You Up The Most, Subconscious Lee, Delilah et quatre thèmes de la plume du saxophoniste. On se plait à écouter ce saxophoniste bien trempé dans la tradition, à la spontanéité de tous les instants et profitant d’une rythmique sans faille, une des plus efficaces d’outre-Moerdijck.

 

 

Jean-Pierre Goffin