Lewis-Taylor, Live In Willisau mai15

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Lewis-Taylor, Live In Willisau

James Brandon Lewis & Chad Taylor,

Live In Willisau

INTAKT RECORDS

Le Willisau Jazz Festival de 2019 en est à sa 24ème édition et le feu qui se dégage des performances scéniques n’a rien perdu de sa force et de sa pertinence. Près de vingt ans après le concert de Dewey Redman et Ed Blackwell donné sur la même scène, James Brandon Lewis (sax-ténor) et Chad Taylor (drums) poursuivent la tradition d’un free jazz explosif teinté de couleurs de de danses africaines. Twenty-Four (où on retrouve des traces de « Giant Steps » de Coltrane), Radiance (du même Coltrane) et Matape s’enchaînent avec fougue, force et invention, on se laisserait même aller à un mouvement de danse sur l’intro façon « zulu dance » de Radiance. Un moment de répit au cœur du volcan bouillonnnant,  Come Sunday débute par un solo de kalimba de Chad Taylor avant l’exposé rond puis plaintif du superbe thème gospel de Duke Ellington. La rythmique obsédante sur les cinq premières minutes de Watakushi No Sekai laisse libre cours au czhant tranquille du sax avant un développement final plus chaotique. Sur le même schéma que Come Sunday, le deuxième tempo lent du  concert débute par le kalimba seul avant l’entrée de James Brandon Lewis aux sonorités apaisées, avec une longue citation coltranienne à partir de 04 :30. Willisee, joué sur la même scène en 1980 par Dewey Redman et Ed Blackwell, est sans doute la pièce maîtresse de l’album ( si il fallait en sortir une du lot tant l’ensemble est d’une densité remarquable). Dans les notes du livret, James Brandon Lewis avoue que l’enregistrement légendaire de 1980 les a grandement inspiré pour ce concert. Et la composition de Dewey Redman s’enflamme dès les premières mesures, sans fioritures et bavardages inutiles, les deux artistes vont directement à l’essentiel – le morceau se limite à six minutes intenses -, le saxophoniste y allant d’un double « Yeah ! » qui en dit long sur l’implication qu’ils ont placée dans leur performance. Le rappel est tout aussi prenant, avec une composition de James Brandon Lewis enchaînée par un décapant Over The Rainbow. Un concert/enregistrement qui nous plonge dans l’essence du jazz, comme on aimerait en entendre plus souvent sur les scènes des festivals de nos régions, une musique où l’âme est le centre de la musique. Willisau se fait un des derniers défenseurs de ce jazz teinté des années 1ç70, celles où on voyait Dewey Redman se produire dans nos contrées aux côtés de Cameron Brown, son fils Joshua, Leo Parker et d’autres… Nostalgie, nostalgie.

Jean-Pierre Goffin