Chansons d’amour mai22

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Chansons d’amour

Matthew Bourne – Laurent Dehors, Chansons d’amour (Emouvance)

www.emouvance.com

On avait découvert le Français Laurent Dehors lors de la création de Trio Grande, il y a 20 ans (albums « Trio Grande » chez Igloo en 1994 et « Signé Trio Grande » pour le label Werf en 2001) puis, dans la foulée, à la tête du tentet Tous Dehors, toujours en compagnie de ses deux compères belges, Michel Massot et Michel Debrulle (« Dans la rue » en 1995 puis « Dentiste » en 1998) ainsi qu’au sein du Megaoctet d’Andy Emler (« E total » en 2012, avec Laurent Blondiau). Matthew Bourne, pour sa part, avait rejoint Trio Grande en 2007 (albums « Un matin plein de promesses » puis « Hold the Line » en 2011). La découverte du pianiste anglais lors du festival de Brecon, au pays de Galles, avait marqué Laurent: « Il avait un toucher et un sens musical extraordinaires. A la fin de son concert, je suis allé le voir pour lui dire qu’en général je n’aimais pas trop le piano mais que là j’avais adoré. » En plus des deux albums gravés en compagnie de Trio Grande, Laurent Dehors avait fait appel à Matthew Bourne pour son projet « Concerto Grosso » avec le quatuor de saxophones Habanera et pour « Une petite histoire de l’opéra ». Une réelle empathie était née: « C’est vraiment quelqu’un qui, quand on est ensemble, me met en état de vibration. C’est comme une synergie entre nous. Je l’adore. » Les voici maintenant réunis pour un duo complice et intimiste dédié aux « Chansons d’Amour ». Avec un tel titre, on aurait pu s’attendre à la reprise d’une série de chansons célèbres du passé mais, à l’exception d’une émouvante version de La vie en rose, en hommage à Edith Piaf, la totalité de l’album est consacré à des compositions originales. Laurent Dehors a choisi de reprendre Les Petits Escaliers et ce Triste, écrit à la mort de sa mère, deux thèmes qu’il avait déjà joués avec Trio Grande (album « Hold the Line »). Matthew Bourne propose cinq compositions personnelles (Le Bossu de Rossignol repris à  « Un matin plein de promesses », 2666 et BDK Theme présents sur « Hold the Line » et deux nouveaux titres). Les autres plages sont consacrées à des improvisations-compositions collectives mais toujours avec ce même sens de la mélodie et d’une poésie latente : « Dans tous les disques que j’ai faits, il y a toujours un moment presque éthéré. C’est par pudeur que je n’en dévoilais pas davantage. Et là, grâce à Matthew, j’ai eu envie de présenter cette facette de moi-même plus intime. » Tout au long des 17 plages de l’album, on retrouve le toucher délié et l’humeur guillerette de l’Anglais (Le Bossu de Rossignol, A propos, Thrown) et la fluidité de la clarinette:  « A travers la clarinette, il y a cette partie plus intime de moi-même qui transpire. » (écoutez notamment sa bouleversante interprétation de La Vie En Rose). Tantôt la clarinette cède la place à la clarinette contrebasse (BDK Theme, Two), au ténor (One), à l’harmonica (Last Take) ou à la cornemuse (Scotch Missed) mais toujours avec la même limpidité mélodique :   »J’ai toujours aimé jouer les ballades, essayer de dire beaucoup avec peu de choses. » Le pari est pleinement réussi.
Claude Loxhay