Ill Considered – London Calling août26

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Ill Considered – London Calling

Idris Rahman – Emre Ramazanoglu © Diane Cammaert

Tout ce qui gravite autour du trio londonien depuis quelques années suscite un intérêt grandissant… Wildflowers, Pokus et (bien évidemment) Ill Considered sont en passe d’obtenir un peu plus de visibilité au sein de la nouvelle scène anglaise… De quoi nous réjouir ! Rencontre avec le saxophoniste Idris Rahman pour une mise au point par-delà la Manche…

Depuis quelques années, on parle beaucoup du nouveau jazz anglais. Mais ce sont souvent les mêmes noms que l’on cite : Shabaka, Moses Boyd, Theon Cross… Tous ces musiciens ont été invités sur la fameuse compilation « We Out Here », mais pas vous…
Idris Rahman : En fait, nous ne sommes pas de le même génération… Ces musiciens que tu cites pourraient être nos enfants (rires) ! De plus, nous n’existions pas depuis très longtemps quand cette compilation est sortie… Nous étions un peu en dehors de cette scène. Depuis que nous avons sorti nos premiers albums, on nous rattache à celle-ci…

Ce qui est plutôt une bonne chose pour vous…
I.R. : C’est déjà fort bien qu’il existe un mouvement, une scène. C’est profitable pour tout le monde. Pour notre part et en dehors de Ill Considered, nous jouions à Londres depuis plus de vingt ans… Le jazz a beaucoup fluctué en Angleterre durant cette période… Avec un peu plus de moyens. Puis surtout, les jeunes ont commencé à s’y intéresser.

«C’est déjà fort bien qu’il existe une scène… C’est profitable pour tout le monde.»

Je pense qu’une des raisons qui explique qu’on ne vous ait pas associés plus tôt à cette scène est votre souhait de demeurer indépendants…
I.R. : Bien sûr… Nous avons choisi d’évoluer dans une structure indépendante. Nous avons agi à notre manière. Comme par exemple le fait de sortir beaucoup d’albums sur une courte période. Rien que du vinyle ou en téléchargement… On n’aurait jamais eu cette liberté en signant pour un label.

Comment expliques-tu cette résurgence du jazz anglais ? Il n’y a d’ailleurs pas que Londres, je pense aussi à Gondwana à Manchester…
I.R. : Oui, on aime assez bien ce que ce label publie. Il y en a d’autres aussi, qui ont fait des efforts pour que le jazz anglais se rénove et évolue vers cette nouvelle forme.

Outre le fait d’être un groupe, Ill Considered c’est aussi une structure… Vous avez choisi l’autoproduction.
I.R. : Ill Considered est avant toute chose une philosophie… Notre but est de jouer ensemble en improvisation complète. Jusqu’à présent, nous n’avons jamais agi comme s’il y avait une structure derrière nous pour nous soutenir. Mais ça va changer : le prochain album sera publié par un label extérieur (New Soil, une branche du label indépendant Marathon Music Group – NDLR).

Leon Brichard est le point commun entre les trois groupes qui enregistrent au sein de la structure Ill Considered…
I.R. : Oui, c’est son projet et son choix. Comme le souhait de sortir nos albums sous le format vinyle…

«Nos titres sont des numéros, ce qui amène l’auditeur à se focaliser sur la musique sans se laisser distraire par autre chose.»

Du design des pochettes au choix des titres (des numéros sans autre explication), vous laissez planer un mystère autour du trio. Vous aimez susciter les interrogations ?
I.R. : Oui, nos titres sont des numéros, ce qui amène les auditeurs à se focaliser uniquement sur la musique, sans se laisser distraire par autre chose. Les pochettes sont créées par la même personne, (l’artiste néerlandais Vincent De Boer – NDLR). A ce titre, il fait partie du groupe, comme nous, les musiciens.

Idris Rahman © Diane Cammaert

Pourquoi ce choix du vinyle et du téléchargement ?
I.R. : C’était la préférence de Leon. Puis ça répondait mieux aux nouvelles attentes du public. Notre prochain album connaîtra aussi le format CD.

Vous faites régulièrement appel à des musiciens extérieurs. Afin d’élargir la palette sonore ?
I.R. : Oui, on aime ça, jouer avec d’autres musiciens. La base reste de la même : basse, batterie et saxophone. Mais nous aimons ajouter d’autres choses, comme les percussions par exemple. Sur le nouvel album, il y aura pas mal de guests.

Tu me disais que Ill Considered jouait en improvisation pure. Ça demande beaucoup de complicité, notamment pour intégrer des musiciens extérieurs.
I.R. : Tout ce que nous jouons repose sur une base improvisée. Nous avons toujours fonctionné comme cela. Outre la complicité, il a fallu que nous accordions suffisamment de confiance les uns aux autres. Y compris en studio. Cela a pris du temps avant que nous osions présenter notre musique à un public !

Par contre, la musique de Wildflowers, un groupe au sein duquel Leon et toi-même êtes également présents, semble plus carrée, quasiment dub.
I.R. : En effet, la musique que nous jouons sous le nom de Wildflowers est davantage écrite. Néanmoins, elle reste très ouverte aux apports extérieurs.

Ma dernière question pourrait être posée à chaque musicien, où qu’il se trouve en ce moment : les tournées et les concerts ont été interrompus. Quand pensez-vous revenir sur une scène ?
I.R. : En effet, il n’y a pas assez de garanties pour prévoir quelque chose en ce moment. Toutes nos dates sont reportées à 2021, même si on ne désespère pas de pouvoir rejouer avant cela…

 

Un entretien réalisé à Liège le 11 août 2020.
Merci à Diane Cammaert pour les traductions et les photos…

 

A lire :
Chroniques Jazzaround relatives à l’album Pokus «Pokus», Wildflower «Season2» et Ill Considered «9 East/West»

A écouter :

Ill Considered
9 – East / West
Ill Considered

 

 

Yves «JB» Tassin