Michel Mainil Quartet & Lisa Rosillo : Victor Jara, Le poète au chant libre jan28

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Michel Mainil Quartet & Lisa Rosillo : Victor Jara, Le poète au chant libre

Travers Emotion

Né en 1955, Michel Mainil a d’abord suivi les Séminaires de jazz du Conservatoire de Liège en compagnie de John Ruocco, puis s’est inscrit au Conservatoire de Bruxelles sous la férule d’Erwin Vann. Fidèle en amitié, il a fondé un quartet avec le pianiste Alain Rochette, le contrebassiste José Bedeur et le batteur Antoine Cirri (albums « Water and Other Games » en 2004, « Reflections in Blue » en 2010). Il a aussi joué avec les guitaristes Peter Hertmans et Vincent Romain, ainsi qu’avec l’harmoniciste Olivier Poumay, et a formé, avec la chanteuse d’origine espagnole Lisa Rosillo, un Spanish Jazz Project (premier album en 2014, puis « Christmas Songs » en 2017). Toujours entouré d’Alain Rochette, Nicolas Yates (cb) et Antoine Cirri, Michel Mainil et Lisa Rosillo ont décidé de rendre hommage au poète et chanteur chilien Victor Jara, un homme engagé, communiste, fidèle partisan de Salvador Allende et qui fut arrêté et torturé par les milices du général Pinochet. Au répertoire, dix textes de Jara, « Gracias a la vida » de Violeta Parra, icône de la chanson chilienne et la berceuse « Duerme negrito » qu’a notamment interprétée l’Argentin Atahualpa Yupanqui. Lisa Rosillo interprète ces textes d’une voix chaude et ondulante. Le quartet l’accompagne d’un middle jazz qui fait alterner tempo vif (« El derecho de vivir en paz ») et ballade (« Duerme negrito », « Deja la vida volar »), avec parfois des colorations latines (« Lo único que tengo », « Canto libre »). Michel Mainil passe d’un ténor vigoureux (5 titres dont « Vientos del pueblo ») à un soprano volubile (six titres dont « Manifiesto » ou « La Cocinerita »). Certains évoqueront une impression de décalage entre ces textes engagés et ce jazz mainstream qui ne refléterait pas la révolte du poète. C’était l’époque du protest song aux USA (Bob Dylan, Joan Baez) et de la chanson sud-américaine engagée en faveur de Salvador Allende (Jara, le groupe Quilapayun au Chili, Atahualpa Yupanqui en Argentine) et avec le populaire Cuarteto Cedrón on était loin du jazz nord-américain. Mais il faut reconnaître que, dans l’interprétation de ses textes, il n’y avait pas de véhémence chez Jara, une spontanéité accompagnée d’une simple guitare, d’une flûte des Andes et de petites percussions.

Pourtant les textes expriment une réelle révolte :
Dans « Manifiesto » : « Yo no canto para cantar / Ni por tener buena voz / Canto porque la guitarra / Tiene sentido y razón » (« Je ne chante pas pour chanter / Ni parce que j’ai une belle voix / Je chante parce que la guitare / A raison et fait sens »).
Dans « El  derecho de vivir en paz » : « Le droit de vivre / Poète Ho Chi Minh / Qui résonne du Vietnam / A toute l’humanité / Aucun canon n’effacera / Le sillon de ta rizière / Le droit de vivre en paix ».
Dans « Canto libre » : « Mon chant est un chant libre / Qui veut s’offrir / A qui lui tend la main / Continuons à chanter ensemble / Pour toute l’humanité ».
Dans « Vientos del pueblo » : « De nouveau ils veulent salir / Ma terre avec du sang ouvrier / Ceux qui parlent de liberté / Et qui ont les mains sales ».

A chacun de se faire une opinion, mais il faut rendre grâce à Lisa Rosillo et Michel Mainil d’avoir célébré la mémoire de ce « Poète au chant libre ».

Claude Loxhay