Chicago Gospel Music Festival 2013 août15

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Chicago Gospel Music Festival 2013

Chicago Gospel Music Festival 2013

Depuis 2012, sous l’impulsion du nouveau maire de Chicago, Rahm Emanuel, deux jours du festival se déroulent dans Ellis Park, au cœur de Bronzeville, le quartier noir du Sud de Chicago, aux racines mêmes du gospel, avec ses églises dont les murs vibrent encore du passage des plus grands stylistes, artistes et compositeurs : Thomas A.Dorsey, Mahalia Jackson, la Gay Family, les Barrett Sisters,  Rosetta Tharpe, Robert Anderson, les Soul Stirrers…

Les édifices religieux que sont les mythiques Pilgrim Baptist Church, First Church of Deliverance,  Greater Harvest M.B. Church, Ebenezer Baptist Church balisent ce très vaste quartier où habitent encore des artistes de black gospel, mais aussi ceux du blues et du jazz qu’on retrouvait dans la multitude de clubs où la musique régnait en maître. Il est à noter que cet Ellis Park se situe au croisement de la E. 37 th Street et de Cottage Grove et que Bronzeville est encore entièrement peuplé par les Afro-américains. Si beaucoup de clubs de blues ont disparu, il en reste tout de même encore quelques-uns, même si le West Side de Chicago est également actif sur ce terrain et continue d’être un quartier concurrent. 

Comme d’habitude, les deux premiers jours du festival ont pris place, quant à eux, en plein « downtown » de Chicago,  d’abord , à front de Michigan Ave, sur le Jay Pritzker Pavillion dans le Millenium Park. Le jeudi 20 juin avec une mise à l’honneur de grandes chorales locales, et le lendemain, au Chicago Cultural Center, juste en face du Millenium Park au coin de Michigan Avenue et de Harrison Street, une affiche avec des artistes en développement, des films projetés en présence de réalisateurs suivis de séances questions-réponses.

Retour à la case départ, le jeudi 20 juin, avec  toute une série de chorales impressionnantes, à l’image de Chicago et de toutes ces villes où les populations Africaines-américaines sont importantes. Au départ, l’organisation avait prévu un concours entre les diverses chorales, pour des raisons encore obscures, le concours fut annulé pour laisser la place à quatre chorales qui ont ainsi pu s’exprimer sur la scène du Jay Pritzker Pavillion : le Salem Baptist Church of Chicago’s Fellowship Choir, le Reverend Dan Willis & All Nations Choir, l’Apostolic Faith Church Creative Arts et enfin le GMAC Mass Choir. Ces ensembles vocaux sont absolument majestueux et talentueux, donnant de l’espace aux solistes aussi doués qu’anonymes. Le répertoire favorise le plus souvent les rythmes propres du gospel contemporain. Spectacle très attachant, comme il l’est d’ailleurs plus souvent en live que sur disque, il faut bien le reconnaître.

Le vendredi 21 juin, au Chicago Cultural Center, de 12h00 à 16h00,  j’ai dû slalomer entre trois salles pour me faire une idée du potentiel d’une bonne douzaine de groupes et de solistes. J’ai ainsi pu entendre Faith Howard, Sauk Elementary School Show Choir, Cinque Cullar et Just Friends au Preston Bradley Hall. Brian Pettis, Altar, Mark Wright & Friends et Leanne Faine & Favor se sont quant eux produits au Claudia Cassidy Theater. Enfin, c’est au Randolph Square que Kymm Lewis et The James et Kevin Gray se sont suivis. En résumé, j’ai beaucoup aimé  le groupe féminin The James, le groupe mixte  Just Friends et surtout  Leanne Faine & Favor. Leanne Faine est une soliste avec une longue carrière derrière elle et qui s’exprime dans un style traditionnel qui la situe au rang des Barrett Sisters, Albertina Walker, Gay Sisters et autres Ward Singers ou Caravans… Ne devrait-elle pas être programmée sur le Main Stage d’Ellis Park, l’an prochain peut-être ? 

LEANNE FAINE (c) Robert Sacré

Au Claudi Cassidy Theater, émotions au rendez-vous avec la projection, à 17h30, du film de Regina Davis «The Sweet Sisters of Zion- Delois Barrett & The Barrett Sisters », consacré au groupe des Barrett Sisters, en présence de la réalisatrice et des deux sœurs Barrett encore en vie : Billie Greenbay-Barrett et  Rodessa Porter-Barrett, ainsi que des filles de la défunte Delois Barrett-Campbell ! La séance a été suivie d’échanges entre  Regina Davis, Rodessa, Billie et le public, le plus souvent marqués par un sens de l’humour décapant des sœurs Barrett. Le film est disponible sur dévédé. Une chronique détaillée viendra bientôt en bonne place sur Jazzaround !

Samedi 21 juin, direction Ellis Park, avec deux scènes. Le Day Stage présente des chorales locales  et des groupes locaux , connus et moins connus de midi à 17h00. Quant au Main Stage, il lance les concerts à 17h00 jusque 20h00, voire plus tard avec des vedettes nationales et internationales confirmées. Le samedi, Elder Carl Heane & Priesthood, Second Nature, G.A.3, Freddie White & Next Level, Ev3 et les Turner Sisters, Ray & Spirit of Praise, Percy Bady, Malcolm Williams & Great Faith, Kenny Lewis & One Voice, AM-PM-Anthony Mc Gahee &  Praise Motivated et Joshua’s Troop, soit un nombre record d’artistes vont succéder sur la Day Stage, ce qui témoigne de la vitalité du genre dans la « Windy City » ! Freddie White, G.A.3, Ev3, les Turner Sisters et Malcolm Williams sont absolument les groupes à suivre, en particulier les G.A.3. une formation qui mêle le rap au gospel de façon délirante, dans une chorégraphie très réussie.

Ceci dit, les grandes vedettes du jour étaient bien entendu attendues sur la Main Stage avec Smokie Norful, Tamela Mann, John P.Kee, Lecrae et Vickie Winans dans le rôle de M.C. (maîtresse de cérémonies), elle chantera même quelques morceaux pour le plus grand ravissement du public. Quant à Smokie Norful, c’est un showman hors pair qui parvient à se démarquer du gospel contemporain, en bénéficiant du soutien de son fils Ashton, à peine âgé d’une dizaine d’années dont la présence scénique est déjà stupéfiante de naturel et d’expressivité. Tamela Mann, star de la TV et actrice de cinéma de renom, mère et grand-mère fort sollicitée, arrive malgré tout à trouver assez de temps libre pour chanter du gospel et nous livrer un excellent concert ! Par ailleurs, on ne présente plus John P. Kee, véritable bulldozer du gospel, imposant, impérial tant au chant qu’à l’orgue, il a enflammé son auditoire, tout comme LeCrae qui concluait une journée fort bien remplie grâce à ce mélange de hip-hop et de gospel très en phase avec les jeunes d’un public qui se comptait ce jour-là en dizaines de milliers de participants !  

Le dimanche 23 juin, de 12h00 à 17h00, la Day Stage poursuivait sur sa lancée avec un belle brochette de groupes avides de se mettre en avant : Tony Tidwell & Uncommon Favor, Tim White , The Heavenly Kings Jr’s , Bill Winston with Living Word Recording Choir, Spiritual Feet Dance, Martin Woods, The Young Adult Choir of Greater Harvest M.B. Church, Janet Sutton & The Voices of ACME, Dr.Charles Hayes & The Cosmopolitan Church of Prayer Choir, Jonathan McReynolds et le Chicago Mass Choir. On retiendra ici surtout le Reverend Tim White, sorte de derviche tourneur du gospel, en chanteur virevoltant, animé d’une énergie débordante et communicative.  Reverend Tim White est un ami très proche que nous avons revu à plusieurs reprises lors de programmes dans des églises du South’ et West Side, toujours avec le même plaisir et la même jubilation. On retiendra aussi la prestation de Janet Sutton qui conduisait sa chorale au titre non usurpé de Best Choir in America (2008) ! Depuis lors, la chorale se maintient au top, tout comme celle dirigée par le très grand Charles G.Hayes, vieille gloire internationale, fort discret sur scène, ce qui ne l’empêchait pas de façonner sa chorale de main de maître. Enfin, le Chicago Mass Choir confirmera sa stature de chorale de renommée internationale.  

REVEREND TIM WHITE (c) Robert Sacré

Néanmoins, l’événement du jour était bien la prestation sur la Main Stage, dès 17h00, du légendaire Joe Ligon avec ses Mighty Clouds of Joy. Ligon a livré une bonne idée de ce que le hard gospel, interprété à l’ancienne, pouvait donner sur scène, entre autres à l’occasion d’une incursion dans le public pour y exprimer son charisme hors du commun. À noter qu’une des fans les plus actives au premier rang du public n’était autre que Lemmie Battles (62 ans), une des meilleures chanteuses de gospel traditionnel et moderne ! Quant à l’excellente chanteuse Kierra Sheard, elle eut le périlleux honneur de succéder à Joe Ligon. Aussi à l’aise dans le gospel rap (avec une troupe de jeunes danseurs très spectaculaires) que dans le gospel traditionnel, son show fut un régal haut en couleur. Cette approche contemporaine du gospel a remporté tous les suffrages d’un public enthousiaste, comme ce sera le cas de The Brat Pack avec Bishop Hezekiah Walker, Ricky Dillard et Donald Lawrence avec Dexter Walker & Zion Movment. La soirée se terminera en pandémonium avec un public survolté et ravi. Il ne fait aucun que le Gospel Festival a trouvé la formule idéale grâce aux prestations dans Ellis Park. Voilà bien un festival de musique religieuse noire pour un public majoritairement noir, dans un quartier noir de Chicago. Que demander de plus. Et encore bravo à Cindy Gatziolis et toute son équipe de programmateurs. Longue vie à ce festival, tout en maintenant cette formule gagnante depuis deux ans ! 

Robert Sacré

NB :

Parmi les animations proposées en marge du festival, je soulignerai ici une initiative intéressante inaugurée en 2012. Le samedi, un autobus propose un tour de Bronzeville, au départ d’Ellis Park, en nonante minutes environ, avec de nombreux commentaires sur l’histoire locale, ainsi que des arrêts devant trois églises incontournables pour l’histoire du gospel à Chicago : Ebenezer Baptist Church, First Church of Deliverance et Pilgrim Baptist Church, réduite en cendres voici quelques années déjà, mais dont la reconstruction à brefs délais est désormais évoquée. Le tour est gratuit, tout comme l’accès au festival, thanks Chicago !