Vincent Peirani, le nouveau son… août17

Tags

Related Posts

Share This

Vincent Peirani, le nouveau son…

Vincent Peirani : le nouveau son de la boîte à frissons.

On l’entend avec Youn Sun Nah, avec Michel Portal, il a même enregistré sur l’album « Racine Carrée » de Stromae, sans parler de la musique classique. Vincent Peirani est partout et on ne s’en plaindra pas : si il y a un musicien qui renouvelle l’accordéon, c’est bien lui. Et les gens du métier ne s’y trompent, en le couvrant de multiples récompenses ces derniers temps. Rencontre après un concert avec Youn Sun Nah.

Propos recueillis par Jean-Pierre Goffin

Qu’est-ce qui fait qu’un adolescent choisisse l’accordéon ?

Je n’ai pas choisi, le monsieur que vous voyez là c’est mon père et c’est lui qui m’ a dit « tu feras de l’accordéon ! ». Moi je voulais être batteur et il m’a dit non, tu feras de l’accordéon ! £Il es très grand et costaud et j’ai obéi… (rire) En fait, il est musicien amateur et il a joué plein d’instruments différents, de l’accordéon, de la flûte, de la clarinette, du saxophone, il chantait aussi … L’accordéon était son préféré et quand j’ai émis le souhait de faire de la musique, il m’a dit «  Super, tu feras de l’accordéon ! » L’horreur ! Je pleurais chaque fois qu’il me mettait l’accordéon sur les genoux et puis c’est à travers la musique classique que j’adore que j’ai commencé à aimer l’instrument car il m’a dit «  Tu sais, tu peux faire la musique classique à l’accordéon. A partir de là, il m’a emmené voir un prof de musique classique qui m’a fait écouter du Bach, du Mozart, etc… C’était super… Je me suis dit que tout compte fait ce n’est peut-être pas si mal.  J’ai découvert toutes les possibilités de l’instrument, un cheminement le temps de s’apprivoiser l’un l’autre. 

On connaît peu l’accordéon comme instrument de musique classique.

Dans les concours internationaux, on joue des sonates de Bach, des études de Scarkatti… J’ai joué plein de fois avec orchestre à cordes, orchestre symphonique… Des compos du 20e siècle aussi, il y a un grand répertoire… 

Et comment en êtes-vous arrivé au jazz ?

J’ai arrêté la musique pendant deux ans car j’ai été très malade. Un de mes amis m’amenait des disques de jazz de Bill Evans et d’un groupe français « Sixun », et les deux j’ai adoré ! Je ne connaissais pas du tout cette musique et mon ami m’a appris que c’était du jazz ! Si je m’en sors, j’apprends ça ! 

Vous écoutez les accordéonistes de jazz ?

Je m’intéresse au jazz tout court, pas à l’accordéon jazz, je ne connaissais pas encore Galliano à cette époque ; je l’ai découvert un an plus tard . J’écoutais McCoy Tyner, Evans… Puis seulement après j’ai écouté Berthoumieux, Mille , Galliano… Et puis je me suis dit que pour avoir mon propre son, il fallait que j’arrête de les écouter. Il y avait aussi Art Van Damme, ce n’est pas celui qui me touchait le plus, il y avait aussi Tony Gumina, des Brésiliens comme Hermeto Pascoal, Gus Viseur ausi… Marcel Azzola… toute une époque ! 

Comment vous frottez-vous au jazz ?

J’ai galéré dans les clubs ; les musiciens étaient sympas jusqu’au moment où je disais que je faisais de l’accordéon ! Ah ouais, ben on va t’appeler… et ils ne m’appelaient jamais… C’était un peu un combat … Je trouve d’ailleurs que c’est pas fini : il y a de plus en plus de gens qui en jouent dans des styles différents, mais il faut encore faire sauter des barrières…  En Belgique, je sais qu’il y en a pas mal, mais je connais seulement Manu Comté… Il y tellement de choses à faire à l’accordéon ; des gens me disent : « je n’aimais pas, puis je découvre » ; l’instrument est riche et plein de possibilités, on est loin d’avoir fait le tour. On travaille beaucoup aujourd’hui sur l’ampleur de l’instrument, le son….

Comment rencontrez-vous Michael Wollny et Michel Benita pour l’enregistrement de « Thrill Box » ?

Ce sont des musiciens dont je connaissais le travail, je les ai appelé en leur disant que je faisais un disque, est-ce que ça vous branche ? On s’est rencontré seulement en studio parce que je voulais quelque chose de frais , de très neuf. J’ai beaucoup travaillé en amont de la musique pour qu’en deux minutes, je puisse leur raconter la musique, qu’on place les micros et qu’on enregistre. Ce fut une belle rencontre et on continue à jouer. Les morceaux du disque, ce sont des one shot, avec une deuxième version pour la sécurité ; en une journée, tout a été mis en boite. Il y a de la fraicheur, mais aussi de la fragilité dans chaque morceau, on se surprend les uns les autres, c’est vraiment ce que j’avais envie de faire pour cet enregistrement. 

Vous avez deux invités sur l’album.

Michel Portal et Emile Parisien, ce sont deux inspirations de deux âges différents. Portal je l’ai découvert avec « Blow up », le duo avec Galliano et je me suis demandé qui était ce type qui soufflait dans la clarinette… Je fais maintenant des concerts avec lui en classique, en quintet,en duo,… Je fais aussi  de la clarinette, ça m’est arrivé d’en jouer en concert. J’étais hyper-content qu’il accepte de jouer sur le disque, je joue encore avec lui en duo, parfois il vient jouer avec le trio. Avec Emile on des amis, c’est l’humain qui prime. Après on a de la chance de faire de la musique ensemble, c’est le bonus en fait ! Tout bénef… 

Et le choix du répertoire ?

Il y a des morceaux qui sont des compositions que j’adore comme « Throw It Away que ma femme m’a fait découvrir, je l’ai écouté en boucle. « Goodbye Irene », j’aime beaucoup ce genre de musique traditionnelle américaine, « Shenandoah » aussi… C’était important d’enregistrer ce type de morceau qui fait partie de ce qui fait ma musique ; Monk aussi, son univers me touche je ne pensais pas au fait de savoir si c’était adapté à l’accordéon, mais que ce soit au sax ou au piano, c’est puissant et c’est une musique pour tous les instrumentistes. Il y a une folie une liberté un truc très personnel chez lui ; ça me touche  ça me parle, c’était une évidence de jouer un morceau de lui en toute humilité, j’adore sa musique. 

Il y a aussi un titre qui vient des Balkans.

A la base c’est un morceau pour des orchestres de violons , mais ça se prête bien à l’accordéon ; j’ai fait énormément de musique des pays de l’Est, ce morceau c’est un petit souvenir. « Valse à MP » c’est aussi un clin d’œil, cette fois au musette : «Thrill Box »’ c’est le surnom de l’accordéon en France ; on y met plein de choses, du jazz, de la musique des Balkans, de la valse, le morceau de Canteloupe… Le disque est ma boîte à frissons. 

WWW.ACTMUSIC.COM

Vous avez été couvert de prix ces derniers temps : Victoire, Académie du Jazz, Jazzmag, Echo Award en Allemagne…

Ce qui est sûr, c’est que c’est une reconnaissance incroyable. En plus, en même temps qu’Emile qui était aussi le dernier prix Django juste avant moi. C’est une reconnaissance, mais je suis surtout hyper-content pour mon instrument, l’Académie du Jazz qui récompense un accordéoniste, l’instrument qui ne marchait pas avec le jazz. Les pros ont dit : « Lui, on valide son projet ! »  Galliano, Berthoumieux, Azzola, ont participé dans le sens où ils ont ouvert la voie de l’accordéon. Je suis hyper fier par rapport à l’instrument, une victoire pour dire à certains que l’accordéon c’est pas si mal ! Je suis extrêmement reconnaissant à mon père, il a eu une bonne idée finalement ! L’idée maintenant est de garder du recul par rapport à ces prix, il faut continuer à faire de la musique ; si j’ai la chance de continuer à faire de la musique comme ça, je suis content, surtout que c’est difficile aujourd’hui il y a de moins en moins d’argent pour faire de la musique. 

A écouter :

« Thrill Box » avec Michael Wollny et Michel Benita (ACT/Challenge)

« Belle Epoque » avec Emile Parisien (ACT/Challenge)

Concert :

Vincent Peirani sera en concert ce mercredi 20 août au Festival d’Art de Huy