Liège, rallye jazz 04 sept10

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Liège, rallye jazz 04

Liège: Rallye Jazz 04, au fil de l’eau.


Fruit d’une dynamique collaboration entre les différents acteurs du jazz à Liège (de la Maison du Jazz au Collectif du Lion qui fête son 25e anniversaire, en passant par l’opération Ca balance de la Province et les différents Jazz Clubs de la cité indéfectiblement ardente, sous l’égide de la Coopération Culturelle Régionale), le Rallye Jazz 04 en était, cette année, à sa 5e édition.

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Après une mise en bouche proposée par Toine Thys à l’Aquilone (son concert Jeune Public « La Mélodie Philosophale »), le Rallye liégeois offrait son principal plat de résistance au Théâtre de Liège, Place du Vingt Août, soit un double concert : d’une part, le trio d’Anne Wolf, la plus brésilienne de nos pianistes et, d’autre part, le trio du bouillant saxophoniste alto italien Rosario Giuliani que le public belge avait découvert grâce à l’Europe Jazz Contest d’Hoeilaart en 1997.

Devant un public nombreux, dans la Salle de la Grande Main (un lieu bien plus adéquat que le Musée d’Art Contemporain des années précédentes), Anne Wolf, superbement accompagnée par la basse acoustique et très mélodique de Théo de Jong et les percussions subtilement colorées de Stéphan Pougin (un set de batterie, congas, udu, cajon et diverses petites percussions, le tout joué avec un sens aigu du rythme), a proposé, outre Oceano du Brésilien Djavan Caetano Viana, une série de compositions personnelles tirées, pour la plupart, de son dernier album « Moon @Noon », comme D’août ou ce Babu, Buba and Seedy, souvenir d’un voyage africain en Gambie. Un set tout entier dévolu à la fraîcheur d’un lyrisme mélodique. Le temps d’une pause, déboulait sur scène le fougueux Rosario Giuliani  (interview pour Jazzaround en préparation) avec ses deux complices belges : à la batterie, Mimi Verderame que le saxophoniste de Terracina avait déjà croisé pour l’album « Game Over » en 1999 (label A Records cher à Hein van de Geyn) et, à la contrebasse, Nicolas Thys rencontré notamment lors d’un concert à Dinant. Propulsé par le drive infaillible de Mimi et la contrebasse solide comme un roc de Nic, Rosario Giuliani a interprété un très lyrique Giant Step de Coltrane (un des titres phares de son « Duet for Trane » gravé avec le pianiste Franco d’Andrea pour Philology en 1997) et une série de compositions personnelles comme cette Suite et poursuite au rythme effréné (un des thèmes de son album « More Than Ever », gravé en trio avec Rémi Vignolo et Benjamin Henocq pour le label Dreyfus en 2004). Avec sa fougue inextinguible, Giuliani transcende vraiment la tradition post-bop.

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Au Blues Sphere, en début de soirée, le pianiste Johan Dupont et Garrett List, sans trombone, devenu crooner devant l’éternel, interprétaient le « Grarrett List Song Book ». Ancien élève de List, Johan Dupont entre en totale fusion avec l’univers « ricain » du compositeur, tromboniste et ancien perturbateur de la scène free aux USA. La compicité musicale semble ici bien être le résultat de vibrations communes, ce qui donne un récital d’une grande sensibilité, intelligent, par moment même pointilliste et avec un certain sens de la dramaturgie. De temps à autre, le « maître » laisse son « élève » s’échapper, Johan Dupont se lance alors dans une exploration du clavier où son style hybride s’exprime pleinement. Non content de ces envolées improvisées, Dupont réserve aussi quelques surprises au « chanteur de charme » par des intros qui masquent la mélodie : variations et paraphrases au rendez-vous. L’enthousiasme du public, dans un Blues Sphere plein à craquer, ira crescendo, jusqu’en milieu de soirée, le temps, pour le public, de se rendre quelques centaines de mètres plus loin à L’An Vert, pour  un concert solo du violoncelliste Ernst Reijseger.

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Compositeur, arrangeur, violoncelliste, acteur important de la scène free batave, Ernst Reijsiger se produit régulièrement en solo, formule qui donne des résultats parfois fort contrastés. En effet, grand détourneur d’instrument, le voyage proposé par Reijsiger en pays du cello conduira l’auditeur/spectateur en pays africain, tant pour les percussions sur la caisse de résonnance que pour les pizzicatis proches du kora ! Malheureusement, le temps imparti au membre de l’Instant Composer Pool pour que le public nombreux puisse se rendre pour le final du rallye au Club Jacques Pelzer, réduira la prestation de Reisiger à une démonstration, fort éloignée de ces univers sublimes enregistrés depuis quelques années pour le prestigieux label Winter&Winter


Pour clôturer cette 5e édition au Jacques Pelzer Jazz Club, LG Jazz Collective, le septet emmené par le guitariste Guillaume Vierset, a présenté quelques titres qui figureront sur son premier album  (sortie prévue en décembre, notamment avec un concert au Centre Culturel des Chiroux) : soit des thèmes d’Eric Legnini, Nathalie Loriers (Jazz at the Olympics) ou Lionel Beuvens (A de son album « Trinité ») ainsi que des compositions du guitariste hutois. Au total, de passionnants et sophistiqués arrangements du leader et une série de fougueux solos de Jean-Paul Estiévenart (trompette et bugle), Steven Delannoye (saxophone ténor et saxophone soprano), Laurent Barbier (saxophone alto), Igor Gehenot (sur le tout nouveau piano Schimmel du Pelzer Club) et, bien sûr, Guillaume Vierset, bien soutenus par la basse électrique de Félix Zurstrassen et la batterie de Toni Vitacolonna (le batteur du Brussels Jazz Orchestra remplaçant Antoine Pierre parti à New York). En fin de soirée, « round about midnight » comme il se doit, la jam finale réunissait, entre autres, le trompettiste finlandais Kalevi Louhivuori, son complice Lionnel Beuvens à la batterie, Félix Zurstrassen à la basse et Guillaume Vierset à la guitare pour une série de grands classiques. Une réussite parfaite pour cette Coopération Culturelle Liégeoise qui compte pas moins de 14 acteurs différents. (www.jazz04.be)


Claude Loxhay et Philippe Schoonbrood