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Anne Niepold, Musette Is Not Dead !

« Musette is not dead », entretien avec Anne Niepold

propos recueillis par Peter Van Rompaey

« Je pense pouvoir arriver à donner une nouvelle brillance au musette : non, ce n’est pas une musique morte ! »

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Après ses études au Conservatoire, elle a reçu le prix Toots Thielemans de la main du maître de l’harmonica. Depuis, l’accordéoniste diatonique et professeur de Muziekpubliquea parcouru son propre chemin, une route qui l’amène aujourd’hui à un nouvel album qui souffle et crie, qui swingue et émeut, donnant un second souffle à des classiques d’un genre souvent méprisé ou associé aux clichés : le musette. Nous avons saisi le moment idéal pour une interview sur l’album, ses plans musicaux, ses cours d’accordéon, l’expression d’une simple note…  A peine quelques heures après l’interview, Anne nous envoie déjà une première réaction sur l’album, provenant du maître de l’accordéon, Richard Galliano lui-même : «  Anne Niepold est une musicienne que j’admire sincèrement : pour son talent et son intelligence. »  En effet, mis à part sa grande originalité pour les arrangements et compositions, sa démarche musicale adopte un chemin très personnel par rapport à son instrument, l’accordéon diatonique. A l’inverse de ses collègues qui jouent le chromatique, Anne ne demande pas à son luthier de repousser les limites de son instrument : elle les repousse elle-même, grâce à son ingéniosité et surtout à ses connaissances musicales et son instinct. Elle donne le bon exemple, fait corps avec son petit instrument : plus l’accordéon est maniable, plus les sonorités sont belles, les dynamiques incisives, la pureté du son émouvante. On est loin des 15kg qui obligent les accordéonistes à jouer assis, cultivant leur complexe vis-à-vis de l’orgue et du piano. Ici, le talent d’Anne Niepold ne nous offre pas seulement un magnifique enregistrement qui met en évidence les chefs d’œuvre du musette, il nous montre aussi la bonne voie : celle de l’intelligence, du respect, de l’émotion et du cœur. Le hasard a voulu que notre première question aborde le même géant de l’accordéon chromatique.

En 1991, Richard Galliano avec l’album « New Musette » exprimait le besoin de montrer que la musique musette est une musique qui vaut toujours la peine, qu’elle est riche et bien vivante. Aujourd’hui, plus de 20 ans après, était ce nécessaire qu’Anne Niepold vienne avec un message similaire : « ‘Musette Is Not Dead’ » ?

C’est drôle que tu poses cette question, parce que j’avais reçu l’album « New Musette » pour mon anniversaire. On me l’a offert en disant : « Voilà, comme ça tu vas une fois découvrir autre chose que du folk ». Au début, j’étais déçue parce que je m’attendais à un cédé de musique folk, mais très vite j’ai apprécié, et aujourd’hui c’est un album que je connais par cœur et que j’adore. Tant d’années plus tard – mais pas 23, parce que je n’ai pas reçu le cédé en 1991-, j’ai rencontré Richard Galliano lors d’une masterclass avec lui l’année passée. Dans ma lettre de motivation pour pouvoir participer à cette masterclass, j’avais donné comme argument :  avec le New Musette,  le New Diato, vous avez « dépoussiéré » le musette pour l’accordéon chromatique, après votre rencontre avec Astor Piazzolla. Moi, j’ai un petit diatonique et avec cet instrument j’ai un peu la même démarche que vous à l’époque. Apparemment, mon argumentation a fait mouche… J’ai eu la chance de le rencontrer. 

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Bien sûr, les deux albums sont différents. Tout d’abord, nous avons tout de même des personnalités musicales différentes. Ensuite, si dans « New Musette » il y a beaucoup de compositions propres, pour « Musette Is Not Dead » j’ai choisi d’arranger, voire recomposer, autour d’un répertoire déjà existant (franco-belge), donc d’époque. Ce n’est donc pas un album de compositions propres dans le sens strict du terme. Mais ma part de composition est bien présente dans les sélections de morceaux, les arrangements,  les ré-harmonisations, mais aussi les restructurations des thèmes originaux…

Pourquoi « Musette Is Not Dead » ?

Le musette est une musique entourée de clichés. Une musique née à Paris dans les années 1920, qui a eu ses années de gloire pendant quelques années.  Après la guerre, le musette a perdu de son éclat, « ça ne marchait plus » : d’autres instruments et styles plus modernes ont pris place dans les dancings. On retient souvent cette période-là. De la musique plutôt « facile », le musette « bas de gamme », à la limite du schlager, on retient une caricature d’Yvette Horner. Mais c’est dommage de se limiter à cette idée, car pendant des années, c’était un style foisonnant : de superbes compositions sont nées grâce à cette rencontre entre les Auvergnats, les instruments allemands, le manouche, les immigrés italiens, le swing… Je pense pouvoir arriver à donner une nouvelle brillance au musette : non, ce n’est pas une musique morte ! C’est une musique qui a toujours du sens, je trouve. Personnellement, j’y vois presque une idée philosophique, politique ou musicale : une musique née parce que des personnes de différentes origines se sont retrouvées dans une ville ensemble et se sont également retrouvées dans la musique.

Quand j’écoute le cédé, à certains moments j’ai envie de dire que ce n’est pas un cédé de musette. Tu comprends ? 
Bien sûr, il y a des choses qui changent ! Le musette de l’époque était fait pour danser, et danser le musette ou le swing était alors radicalement différent. Cela ne se mélangeait pas, ni au niveau de la danse, ni au niveau des instruments utilisés d’ailleurs ! C’est une des raisons pour laquelle le cédé ne sonne peut-être pas « typiquement musette ». Rythmiquement, j’utilise beaucoup le « swing », qui est de la même époque. Les cuivres jouaient dans les bals swing où ça criait, mais pas dans les bals musettes, où on dansait plutôt en silence avec des instruments plus doux. J’ai l’impression que j’ai peut-être lié deux univers. Même si ça groove et peut être « dansant », ce n’est pas prévu pour les valeurs, et il y a peut-être même deux ou trois endroits où il y a moyen de se casser une jambe (rires) !

Je n’ai pas non plus toujours l’impression d’écouter un cédé d’accordéon…
Je ne l’ai pas encore fait écouter à beaucoup de monde, mais on m’a déjà fait la même remarque quelques fois. Je voulais faire de la belle musique, tout simplement. En musette, on utilise l’accordéon d’abord tout seul, comme un orchestre. Ce n’était pas ma démarche. L’accordéon est central, mais ne parait pas « en avant ». Par contre, si tu avais entendu le mix sans accordéon, tu aurais remarqué qu’il y a vraiment des trous. L’accordéon est présent tout le temps. C’est comme un chanteur qu’on aurait mixé dans l’orchestre. Des cédés d’accordéon, j’en ai fait… Ici, c’est différent, mais l’accordéon a toujours sa place.

Comment as tu fait le choix du répertoire ? Je m’attendais à de nouvelles compositions de musette venant de toi, mais je suis étonné de retrouver du répertoire plutôt classique, avec beaucoup de Jo Privat et du Gus Viseur. 
Le dernier morceau, Nevermind, est une composition propre. Il exprime l’espoir (avec une note d’humour). C’est un peu décalé. Il fait le lien avec l’album suivant. J’ouvre et termine l’album avec l’accordéon seul. Le projet est né grâce à une Carte Blanche au Festival d’Art de Huy. Je me suis dit : je vais faire ce que j’ai toujours dit que je ne ferais jamais. Cela a commencé avec un ’running gag’, avec un pote au bar : « Allez, si je faisais du musette, quoi ». Petit à petit, j’ai cherché du répertoire musette, dans des vielles photocopies et des recueils (sorte de real book) de musette. L’idée s’est concrétisée encore plus dans la masterclass avec Richard Galliano. Il m’a donné plein de partitions de son père, qui était accordéoniste lui-même. J’ai fouillé un peu, et dans toutes ces pages il y avait du « kitsch », mais aussi tellement de belles mélodies. Par rapport au choix des compositeurs, je ne voulais pas uniquement des compositeurs belges, ni français. Comme à l’époque où on était plutôt « Rolling Stones » ou « Beatles », dans le musette tu es pour Privat ou pour Viseur. Spontanément, je suis plutôt Viseur, belge dans l’âme (rire). C’est aussi un des seuls qui improvise tout le temps. Mais je me suis rendu compte qu’il y avait, dans ma sélection, beaucoup de Privat. Dans le jeu je préfère Viseur, mais Privat a vraiment quelque chose de particulier au niveau des mélodies. Il a un certain style. Ce que j’aime dans le musette aussi, ce qui me fait sourire mais aussi m’inspire, ce sont les titres, toujours à raconter une histoire et exprimer un moment hautement mélodramatique. On y trouve des « Drame d’un soir », « Géraldine », « Déchirure », « Réconciliation »… Et puis des titres comme « Escadrille », qui se trouve sur l’album, et qui m’a tout de suite inspiré une scène avec des avions de chasse, un peu comme un dessin animé ou un film de guerre. Cela m’a donnée l’idée de créer cette atmosphère.

Tu en as déjà touché un mot. Ton choix d’instruments est assez particulier, on associe musette avec guitare ou banjo, basse, batterie, éventuellement un violon … mais pas avec des cuivres. Et ce n’est pas la section cuivre classique non plus, avec une flûte traversière ou un hautbois dans les rangs. 
Je ne choisis pas toujours le plus évident, mais ce n’est pas pour faire la difficile. C’est venu naturellement. Quelque part, j’ai la sensation d’être bien partie maintenant. Tu te cherches musicalement, tu fais le Conservatoire, tu prends un coup… Et maintenant, je crois avoir trouvé ce que j’aime et ceux que j’aime. Les musiciens qui m’accompagnent sont des gens avec qui j’ai travaillé dans le passé et avec qui je me sens bien. Le hautboïste et le trompettiste ont joué sur l’album précédent, le tromboniste est encore intervenu sur l’album « Deux Accords Diront » à l’époque… Je crois que dans ma prochaine vie, je jouerai un cuivre. J’ai suivi quelques cours avec Michel Massot, et j’ai toujours été attirée par le trombone parce que j’adore ce son. Ce n’est pas évident d’écrire pour la section cuivre, qui a des sonorités si particulières, par exemple « gérer » le hautbois qui a un son perçant (de canard !). Mon défi était de rendre les arrangements variés malgré une tessiture assez rétrécie, varier avec ces instruments, ce n’était pas évident.

Le cédé contient autant de moments contemporains que des morceaux quasiment ringards ?
C’était le but. Je pense que dans l’album, il y en a pour tous les goûts. Dans « Mélodie d’oiseaux », je devais faire entendre les oiseaux. Il fallait jouer avec ça, ce côté kitch, puis dans d’autres morceaux c’est le contraire.

J’ai l’impression que sur l’album, les arrangements sont écrits, qu’il n’y a pas beaucoup de place pour l’improvisation. La référence à « Well You Needn’t », de Thelonious Monk était aussi écrite ?

Il y a un très grand travail au niveau de l’écriture sur cet album. Bien sûr, la partie Well You Needn’t a été réfléchie. Dans Tohu-Bohu, ça a l’air assez libre au début, mais c’est arrangé. Par contre il y a quand même de longs solos où je donne l’occasion aux musiciens de s’exprimer à leur guise, par exemple dans « Douce Joie ».

Jouer le musette, c’était parce que c’est un défi technique ? 
C’est un défi, bien sûr, mais je n’ai pas fait ce choix parce que c’était un défi. Maintenant, une semaine avant la présentation de l’album, la difficulté technique me fait un peu peur. Le chromatique est un instrument unisonore (tirer et pousser donnent la même note), le diatonique est bisonore (tirer et pousser donnent une note différente). Mon diatonique a été un peu trafiqué, j’ai toutes les notes, mais elles ne suivent pas la logique visuelle comme avec un accordéon chromatique ou un piano. La gestion du soufflet, des distances pour les doigts… le rendent très difficile. Le musette était une musique pensée pour être jouée sur le chromatique.

Est-ce qu’un élève d’accordéon diatonique pourrait jouer les morceaux ?
Les élèves peuvent peut-être jouer une partie de ces mélodies…? Difficile quand même ! Peut-être une partie, quelque thèmes : oui. Mais y’a du boulot !

J’ai l’impression que tu tombes toujours entre deux chaises. Tu n’es pas considérée comme musicienne de folk par le milieu folk, et pas comme joueuse de jazz par le milieu jazz.
Je ne me considère pas vraiment comme musicienne de jazz, mais certainement plus comme musicienne de folk. Pour l’improvisation et l’écriture, je suis un peu plus dans le jazz. Dans le futur direct, je n’ai plus de projet folk ou traditionnel. Je n’ai pas l’impression d’encore jouer beaucoup de folk, comme à l’époque de Deux Accords Diront (duo d’accordéon d’Anne avec l’accordéoniste Aline Pohl) et Olla Vogala (folk big band sous la direction de Wouter Vandenabeele).

Avec ce cédé, le prix « Toots Thielemans » que tu as gagné prend enfin tout son sens : il y a un instrument atypique et un style auquel il n’est pas associé, il y a le morceau Bluesette avec lequel Toots marie musette et jazz (blues), comme tu le fais avec « Musette Is Not Dead »…
Après avoir fait l’album je me suis dit que c’était Bluesette qui manquait sur le cédé. Ce n’est pas seulement par rapport à ce prix ou à la personne de Toots, son style et son instrument, que ça tombe juste. Quand j’ai reçu le prix, ça a marqué la fin de mes études au Conservatoire. C’était le moment à partir duquel je devais trouver mon chemin, et avec cet album j’ai la sensation que tout tombait à sa place, que c’était juste, aussi bien au niveau des musiciens avec qui je travaille qu’au niveau de la musique.

Et la photo de l’album a été prise dans le quartier des Marolles où Toots est né… 
Evidemment. Il y a Paris, mais qu’est-ce qu’il reste à Bruxelles de l’époque ou de l’atmosphère du musette ? Je me suis posée la question : comment ça se passait à Bruxelles ? Viseur enregistrait à Paris. Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour faire des recherches. On m’a dirigée plutôt vers les Marolles. En plus, les Marolles et la cité Hellemans me font penser à l’atmosphère qu’il y a dans le documentaire sur Jo Privat avec les enfants, les petits Italiens qui jouent de l’accordéon devant les maisons pour gagner un franc.

Je m’attendais à quelques chansons sur l’album, mais non. A Huy, tu as chanté, et sur Terrain Vague, il y avait même la participation de Sanseverino…
Je vais chanter dans le volume 2… (rire) J’aime bien chanter, mais ici ça ne s’est pas fait. Et Sanseverino, c’est vrai qu’il est dans le swing, mais cette fois-ci l’occasion ne s’est pas présentée.

Tu viens d’accoucher de « Musette Is Not Dead ». Tu réfléchis déjà à d’autres projets comme le font les écrivains qui ont déjà leur prochain livre en tête alors qu’ils sont en train d’écrire les derniers mots d’un autre ?
Dans un an, il y aura un album avec Gwen Cresens (accordéon chromatique), qui s’appellera Monochromatique. Ce n’est ni chromatique ni diatonique. Cela me fait plaisir de faire ça, à deux, d’être très exigeants tous les deux. La période Deux Accords Diront était chouette, mais on n’avait pas les mêmes attentes. Je veux faire vivre mes projets. A Huy, j’ai également joué avec Hernan Ruiz, plus tango, que j’adore. Et ça joue également dans ma tête.

Si tu avais une carte blanche, sans limite au niveau du budget, tu choisirais quels musiciens ?
Richard Galliano, Stefano Bollani, Camille… et, avec Charlie Haden ce n’est malheureusement plus possible.

Tu dois être la plus ancienne prof de Muziekpublique… Qu’est ce qui te passionne encore dans le fait de donner cours ? Beaucoup de musiciens préfèrent faire des concerts et ne pas enseigner.

J’ai commencé à donner cours fin 1997, c’est fou. J’étais vraiment petite. Et j’ai fait tous les différents lieux de cours. Pas mal de musiciens enseignent seulement pour survivre. Je pourrais avoir le choix de ne plus donner cours, mais j’adore construire quelque chose avec les élèves. C’est magnifique de se retrouver avec un plombier, une secrétaire, un médecin, deux Italiens, un Hollandais qui ne parle pas un mot de français, une Finnoise qui parle avec les mains et les pieds, c’est quelque chose. Ça me donne de l’énergie. Tous les mardis soir, tu arrives avec ces gens, et on n’est pas là pour se dire « hé, tu fais quoi dans la vie ? ». Je connais aussi beaucoup de musiciens qui ne donnent cours qu’aux avancés, mais j’adore aussi la note simple, le plaisir d’apprendre à jouer des choses simples. Le plaisir simple dans la musique, jouer ensemble, me donne de l’énergie.

On dit souvent qu’Anne Niepold joue de la musique compliquée. Ici tu parles de la note simple. Est-ce qu’avec l’âge, tu évolues vers une musique moins complexe, plus simple et plus juste ?
Je ne supporte plus ce cachet qu’on m’a collé un jour comme quoi je serais complexe. Avec « Musette Is Not Dead », je n’ai pas d’impression de complexité. J’ai fait écouter l’album à des amis qui ne sont pas dans la musique, et ils ne le trouvent pas complexe. Bien sûr, le cédé est très arrangé et il y a plusieurs voix, et dans ce sens-là peut-être, ce n’est pas très simple. Mais ce ne sont pas des mélodies complexes. Du temps de Deux Accords Diront, je me cherchais comme compositrice et arrangeuse, et les gens trouvaient ça de la musique difficile. A ce moment-là, ça me mettait hors de moi, mais aujourd’hui je peux comprendre ce qu’ils voulaient dire. Avec « Musette Is Not Dead », j’ai l’impression que tu écoutes juste une histoire, pas une musique difficile. Une musique toute simple peut être tellement belle. Le dernier morceau de l’album est très simple. Il y a trois accords et quatre notes – j’exagère un peu – mais j’aime bien les faire sonner. C’est peut-être encore le lien avec Toots. Il peut tellement faire sonner juste une seule note, et mettre plein d’émotion dedans. L’accordéon peut, comme l’harmonica, donner l’expression à une seule note. Je peux jouer une note et en varier l’intensité, et je crois que c’est une des caractéristiques de mon jeu à moi. C’est pour ça que j’adore jouer avec des souffleurs. L’accordéon – et surtout l’accordéon diatonique – respire comme un souffleur, et a des attaques différentes comme un souffleur. Dans « Musette Is Not Dead », je fais parfois intégralement partie de la section des souffleurs et je fais des background avec eux. C’est vraiment le pied.

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