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Kenny Barron – Dave Holland, The Art Of Conversation

Kenny Barron – Dave HollandThe Art Of Conversation (Impulse)

Ce duo fut l’un des événements majeurs de la salle des 1000 au dernier Jazz à Liège : un bel exemple d’empathie complice à l’égard de la tradition jazz dans son sens le plus classique, un vrai « art de la conversation ». Il faut dire que les deux musiciens se connaissent bien : dès 1985, avec Daniel Humair à la batterie, ils ont formé le trio de l’album « Scratch » et se sont retrouvés avec le saxophoniste baryton Nick Brignola pour les albums « On A Different Level » en 1989 et « It’s Time » en  1991. Chacun a aussi une sérieuse expérience du duo : Kenny Barron avec Stan Getz (« People Time », un des meilleurs albums du saxophoniste) mais aussi avec la violoniste Regina Carter, le percussionniste Mino Cinelu et Charlie Haden, pour un autre art de la conversation piano-contrebasse avec l’album « Night And The City ». Dave Holland a, pour sa part, joué en duo avec Steve Coleman, Sam Rivers, Barre Philips et Karl Berger. La première rencontre en duo s’est concrétisée, en septembre 2012, lors du festival Jazz à La Villette, à la Cité de la Musique de Paris. L’album a lui été enregistré en mars de l’année dernière à New-York. Pour cette conversation complice, chacun a d’abord choisi une série de compositions personnelles. Dave Holland a porté son choix sur The Oracle, qu’il avait enregistré en trio avec Hank Jones et Billy Higgins, Waltz For Wheeler dédié au trompettiste de son quintet, In Your Arms, une ballade qu’il avait enregistrée avec le trio Gateway (John Abercrombie et Jack DeJohnette) et Dr Do Right du World Trio (avec le guitariste Kevin Eubanks). Pour sa part, Kenny Barron a composé pour l’occasion Rain et repris The Only One ainsi que Seascape, deux thèmes gravés en trio avec Ray Drummond et Ben Riley pour un album de 1990. Viennent compléter le répertoire, Segment, thème éminemment bop de Charlie Parker, In Walked Bud de Monk, une des influences majeurs de Barron et Daydream, la célèbre ballade de Billy Strayhorn. On passe ainsi de belles ballades (In Your Arms, Daydream et Rain avec un splendide solo de contrebasse) à des rythmes syncopés (Segment, In Walked Bud et le très monkien The Only One), d’une valse (Waltz For Wheeler) au rythme sautillant de Seascape. Comme le dit le contrebassiste dans le livret : « Kenny is a tremendous listener as well as a tremendous player. It’s just fun to have an opportunity to have that intimate dialogue in the music. » Quant à Barron, il fait ce compliment : « I’ve heard a lot of bass players who are very technical and stay in the upper register, there’s no bottom. Dave supplies the bottom ». Ce qu’il montre avec sa walking bass sur In Walked Bud mais il sait aussi prendre de merveilleux solos mélodiques (Waltz For Wheeler, Rain). L’art de la conversation entre deux géants.
Claude Loxhay