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Wiwex Quartet, Equidistant

Wiwex QuartetÉquidistant (Buda Musique)

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Un contrebassiste (Dõan Brian Roessler),  un saxophoniste (Nathan Hanson), une percussioniste (Mirtha Pozzi) et un joueur de zarb et de percussions (Pablo Cueco), voici l’instrumentation d’un quartet dont les couleurs annoncent une musique à strates. Le Wiwex Quartet c’est aussi la rencontre de deux duos, provoquée par un des plus grands perturbateurs de cette musique-là, Jean Rochard, fondateur du label Nato et animateur infatigable de l’association des labels indépendants : Les Allumés du Jazz. Dans la foulée de sa collaboration avec Michel Portal, au début des années 2000, entre autres pour les albums « Minneapolis » (2001) et Birdwatcher (2007), Jean Rochard lançait le Festival de Minnesota sur Seine, une voie à double sens entre les deux rives de l’Atlantique. Pablo Cueco et Mirtha Pozzi ont ainsi croisé la route des membres du Fantastic Merlins, Nathan Hanson et Dõan Brian Roessler. Deux duos, quatre personnalités de format international se sont mises à échanger musicalement, humainement, pendant plusieurs années, pour aboutir à cet « Équidistant », sans distances donc, sans barrières ni frontières… En voici enfin l’enregistrement, car il faut bien une trace, réalisé dans les studios Davout à Paris, et capté d’oreilles de maître par Jean-Loup Morette. Au fil des titres, l’auditeur réalise que la rencontre de ces quatre-là n’est pas fortuite, et que le hasard naîtra dans la musique. Ces quatre-là partagent un engagement artistique dans des expériences multidisciplinaires (musiques, danse, théâtre, cinéma, poésie…) et bien entendu aussi une ouverture aux cultures et influences musicales du « tout monde ». Mode d’emploi, avant écoute : les huit titres de l’album du Wiwex Quartet requièrent une écoute active. En effet, solos, dialogues et trialogues initient des mélodies, des séquences et provoquent des improvisations aux développements incertains, sans clichés ou systèmes. Au final, un univers faussement dépouillé révèle une musique à plusieurs niveaux, où percussions, cordes et vents tissent des entrelacs le plus souvent jouissifs et toujours justes. L’impeccable spatialisation réalisée à l’enregistrement prend ici tout son sens : c’est la technique au service de la création, au plus proche du réel. Gageons que le résultat a dû surprendre jusqu’aux protagonistes de cet « Équidistant » ! Il faudrait aussi écouter cet album au casque,  et ainsi se laisser embrasser par tant de nuances et de finesses produites par les paumes et les doigts sur les percussions, par l’archet sur la contrebasse, et la maîtrise du souffle, en particulier dans le saxophone soprano qui oscille entre les rives du Gange et du Mississippi. Et, pas de malentendu, l’écoute de cet « Équidistant » ne demande qu’un seul effort, celui de s’abandonner pour recevoir des vibrations hors du temps.

Philippe Schoonbrood