MîkMâäk, work in progress… avr20

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MîkMâäk, work in progress…

MîkMâäk, work in progress @Théâtre Marni

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Jeudi 26 mars au soir, les seize musiciens de MikMâäk prenaient place sur la scène du Théâtre Marni, à Flagey. MikMâäk, c’est un véritable petit orchestre autour du Mâäk Quintet à l’origine d’une foule d’autre projets : saxophones, trompettes, flûtes traversières, clarinette, euphoniums et tubas basses sont accompagnés par une section rythmique – piano électrique, contrebasse, batterie. Autant dire qu’il y a du monde. Le morceau d’ouverture, Nine (dont une version en quintet est écoutable sur le Soundcloud du collectif), composé par Laurent Blondiau (trompette), initiateur et leader de Mâäk, ouvre le set. La musique est rythmiquement et harmoniquement complexe, riche en dissonances. Accompagné ce soir là par mon amie qui n’est pas spécialement connaisseuse en matière de jazz, je m’inquiète de cette dureté, craignant que celle-ci puisse rebuter les non initiés. Mais cette inquiétude est vite balayée par l’intérêt qu’éveille en moi la musique que je découvre : d’abord désarçonné, je suis maintenant porté par l’énergie folle que dégage l’orchestre. La pièce s’achève, je suis enthousiaste. Le second morceau débute par un solo de clarinette très free, qui, à l’instant où il aurait pu devenir indigeste, se retrouve soutenu par une basse lancinante, qui donne un point d’accroche à l’auditeur et aux autres musiciens qui entrent en jeu. La couleur de tout cela ? « Un Big Band de l’Apocalypse », pensai-je sur le moment, conquis. Mon émerveillement ne tarira pas de tout le concert.

CLAUDE TCHAMITCHIAN

Comment qualifier la musique de MikMâäk ? Ce n’est pas chose aisée, et cette difficulté renvoie à la genèse même du projet Mâäk : l’objectif était de réunir des musiciens liés par divers projets présents et passés, aux influences et horizons très variés, pour laisser s’exprimer la créativité des uns et des autres dans une formation soudée par une grande complicité humaine et artistique. Bien que Laurent Blondiau puisse être considéré comme le leader du projet, lui-même préfère le terme « collectif » à celui de « groupe », car son statut de leader renvoie davantage à celui d’un coordinateur : Mâäk est avant tout une opportunité donnée aux membres du groupe d’exprimer leur créativité propre. Ainsi, les œuvres présentées ce soir là étaient à peu près chacune signée par un membre différent du collectif. De façon très personnelle, l’ambiance me faisait penser au fruit qu’aurait pu donner une rencontre autant géniale qu’improbable entre quelques grands noms de la musique classique moderne, tels que Bartòk ou Messiaen, avec l’une des grandes formations endiablées d’un Charles Mingus de l’époque « Blues and Roots ». Les musiciens sont chacun à leur tour mis à l’honneur en tant que solistes – à peu près tous auront l’opportunité de s’exprimer librement sur un des morceaux.

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Mon amie a adoré également. Et si j’étais soulagé de la savoir conquise elle aussi, je la comprenais parfaitement : si la musique de MikMâäk peut sembler dure par certains aspects – notamment une atonalité rappelant tantôt le free (Tilt, de Yann Lecollaire), tantôt la musique classique contemporaine (Etoile de Brume suspendue, de Guillaume Orti), sa richesse et l’énergie qu’elle et les musiciens qui la portent dégagent la rendent très accessible. Et, encore plus en concert : l’interaction entre les musiciens et leur coordination est un spectacle en soi. MikMâäk : un plat de résistance, donc, mais régal pour les oreilles.

Kenzo Nera

Charlotte Sampermans (CSphotographie)