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Trio Chemirani, Dawàr

Trio Cherimani, Dawàr – La Langue Invisible (Harmonia Mundi/Latitudes)

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Voici déjà 40 ans que le maître percussionniste Djamchid Chemirani (1942) enregistrait le premier album en solo pour le label Harmonia Mundi. Le voici avec ses deux fils, Keyvan et Bijan, l’un et l’autre dépositaires privilégiés d’une grande tradition des percussions « digitales », dont la science remonte à l’Empire Perse. Le trio interprète ici dix-huit titres avec un leitmotiv constitué de mélodies sacrées avec Djamchid au chant parlé, accompagné par Keyvan au santur (instrument à cordes frappées de la famille des cithares et ancêtre du piano) et par Bijan au saz (luth à manche long). Quant aux plages les plus longues, entièrement percussives,  il ne s’agit que de titres interprétés au zarb (Djamchid, Keyvan et Bijan),  et parfois au daf (Bijan et Keyvan), par les six mains des Cherimani. Cet opus révèle un travail collaboratif de plus de vingt ans qui naturellement détonnent nos oreilles d’occidentaux : intenses nuances dans les timbres, maîtrise insolente de la dynamique, et puis, ces entrelacs rythmiques qui font chanter ces peaux tendues sur cadre (daf) ou sur tambour-gobelet (daf). Comme il se doit, pendant leur long apprentissage, les fils se sont frottés à d’autres genres musicaux, notamment le jazz et les musiques improvisées. Ces apports « extérieurs », intégrés avec respect pour la tradition ont permis d’élever cette mémoire du père au niveau de l’universel. Car, il ne faudrait pas oublier cet amour filial qui circule entre eux :   »… cet amour vertical, celui de la filiation reconnue et aimée, qui descend du père vers les fils, remonte des fils vers le père, se partage d’un coup d’oeil complice entre les deux frères. Keyvan et Bijan, parlant de leur père, disent aussi bien Papa que Djamchid  » ( Frédéric Deval). Enfin, faut-il préciser qu’il est inutile de tenter d’appréhender les « 50 nuances » de   »Dawàr » au format compressé (MP3), sous peine de manquer un rendez-vous ? De plus, le label Harmonia Mundi qui inaugure ici sa collection « Latitudes – Les musiques classiques », a particulièrement soigné le « digipack » : photos splendides en haute définition et commentaires techniques et musicologiques pour éclairer l’œuvre.     

Philippe Schoonbrood