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Barney Wilen, 1954-1961

Rééditions

Barney Wilen, Premier chapitre 1954-1961

Une nouvelle fois, « Fremeaux&Associés » présente un travail remarquable pour la défense du patrimoine sonore du jazz.

« Pour moi, il y a deux catégories de jazzmen : ceux qui ont suivi la filière classique et beaucoup étudié avant de venir au jazz par passion, mais tout en gardant leurs habitudes académiques de perfection de toucher et d’articulation, et puis il y a les autres qui respirent le jazz naturellement et se foutent pas mal de faire des fautes et de ne pas être toujours parfaits. Comme moi, Barney appartenait à cette famille. » Ce propos du pianiste René Urtreger – extrait d’un article de Jazz Magazine/Jazzman de janvier 2014 -  introduit le très fouillé texte du livret de ce premier chapitre consacré à Barney Wilen et qui s’étend de 1954 à 1961. Des propos qu’on appliquerait à coup sur aux Liégeois René Thomas, Boby Jaspar et Jacques Pelzer que le saxophoniste français à croisé à moultes  reprises. Je me souviens d’un dimanche après-midi à la pharmacie du Thiers à Liège, où étaient rassemblés pour une jam de dieu le père une incroyable famille bleue réunie pour l’anniversaire du « Hipster »: Barney Wilen, Chet Baker, Jon Eardley, Michel Graillier, Micheline Pelzer, Jacques Pelzer, un contrebassiste français dont le nom m’échappe… passant de la cave au salon, de la cuisine à la table de ping-pong, de « Windows » de Chick Corea à « Body and Soul », un concert de quatre ou cinq heures où se relayaient tous les musiciens présents, avec des intermèdes d’une heure parfois où on ne parlait que de musique. « Il a choisi de tenir un redoutable challenge : être musicien de jazz uniquement. » Cette phrase d’Yves Buin à propos de Barney Wilen reflète parfaitement une époque et une « école », celle de ceux pour qui le jazz était tout. Alors dire que la sortie de ce premier volume chez « Fremeaux & Associés » n’est qu’un témoignage serait mentir : il comble de joie, vous envoie au septième ciel,  celui des années 1950-1960.

Premier enregistrement au côté de Roy Haynes, on ne pouvait rêver pareil début. Puis dès 1955, la rencontre avec Bobby Jaspar et Jean-Louis Chautemps, suivi d’un album avec un demi Modern Jazz Quartet ( John Lewis et Connie Kay) sous le nom du guitariste Sacha Distel qui, si je ne me trompe, fit aussi l’objet d’un 45 tours. Et puis « Tilt », le premier album en leader du saxophoniste (on retrouve Benoit Quersin à la contrebasse tout comme dans l’album avec Jaspar) : « Nature Boy » démontre déjà le don de Barney Wilen pour les ballades. Le nom de Barney Wilen est évidemment lié dans la mémoire des jazzophiles amateurs à la musique d’« Ascenseur pour l’Echafaud » qui ne le verra pourtant participer qu’à deux thèmes du film, repris sur cette compilation. Par la suite, Barney Wilen sera présent sur d’autres « soundtracks » de l’époque comme « Un Témoin dans la Ville » avec Duke Jordan et Paul Rovère, ou « Les Liaisons Dangereuses » avec Art Blakey, Lee Morgan, Bobby Timmons, Jymie Merritt et encore Duke Jordan; « Mental Cruelty » aussi, une musique du pianiste suisse George Gruntz, un des piliers des sections rythmiques de l’époque qui accompagnait les stars américaines de passage comme Dexter Gordon ou Roland Kirk. Extrait d’un programme télé de 1958, un fragment du concert au Festival de Cannes réunit ni plus ni moins que Barney aux côtés de Don Byas, Stan Getz, Coleman Hawkins et Guy Lafitte, une brochette de ténors exceptionnelle entourée de Martial Solal, JC Heard et Arvell Shaw. Concerts au « Club St-Germain », au « Blue Note » parisien, au « Théâtre des Champs-Elysées », au Festival de Newport » retracent le parcours de ce trop méconnu saxophoniste égal de bien des saxophonistes de renom de l’époque. Ce premier chapitre magnifiquement documenté ne demande qu’à être suivi sans tarder des prochains épisodes; quelques musiciens belges devraient encore participer à cette discographie sélective du saxophoniste, on pense entre autres à Micheline Pelzer sur l’inclassable album « Moshi » ou à Jacques Pelzer sur son premier enregistrement numérique chez IGLOO Records avec « Never Let Me Go ». Une nouvelle fois « Fremeaux et Associés » montre ici son indispensable contribution à la mémoire du jazz.

Jean-Pierre Goffin