Condor Gruppe, l’envol… juin19

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Condor Gruppe, l’envol…

Condor Gruppe from Wilde Westen on Vimeo.

L’envol du Condor Gruppe

Jour 3 de cette (excellente) vingt-neuvième édition du Festival International Mithra Jazz à Liège. Nous avons pris rendez-vous avec Michiel Van Cleuvenbergen, leader autoproclamé de la tribu anversoise Condor Gruppe.Un big band qui aura marqué les esprits en 2018 : «Interplanetary Travels», l’album « around » de l’année ! Plus tard en soirée, nous retrouverons le groupe à l’œuvre sur la (trop) petite scène de la Brasserie Sauvenière. Pas vraiment gâté par les conditions de jeu qui prévalent. Terrain boueux, vents en rafales et un arbitrage pas vraiment impartial… Malgré cela, les neuf musiciens ont assuré. Avec classe ! Leur musique « spaghetti » au goût de curcuma leur a permis d’obtenir le prix du public présent.

(c) Diane Cammaert

Cela ne vous étonne pas un peu de vous retrouver à l’affiche d’un festival de jazz de réputation internationale ?

Michiel Van Cleuvenbergen : Non, ce ne m’étonne pas vraiment… Le jazz transgresse les règles. Il brasse des milieux et des musiques très différents.

Quelle serait ta définition de la musique jazz ?

Je ne suis pas un connaisseur… (il réfléchit) Pour moi, c’est une liberté d’expression artistique. Un ressenti aussi… Nous n’avons pas tous reçu une formation de jazz. Certains dans le groupe, oui. Moi, je proviens de l’univers punk… D’ailleurs, à bien y réfléchir, l’esprit est un peu semblable. J’aime la liberté que prennent les musiciens de jazz pour adapter un standard à leur façon. Lui imprimer une vision qui leur est propre. En fait, je ne pense pas que le Condor Gruppe soit un groupe de jazz…

Qu’est-ce alors ?

C’est un synopsis de tous nos disques… A la base, nous nous concentrions sur les mélodies et le son des années soixante et septante. J’aime beaucoup leur côté répétitif. La mélodie est primordiale pour nous !

Ah bon ?! Et Moondog alors ?! (le groupe a enregistré « Frog Bog » en 2016, un LP « Tribute to Moondog » – NDLR)

C’est une commande d’organisateurs, qui a été faite dans le cadre d’un festival auquel nous participions. Nous avons opposé nos mélodies à la fantaisie de Moondog. Nous sommes éclectiques… (il sourit).

(c) Diane Cammaert

En effet, votre musique se nourrit d’influences peu communes : Morricone, Shankar, Moondog… Comment arrivez-vous à concilier tout ça au sein du groupe, malgré le nombre ?

Au départ, je travaille seul chez moi. Sur une mélodie de base, un rythme. Puis, en fonction du son que je souhaite obtenir, j’invite d’autres musiciens à me rejoindre. C’est ainsi que le sitar s’est rajouté dans le Condor Gruppe… Il s’agissait d’une évidence. Bien souvent, un morceau naît ainsi… Puis, avec les musiciens qui m’entourent, il prend un chemin différent. La musique évolue vers autre chose. Je prends la décision finale. On ne peut pas tous décider, ce serait impossible… Disons qu’il y a au sein du Condor Gruppe un noyau dur de cinq musiciens. Je suis le petit chef, je tranche à la fin (il rit).

Ce qui me frappe particulièrement chez vous, c’est l’unité dans le son. Tous les instruments, et ils sont très nombreux, s’associent parfaitement les uns avec les autres…

Oui, tout à fait… Dans le Condor Gruppe, il y a vraiment de très bons musiciens… Ceci implique un respect énorme l’un pour l’autre.

… et une sacré qualité d’écoute ! Une complicité énorme entre vous…

C’est important pour moi d’être entouré par tous ces talents. Mais sans l’écoute des autres, ça tournerait vite à la cacophonie… Et ça, on s’y refuse énergiquement !

Ces dernières années, la Flandre a vu naître une quantité impressionnante de groupes qui gravitent autour du jazz, comme Stuff., Black Flower, Schntzl, Dans Dans, … Comment l’expliques-tu ?

Je n’en sais vraiment rien… Je n’ai pas le sentiment qu’il existe une « scène ». Je n’ai pas l’impression d’appartenir à une « famille ». Bien sûr, on se connaît, on se croise dans les festivals. Mais on échange rien entre nous. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un courant musical. En tous cas, je ne le ressens pas de cette façon, même si j’ai du respect pour tous ces musiciens et ces groupes que tu cites… J’ai joué dans des groupes de hardcore… Je pense que nous étions plus solidaires dans ce mouvement-là…

(c) Diane Cammaert

Cela peut aider ce mouvement… Regarde ce qui se passe avec la scène de Londres…

C’est la presse qui colle des étiquettes ! Ca nous importe peu en fait. On s’apprécie, mais ça ne va pas plus loin…

Ressentez-vous les effets d’une sorte de frontière culturelle qui implique que les groupes flamands jouent trop peu souvent en Wallonie et vice-versa… ?

Je ne sais pas trop d’où ça vient, mais c’est tout à fait le cas… Peut-être est-ce lié aux budgets dont disposent les petites salles wallonnes par rapport à la Flandre ? Personnellement ça ne me dérange pas de venir jouer en Wallonie et gagner un peu moins d’argent. Nous y avons toujours été bien reçus… On préfère un accueil chaleureux et un peu moins d’argent que l’inverse… Mais dans les faits, nous jouons davantage à Amsterdam, à une heure trente de route d’Anvers qu’en Wallonie…

La suite ? Des enregistrements en cours, des projets ?

On travaille, on travaille (sourire). C’est très musical le Condor Gruppe ! On veut surtout pas tourner en rond. Nous sommes toujours à la recherche de nouveaux sons, de nouveaux musiciens. Pas de disques prévus en ce moment, juste quelques idées…

(c) Diane Cammaert

Pas de label non plus… Pourquoi ?

Oui, nous faisons tout nous-mêmes… On va peut-être faire appel à une société de marketing pour la promo et les concerts… Ca devient important aujourd’hui… Il faudrait que l’on déniche un label qui colle à notre philosophie à cent pourcents… J’essaie de conserver un contrôle complet sur ce que je fais… Une liberté de gestion de A à Z…

 

Joseph Boulier pour l’entretien et
Diane Cammaert pour les photos et l’interprétation de l’entetien à partir du néérlandais