Taylor-Mobin, Close/Quarters nov22

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Taylor-Mobin, Close/Quarters

Anton Mobin – Benedict Taylor, 

Close/Quarters 

NEW WAVE OF JAZZ

New Wave of Jazz, le label du guitariste Dirk Serries prend une orientation vraiment intéressante, mettant entre autres l’usage du bruit, des sons produits par des instruments détournés de leurs conventions ou de leur usage traditionnel ou par des instruments, inventés – construits avec des objets et éventuellement amplifiés. Et « Close/Quarters » est à cet égard plus que digne d’intérêt. L’artiste sonore français Anton Mobin joue d’une prepared chamber, ou en français, une chambre préparée. Il s’agit d’une caisse en bois rectangulaire ouverte par le dessus et qui sert à la fois de support et de caisse de résonance d’une installation d’éléments métalliques, plastiques ou de matières diverses, ressorts de toutes formes et dimensions, tiges, fils tendus sur les parois, objets. Ceux-ci sont amplifiés au moyen de micro-contacts avec un sens de la dynamique et actionnés au moyen des doigts, d’objets, brosses, tiges, etc. Ils produisent des sons, des timbres, des textures. Frottements, percussions, agitations, grattages, picotements, secouages, tensions ou relâchements subits de cordes, sonorités industrielles ou parfois quasi-vocales concourent à créer un univers sonore bruitiste distinct de celui d’un instrument de musique. On devine la surface de ces objets, tour à tour leur grain, la densité, leur épaisseur, leur légèreté, la volatilité. On songe bien entendu à Hugh Davies, un artiste exceptionnel dont il fait revivre l’esprit autant que le fort contenu signifiant. L’altiste Benedict Taylor improvise en trouvant le parfait contrepoint, la dynamique idéale, et nous fait découvrir les ressources sonores étendues de son jeu exploratoire. Il transforme le timbre de son violon alto en forçant ou relâchant le frottement de l’archet, frappant avec le bois de celui-ci sur les surfaces de l’instrument, jouant en frôlant les cordes de la point de l’archet, vocalisant avec une qualité timbrale en constante variation et des secousses légères par dessus le chevalet. Il pratique un jeu à la fois très rapide avec des changements subits d’intensités, de cadences, et une concentration maniaque du détail, sur un son particulier, des grincements qui nous parlent. Il possède une « voix » personnelle immédiatement identifiable, autant que ses meilleurs collègues comme Mat Maneri, Szilard Mezei ou Charlotte Hug, tous altistes comme lui, ou comme des violonistes de l’envergure de Phil Wachsmann ou Malcolm Godstein. Mettant à l’écart la virtuosité trop évidente, il se consacre à trouver les sons les plus adéquats avec un sens du timing remarquable pour s’insérer, interpénétrer les ronflements, secousses, tremblements, étirements de son collègue, tout en se servant de sa profonde science harmonique. Il offre ainsi une vision instrumentale idéale pour le l’univers bruitiste insolite et curieux d’Anton Mobin. J’avais déjà entendu leur précédent opus, « Stow Phasing » pour le label Raw Tonk. « Close/Quarters » atteint une dimension supérieure. Vraiment leur duo est une affaire à découvrir, à suivre, à réécouter, à méditer. Toutes mes félicitations !

 Jean-Michel Van Schouwburg