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Myriam Alter, Cross / Ways

 

Myriam Alter, Cross/Ways (Enja)

La pianiste Myriam Alter a suivi des cours avec le clarinettiste et saxophoniste John Ruocco et le pianiste américain Dennis Luxion, mais aussi avec le contrebassiste néerlandais Heyn van de Geyn qui sera plus tard son producteur pour plusieurs disques. Elle a enregistré ses premiers albums (« Réminiscence » et « Silent Night »), au piano, en quintet avec Gino Latucca (contrebasse) et Ben Sluijs (saxophone) mais, par la suite, seulement en tant que compositrice, avec des personnels de haut vol : « Alter Ego », en 1999, avec Billy Drewes (saxophone), Ron Miles (trompette), Kenny Werner (piano), Marc Johnson (contrebasse), Joey Baron (batterie); « If », en 2002, avec Dino Saluzzi (bandonéon), John Ruocco (clarinette), Kenny Werner, Greg Cohen (contrebasse) et Joey Baron et « Where Is There », en 2007, toujours avec John Ruocco, Pierre Vaiana (saxophone soprano), Jacques Morelenbaum (cello), Salvatore Bonafede (piano), Greg Cohen et Joey Baron. Pour ce nouvel album « Cross/Ways », elle retrouve John Ruocco à la clarinette mais, pour le reste, elle a totalement modifié sa formation. A l’accordéon, l’Italien Luciano Biondini dont l’ entente avec John Ruocco est parfaite, il est vrai qu’il est habitué à la sonorité fluide de la clarinette, lui qui a enregistré plusieurs albums avec le clarinettiste italien Giovanni Mirabassi (« Lo Stortino » et « Uno a zero », avec Michel Godard au tuba). Au trombone et à l’euphonium, on retrouve Michel Massot, un « incontournable » de la scène belge contemporaine mais qu’on n’attendait pas fatalement dans un tel contexte. La rythmique est, elle aussi, inattendue. Voici réunis pour la première fois le pianiste Michel Bisceglia et son lyrisme mélodique propre à ses origines italiennes, Nic Thys, solide comme un roc, à la contrebasse et le jeune batteur Lander Gyselinck, dans un style beaucoup plus « classique » que celui qu’on lui connaît au sein du Lab Trio ou du trio de Kris Defoort. Au répertoire, dix compositions jouées en sextet ou en quintet (comme Again) et ce No Room To Laugh, joué en piano solo par la compositrice, en mémoire de Mal Waldron (c’est bien sur cette plage 11, et non la 10 comme indiqué erronément sur la pochette, qu’intervient Myriam Alter). Dans ces nouvelles compositions, on retrouve les racines familiales judéo-espagnoles de Myriam Alter : un attrait pour les musiques populaires latines, italiennes, espagnoles, orientales et classiques. Des mélodies gorgées de nostalgie mélancolique (Again, Inviting You, Don’t Worry), des rythmes plus sautillants (No Man’s Land, Weird Mood), souvent gorgés de cette sensualité langoureuse propre au tango (Dancing With Tango, Back To Dance). L’empathie musicale entre accordéon et clarinette est totale (Again, Dancing With Tango), l’apport de Michel Massot, à l’euphonium comme au trombone, est important (No Man’s Land, Weird Mood, Crossways) et Nic Thys prend de beaux solos (No Man’s Land, Above All). Un album qui s’inscrit pleinement dans la foulée des précédents albums avec un charme mélodique évident.

Claude Loxhay