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Rino Arbore, The Roots Of Unity

Rino Arbore, The Roots of Unity, feat. Michel Godard.

(DODICILUNE DISCHI)

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« Roots of Unity » est le projet musical aux ambitions humanistes et universalistes du guitariste italien Rino Arbore, entouré de deux compatriotes et complices sur d’autres projets :  Mike Rubini (saxophone, flûte) et Pippo d’Ambrosio (batterie, percussions). Pour ces « racines de l’unité », nos voisins transalpins ont fait appel à Maestro Michel Godard, célèbre tubiste et joueur de serpent. Quid des accents universalistes de cet album ? L’illustration de la pochette du cédé représente une « madone » incrustée dans un fondu enchainé avec une photo de groupe de femmes en niqab, le tout dans les tons grisés, avec pour seuls éléments en couleurs, des mains, dont une particulièrement lumineuse…  Le texte de la pochette évoque aussi la tentative de traduire en musiques une permanence entre traditions, quelle que soit leur(s) origine(s). So what ? Le sujet est pertinent, et il mérite, à la seule lumière de la condition de la femme, bien plus que cinquante minutes de musique. Mais gageons que cet esprit a dû dominer l’écriture des 9 compositions de   »The Roots of Unity ». L’album propose en tout cas une musique où se côtoie recherches sonores (associations entre saxophone alto, tuba ou du serpent ou encore flûte et guitare électrique ou acoustique), unissons et dissonances, parties rigoureusement écrites et improvisations libres. Arrivé au coda du dernier titre, Cotton and Silk, l’impression dominante laissée par l’interprétation des compositions de Rino Arbore est double. En effet, à l’écoute de cette musique-là, on oscille entre cris et lamentations, apaisements et déchirements. Le climat est tantôt léger, tantôt d’une pesanteur à la limite du supportable. Esthétiquement, l’écriture d’Arbore balance entre le minimalisme de la musique ancienne et l’audace de l’avant-garde. Mais, ce point de rencontre entre un passé imaginé et un futur éternel rêvé constitue justement le propos central de ce répertoire. En tout cas, le moment fort de l’album, au milieu du parcours proposé, est la splendide interprétation de Flower -composition dédiée à Ornette Coleman – par le saxophoniste alto Mike Rubini : maîtrise technique et sensibilité à fleur de peau sont au rendez-vous. Godard y assure un bourdon chahuté impressionnant, joué au tuba, dans les infra-graves, et, le tout est titillé par les interventions minimalistes de Rino Arbore à la guitare qui se glissent entre les rythmes perturbés interprétés à la batterie par d’Ambrosio. Ce trio italien, associé à Michel Godard, sait installer un climat et entraîner l’auditeur dans un univers dont le sens peut nous échapper, et reste sans doute à construire et à partager, pour retrouver le lieu des racines de l’unité ?

Philippe Schoonbrood