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Antoine Pierre, Urbex

Antoine Pierre, Urbex

(IGLOO RECORDS)

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On l’avait découvert, encore adolescent, au sein du Metropolitan (Quartet, Quintet, Laboratory), en compagnie d’un autre surdoué, le pianiste Igor Gehenot. On avait tout de suite été impressionné par sa précision et sa puissance de jeu. On l’avait ensuite suivi, pas à pas, au fil de ses rencontres occasionnelles ou prolongées, avec Steve (saxophone) et Greg (trompette) Houben, le guitariste Philip Catherine (au Pelzer, en quartet avec Greg et le contrebassiste Philippe Aerts), le pianiste italien Enrico Pieranunzi, Nathalie Lorriers (piano) ou Fabrice Alleman (saxophone), mais encore au travers de ses nombreuses collaborations, généralement couronnées par un enregistrement: LG Jazz Collective (album « New Feel »), Philip Catherine en quartet avec Nicola Andrioli (piano) pour « Côté Jardin », « Tree-Ho » avec son père Alain (guitare), le trio du trompettiste Jean-Paul Estiévenart (Wanted), le trio de Toine Thys (saxophone) avec Arno Krijger à l’orgue (Grizzly), Taxi Wars avec Tom Barman (voix) de dEus et Robin Verheyen (saxophone). On avait salué ses différentes récompenses : Prix du Meilleur Soliste au festival de Comblain (2009), puis au Jazz Marathon (2010), Toots Jazz Awards (2014) et Sabam Jazz Awards (2015), mais on attendait avec impatience son premier album personnel, convaincu qu’il serait nourri de ses riches expériences américaines : New School for Jazz and Contemporary Music à New York et nombreuses rencontres, notamment celle d’Antonio Sanchez, batteur cher à Pat Metheny, Gary Burton, Chick Corea, David Sanchez et… Enrico Pieranunzi. 

Avec Urbex, on ne sera pas déçu : avec son équipe de rêve et ses savantes compositions aux rythmes survoltés, Antoine Pierre signe là un des meilleurs albums de ces derniers mois. Pour ce projet Urbex, soit cette « urban exploration », cette passion qui consiste à explorer des lieux désaffectés au sein desquels la nature reprend progressivement ses droits, le batteur liégeois a réuni une équipe soudée par un vrai réseau de complicités multiples. A la trompette, Jean-Paul Estiévenart (croisé au sein du LG Jazz Collective et du trio de Wanted, mais riche aussi de ses expériences avec Rêve d’Eléphant Orchestra et MikMâäk); aux saxophones soprano et ténor ainsi qu’à la clarinette basse, Toine Thys (trio de Grizzly); au ténor et à la clarinette basse, Steven Delannoye (LG Jazz Collective); à la guitare avec nombreux effets, Bert Cools (croisé au sein du projet Conference of the Birds de Fabrizio Cassol); au piano, Bram de Looze (qui a commencé sa carrière au sein du Momentum Jazz Quartet en parallèle au Metropolitan et a séjourné lui aussi aux Etats-Unis); à la basse électrique, Félix Zurstrassen, le vieux complice de Tree-Ho comme du LG Jazz Collective; aux multiples percussions, Frédéric Malempré, déjà présent dans Acous-Tree de son père et pas étranger à la rencontre avec Paméla Malempré (« my moon, the best partner in life » dit Antoine); enfin, deux invités présents, chacun, sur deux plages, Lorenzo di Maio à la guitare (croisé au sein du Borderline Quartet et remplaçant de Bert Cools lors de certains concerts) et David Thomaere aux claviers (avec qui Antoine joue en trio).

Au répertoire, 11 titres originaux : outre Urbex, un clin d’œil à ses débuts (Metropolitan Adventure), à une certaine passion pour les arbres partagée avec son père (Coffin For A Sequoia, Litany Of An Orange Tree, Who Planted This Tree?), un thème écrit en mémoire au marionnettiste Francis Houtteman (Les Douze Marionnettes) et deux compositions dédiées à Pamela (Moon’s Melancholia, Ode To My Moon). Soit, à trois exceptions près (plages 9, 10, 11), de longues compositions de 5 à 13 minutes qui permettent à chacun de s’exprimer ad libitum, une musique urbaine qui concilie inventivité libertaire du jazz et énergie survoltée du rock (Metropolitan Adventure), des thèmes savamment construits, bénéficiant d’une large palette sonore, avec de subtiles alliances entre sonorités acoustiques et électriques.  Le triangle batterie-percussions-basse électrique, souvent rejoint en intro par la guitare et le piano (Coffin For A Sequoia, Ode To My Moon), galvanise véritablement les trois souffleurs, chacun obtenant un large espace pour des solos ou des dialogues survoltés. Écoutez notamment les beaux dialogues entre batterie et basse sur Who Planted This Tree ? ou Urbex; l’intro de berimbau sur Urbex, les congas sur Metropolitan Adventure, l’udu sur Les douze marionnettes. L’album joue aussi sur un subtil contraste de climats : les tempos endiablés de Urbex, Metropolitan Adventure ou Litany For An Orange Tree alternent avec les atmosphères mystérieuses de Les douze marionnettes et Moon’s Melancholia. La palette sonore est aussi extrêmement large, avec des alliances entre trompette, soprano et ténor (Coffin For A Sequoia), trompette bouchée et clarinette basse (Metropolitan Adventure), succession de solos entre trompette et les deux ténors sur Urbex. Bref, voilà une production qui augure à merveille de la créativité de la jeune scène belge actuelle. L’album est un « must », et les concerts le sont tout autant : présentation de l’album Igloo le 16 janvier à Flagey et le 30 au Reflektor de Liège, puis tournée Jazz Tour en mars. A vos agendas.

Claude Loxhay