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Jazz From America, Disques Vogue

Jazz From America, Disques Vogue (coffret de 20 cédés)

Duke Ellington, Stan Getz, Art Tatum, Charlie Christian, Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Erroll Garner, Mahalia Jackson, Wynonie Harris, Jelly Roll Morton, Dave Brubeck, Miles Davis, Red Norvo, Gerry Mulligan, Chet Baker, Sidney Bechet, Lester Young.

Connaissez-vous Pierre Merlin ? Peu probable… Ou alors, c’est que vous êtes familier des 33 tours 25 cm que le label Vogue (France ou Royaume-Uni) a fait paraître au tout début du microsillon, entre 1950 et 1954, date à laquelle le dit Pierre a repris sa trompette, et le chemin des orchestres « Nouvelle-Orléans » qu’il affectionnait. Oui, car pendant cette période forcément héroïque, il a conçu et surtout dessiné un nombre très important d’oeuvres, destinées à illustrer les pochettes de ces disques, et à attirer l’oeil du badaud, supposé à la recherche de quelque musique neuve propre à lui apporter son content de jouissances auriculaires. Et ce dans le champ de ce que l’on appelait déjà « jazz », même si (spécialité française) on avait débattu avec férocité depuis la fin de la guerre des avancées (pour les uns) et reculades (pour les autres) de la dite musique. Raisins verts contre figues moisies.

Par chance pour les amateurs qui n’avaient cure de ces querelles, Charles Delaunay (« Jazz Hot »), qui dirigeait le label Vogue, avait des liens outre-Atlantique, entre autres parce qu’il avait signé l’une des premières discographies « jazz» de l’histoire. Il a pu ainsi négocier avec les labels américains indépendants des publications « sous licence » de quelques beaux disques en provenance des USA. Sans jamais juger a priori par tel ou tel critère idéologique de la « qualité » des musiciens en jeu (jazz ou pas jazz, bop, cool, voire « modern style »), il a ainsi accueilli et abrité sous son label des cires en provenance de chez Blue Note (mais oui !), Pacific Jazz, ou encore Mercer, Futurama, Royal Roost, GNP, Discovery, Esoteric, Vox, Dial, Comet, Melrose, Apollo, King, Federal, Queen, Commodore, General Records, Fantasy, Hot Record Society, Aladdin. Autrement dit, et en vrac : Chet Baker, Miles Davis, Sidney Bechet, Stan Getz, Duke Ellington, Jelly Roll Morton, Charlie Christian, Charlie Parker, Erroll Garner, Mahalia Jackson, Art Tatum, Dave Brubeck, Gerry Mulligan, Red Norvo, Lester Young. Vous voyez ça ? Que des « petits labels » qui sont parfois devenus grands ou ont disparu après avoir laissé des enregistrements historiques. Quant aux musiciens, ils sont tous entrés dans l’Histoire.

L’année dernière, Sony avait déjà publié, sous la houlette de Daniel Richard – l’homme qui connaît le mieux l’histoire du disque de jazz – et François Lê Xuân, une série de disques Vogue avec reproductions des pochettes originales. Mais cela concernait des enregistrements réalisés en France. Ils rééditent cette année, avec cette volée de séances « made in USA », 20 cédés passionnants qui regroupent chacun au moins deux 25 cm d’époque, plus des 45 tours et parfois des 78 tours, car on en a produit jusqu’aux années 1952/1953. La musique ici proposée est souvent déjà disponible ailleurs, mais pas toujours, et ce qui frappe c’est la diversité des styles ainsi que l’ouverture d’esprit qui caractérise ces publications. Le public français (et anglais, car Vogue avait son correspondant au Royaume-Uni) avait donc le choix et la connaissance de ces musiques au moment même où elles étaient éditées aux USA. Un magnifique travail, et un cadeau de choix.

Ajoutons – car nous sommes bien placés pour le savoir – qu’il reste encore des trésors à republier… Ne serait-ce, tiens, que ce disque du trio Paul Bley/Charles Mingus/ Max Roach, en provenance du label Debut, et que les anglais ont édité avec une pochette différente de celle des USA. Mais elle n’est pas de Pierre Merlin. Il faudra lui rendre hommage un de ces jours, à ce gaillard. Qui est né à Bordeaux…

Philippe Méziat