Daniel Droixhe aka Elmore D. fév03

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Daniel Droixhe aka Elmore D.

Daniel Droixhe aka Elmore D.

Le blues wallon : mariage improbable ?

Tel  Janus,  le dieu à 2 têtes, Daniel Droixhe a mené de front deux carrières, avec plus de points communs qu’il n’y parait. D’un côté, il y a le professeur d’université ( Université Libre de Bruxelles et Université de Liège), membre de l’ Académie Royale de Langue et Littérature Française de Belgique, et de l’autre, un  guitariste/chanteur, spécialiste du rock  dans sa jeunesse, et ensuite du blues à l’âge adulte. Le label français Frémeaux et Associés vient d’ailleurs de consacrer un coffret de cinq albums, accompagnés d’un copieux livret, à l’œuvre d’Elmore D. Vous trouverez la chronique de ce coffret ICI (1)

propos recueillis par Robert Sacré

Professeur, chercheur, auteur, compositeur…

Daniel Droixhe est né en 1946, à Herstal, et enfant, il a obtenu un prix lors d’un concours de rédaction wallonne, ce qui augurait déjà de l’écriture de textes de chansons en dialecte, mais plus tard, autour de la quarantaine. Adolescent, il se distingue déjà par un talent pour le dessin satirique, il sera même publié dans le mythique journal « Hara-Kiri ». Ses dessins paraitront aussi dans la revue   »Écritures » de l’Université de Liège), où il a entamé des études de romaniste, ainsi que dans « Le Carabin », le journal des étudiants en médecine. En 1974, il soutient une thèse de doctorat intitulée   »La linguistique et l’appel de l’ Histoire (1600-1800) ». (2) Linguiste et dialectologue, féru du dix-huitième siècle,  il occupe sa première charge d’enseignant dans la même université, en Littérature Wallonne, avant d’enseigner à l’Université Libre de Bruxelles. Parallèlement, Daniel Droixhe collabore à de nombreuses publications et revues de dialectologie wallonne et d’histoire liégeoise. Il publie ainsi de nombreux livres, et ses travaux vont le conduire à l’ École des hautes Études en Sciences Sociales et à l’École Normale Supérieure de Paris. En 1988, c’est l’ Académie royale de langue et de littérature française de Belgique qui va lui proposer d’occuper un siège ! Sa bibliographie est foisonnante. (3)

Musicien de blues : un certain  Elmore D.

Les débuts.

J’ai commencé par le rock quand j’avais 16-17 ans, et là je ne renie rien. J’achète encore de temps en temps des originaux, des vinyles de l’époque, mais je suis rapidement venu au blues, tel qu’on pouvait l’atteindre à l’époque, avec le peu de disques que l’on trouvait. Et j’ai été orienté de manière égale vers le Chicago Blues classique de Muddy Waters, Howling Wolf, Sonny Boy Williamson etc., qui étaient réédités dans les  années 1960, entre autres par la compagnie française Vogue,  que vers le blues rural traditionnel . Je me souviens avoir acheté chez Actor, un magasin de disques de la rue Cathédrale ( Liège), un album 33 tours Yazoo sur le Mississippi Blues d’avant 1945, avec des musiciens de la Côte Est comme Blind Willie McTell. J’ai très vite accroché à ce style proche des origines du blues, comme à celui de Skip James, et en même temps, j’aimais les Rolling Stones qui se revendiquaient de Muddy Waters et de Chuck Berry ! Ils s’intéressaient aux sources du rock et moi aussi.  C’est moins le cas aujourd’hui de la part des gens qui disent aimer le blues. Tout le monde aime le blues  apparemment, mais il faudrait mener une enquête discrète et leur demander ce qu’il ont dans leur discothèque. Je suis persuadé que beaucoup n’ont pas de disques de blues et que leur opinion est basée sur ce qu’ils vont chercher sur la Toile, la notion de blues est subjective, et  il y a beaucoup de confusion. On colle l’étiquette blues sur tout et n’importe quoi ! Mais je ne leur jette pas la pierre , les gens viennent aussi au blues par le biais de festivals, comme celui de « Crossroads », organisé par Eric Clapton, et par tout ce qu’on trouve sur YouTube ou d’autres plateformes. On y trouve tout maintenant, les gens sont abreuvés de blues, sans devoir acheter des disques.  Il y a donc eu un déplacement du vecteur de communication. Mais, ce qui me désole, c’est qu’il y a nettement moins d’intérêt pour le blues acoustique.

Blues traditionnel et acoustique.

Des musiciens contemporains comme Alvin Youngblood Hart ou Corey Harris jouent parfois devant des auditoires confidentiels, parfois dans des magasins de disques ou chez des particuliers et on ne les invite plus en Europe. Ce n’est pas une évolution très positive. Il y a quelques années, dans les festivals il y avait encore cohabitation de blues électrique voire de blues rock avec du blues traditionnel,  mais c’est fini tout cela. J’en parlais il y a peu avec Marc Thys, un des plus grands musiciens belges de blues : on se disait « …mais quelle uniformité électrique , pas aventureuse du tout ». Je me souviens des festivals de Bilzen avec le Révérend Gary Davis, il y avait un monde fou, c’était un festival dans l’esprit de Woodstock, ce n’était pas un rendez vous pour « intellos », tout le monde prenait son pied. Il y avait alors toujours de la place pour le blues traditionnel, et, ce n’est plus le cas, et je ne plaide pas « pro domo », car je m’adapte aux goûts des amateurs . Je ne veux pas taper trop fort sur le clou, mais dans les grands magasins de disques comme la FNAC, on trouve plein de Poppa Chubby, mais pas de blues traditionnel , pas de Skip James, de Blind Willie McTell… Et cela me parait quand même dommage.  Bien sûr, il y a une compensation sur Internet, où on rencontre plein de gens qui aiment ces musiciens ruraux d’avant 1945, comme ce Japonais qui essaie de jouer du Charley Patton… C’est sympathique et tout un temps, je m’abstenais de donner des appréciations, mais maintenant, je le fais, pour encourager ceux qui postent ces morceaux. 

Les « awards » dans le monde du blues.

Je me suis aussi intéressé aux  listes  des musiciens qui remportent des prix comme les « awards » annuels à Memphis. Je m’attendais à m’énerver en y retrouvant des gens de peu de valeur. Mais,  j’ai été surpris. J’ai trouvé que ces prix étaient donnés à des artistes qui le méritaient et qui, dans leur genre respectif,  étaient d’ excellents musiciens, pas toujours les chanteurs, car on sait bien que, sur le plan vocal, il est difficile pour des blancs de faire le poids. Le blues est un style vocal inventé par des noirs, et les timbres de voix sont différents. Certains y attachent beaucoup d’importance, d’autres pas, les plus jeunes en particulier…  mais j’ai vu par exemple que pour 2015, l’artiste de l’année était John Hammond Jr. , un musicien blanc que j’aime beaucoup. J’ai tous ses disques, et je me souviens, quand on faisait  l’émission «  Les 12 mesures » sur Radio Sart Tilman, et que j’apportais un disque de John Hammond, les puristes disaient : « ah non, pas celui-là , un blanc ! ». Pourtant, il est toujours là et bien là en 2016. Bien sûr, en 2015, on a mis aussi en évidence  Gary Clark Jr, un guitariste Texan noir qui s’est produit pour le Président Obama, et qui participe à de nombreux festivals. Je le trouve très bien aussi, comme le vétéran John Mayall. On les critique, mais je trouve que tous ces musiciens vivent vraiment le blues, ce n’est pas de la frime. Et Stevie Ray Vaughan aussi, on dit que tous font du Jimi Hendrix… ils peuvent le faire, mais quand ils jouent avec de grands musiciens comme B.B.King, Buddy Guy etc., je trouve que cela colle bien. D’ailleurs les noirs savent s’entourer de musiciens blancs, ils y trouvent une valorisation et étendent leur auditoire. Il y a par exemple ce dévédé au Club  Checkerboard  de Chicago (4), avec Muddy Waters en concert, qui reçoit les Rolling Stones. L’intervention de Mick Jagger est assez quelconque et terre à terre, il ne chante pas très bien mais tout le monde applaudit à tout rompre, et les musiciens noirs, Muddy Waters en tête, laissent Jagger et Keith Richards  faire ce qu’ils veulent, parce que ce sont de grandes vedettes et que cela rejaillit sur eux. 

Skip James

Cela dit,  on en revient à la différence entre la guitare acoustique en picking ou en slide, et la guitare électrique. Il y a des bluesmen, surtout ceux qui sont à l’origine du blues fin dix-neuvième siècle, qui faisaient des choses que personne ne peut refaire aujourd’hui, même des musiciens noirs ! J’attends toujours quelqu’un qui puisse jouer I’m So Glad de Skip James, avec la même vitesse et le piqué précis de James.  Pour ce titre là en particulier,  je ne connais aucun noir qui l’a refait, et que ce soit lui ou Charley Patton ou Blind Lemon Jefferson et d’autres,  ils n’ont jamais reçu de cours de guitare, bien évidemment, mais ils avaient une intelligence instinctive de la musique et une oreille exceptionnelle. Ils ne jouent jamais tel morceau à l’identique et ils s’en vantent d’ailleurs, et, dans l’ensemble, il y a dans leur jeu une variété que ne perçoivent pas ceux qui les écoutent distraitement et encore moins ceux qui ne sont pas musiciens. C’est plus facile à percevoir si on fait des transcriptions comme le faisaient les Lomax, les ethnomusicologues de la Library of Congress, alors on voit les différences. 

Le blues, c’est 3 accords et basta ?

Non, c’est un leurre ! Chez les bluesmen des débuts, les accords sont distribués de manière extrêmement intelligente. Je le redécouvre en ce moment, chez des musiciens plus modernes parce que je travaille sur le Honest I do de Jimmy Reed. Je veux apprendre ce morceau à la jeune femme qui joue de la basse avec moi en ce moment. Et, à priori, ce n’est pas difficile, mais en fait, c’est terriblement compliqué. Je lui dis « 3 accords, 12 mesures ,  premier accord, 12 mesures 1-2-3-4 puis tu passes à l’autre accord, tu reviens au LA puis tu montes à la dominante  puis à la sous-dominante avant de redescendre, tu as cela en tête, 1-2-3-4 ,  2-2-1 , 1-1-1, et bien cela ne marche jamais » ! Honest I do n’est pas construit comme cela !   Tu t’aperçois qu’au lieu de passer d’un accord de LA  à l’accord 2 en MI,  ce qui serait normal, Jimmy Reed  joue en LA et il passe déjà à l’accord 3. Et, quand tu joues avec des gens , il n’y a personne qui arrive à le faire correctement, même si j’insiste en disant n’oubliez pas  on passe de l’accord  1 à  3 pas de 1 à 2 et, cela ne rate pas, tout le monde se trompe !  C’est étonnant. Jimmy Reed, on croit qu’il joue tout le temps la même chose avec cette voix nasillarde, mais c’est une illusion. C’est pourquoi je donne raison à Eric Clapton qui, à la question « que prendriez vous comme disque pour aller sur une île déserte ? », répondait : « je prendrais un  disque de Jimmy Reed ».  

Charley Patton

J’ai écrit un article très technique pour le livre « Charley Patton – The Voice Of The Della », qui va bientôt être réédité aux Presses Universitaires du Mississippi. (5) J’y détaille la façon dont Patton construit son jeu. Et, d’aucuns m’avaient critiqué pour cela, entre autres, les Anglais du magazine   »Blues & Rhyhtm ». Ils me tenaient pour un farfelu,  essayant de traiter Patton comme Mozart, mais je suis persuadé que si on peut traiter ces créateurs du blues comme Mozart, alors il faut appliquer les mêmes critères d’analyse aux musiciens d’aujourd’hui. Et, si tu es à un festival et que tu entends tous les musiciens se limiter aux  3 accords et 12 mesures , il faut savoir dire : « …il y en a marre ! ». Dans le blues, il faudrait arriver à renouveler ce qui est peu ou prou figé actuellement. On n’essaye plus de se mettre dans l’état d’esprit créatif des Anciens, à quelques exceptions près. Je suis ainsi allé voir Bob Dylan à Forest National, tout récemment, et à la fin de son premier set, il a joué un morceau de Patton : High Water Everywhere. J’ai trouvé qu’il le faisait super bien, intelligemment, sur un seul accord , il ne cherchait pas de variations faciles. L’instrumentation, la voix, l’ensemble étaient très réussis. Je retrouve cela aussi chez Gary Clark Jr. Et cela prend aux tripes comme, par exemple dans Smokestack Lightnin, un morceau de Howling Wolf. Il y a là une sorte de continuité entre Patton, Dylan et Clark qui me plait bien. Il y a un autre guitariste qui en est capable aussi, et je l’aime beaucoup, il s’agit de Derek Trucks qui joue de la slide comme Duane Allman, un jeu porté à  un degré de technicité époustouflant. 

Robert  Johnson

Quand j’ai voulu jouer du Robert Johnson, je me demandais comment il mettait ses doigts pour faire des accords que je ne pouvais pas reproduire. Dans les années 1970, j’ai assisté à un concert de Louisiana Red à Mons. Il jouait du Robert Johnson , entre autres Kind Hearted Woman, et je regardais comment il positionnait ses doigts. J’ai alors pris un carton à bière et j’y ai dessiné ce que je voyais et entendais, toute sa manière de faire l’accord de sous-dominante, l’accord IV comme on dit, cela sonnait d’une manière que je n’avais entendue que chez Johnson. Louisiana Red le faisait sans problème, et je n’ai même pas parlé avec lui ni rien. Je suis rentré chez moi, et j’ai passé des heures, la nuit, avec mon carton à bière pour essayer de le refaire. J’ai mis des heures avant de comprendre comment cela allait, car il faut une gymnastique des doigts assez spéciale. Il faut que le majeur soit tout contre l’index et l’annulaire et alors on arrive à le faire. J’y suis finalement arrivé, inutile de dire combien j’étais content, d’autant plus que je ne l’ai jamais vu expliqué dans une méthode de guitare. Mais, il y a plein d’autres musiciens qui arrivent à le faire aussi, bien sûr , soit ils l’ont trouvé comme moi ou on leur a expliqué. Moi-même, j’aime beaucoup le  montrer à d’autres guitaristes, j’aime jouer avec des partenaires capables d’apprendre, et je suis heureux de le leur apprendre. Certains n’y arrivent pas, mais au moins on essaie.  Et, oui, c’est vrai, on a dit que Robert Johnson jouait de la guitare comme d’un piano, il y a du vrai là  dedans. Contrairement aux autres guitaristes de son époque, il décompose de façon très précise les successions de notes , celles-ci sont exactement à leur place et c’est ce qui fait qu’il est capable de jouer plusieurs versions du même morceau, à l’identique, sans aucune différence, y compris dans le timing. Et, quand il change, c’est délibéré ou encore parce qu’il s’est trompé de paroles. Il démarre le premier couplet puis le deuxième où il répète la même chose et il continue, c’est quelque chose qu’on peut enseigner, comme pour le piano, tous les doigts ont une fonction bien déterminée. Pour beaucoup d’autres bluesmen de l’époque, c’est beaucoup plus confus, c’est peut être lié aux techniques d’enregistrement, mais il est parfois difficile de déceler quel accord et quelles notes ils jouent, chez Johnson, c’est d’une clarté éclatante.

Bentonia (Mississippi) : le choc culturel.

En 1989, j’ai fait un voyage dans le Mississippi. Je voulais visiter Bentonia où Skip James avait créé à lui seul un mini-style de Mississippi blues rural. Il avait eu des disciples comme Jack Owens , toujours vivant à l’époque, et, de nos jours,  Jimmy ‘Duck’ Holmes poursuit la tradition du Bentonia blues. Je n’ai pas appris grand-chose de Jack Owens qui nous a reçu assez aimablement et misérablement, car il ne roulait visiblement pas sur l’or. Et, cela s’est gâté à la fin, car on ne pouvait payer les sommes exorbitantes qu’il réclamait. J’ai raconté tout cela déjà (6), mais voilà l’histoire, en deux mots. On disposait de la référence à Jimmy Holmes, tirée du livre « Charley Patton-The Voice Of the Delta », et, quand on est arrivés  à Bentonia, un tout petit bled perdu dans le Mississippi , la nuit tombait, on était sur la place  centrale. Il n’y avait là que  deux bonhommes, l’un accoudé à une pompe à essence et l’autre assis par terre. On  a demandé s’ils connaissaient Jimmy ‘Duck’ Holmes,  ajoutant qu’on parlait de lui dans un livre, et l’un des deux, sans paraître le moins du monde intéressé ni impressionné, a dit d’un air blasé : « oui c’est mon frère , il est en train de faire une partie de billard au Blue Front Café » ! Cela avait un côté irréel, surréaliste, donc on est allé directement au Blue Front Cafe où on a vu Jimmy Holmes, assez accueillant. J’avais ma guitare, Holmes avait la sienne, et on a joué tous les deux une petite demi heure, et il nous a expliqué comment aller chez Owens dès le lendemain. Quand on est arrivés, l’harmoniciste Bud Spires était là aussi. Ils nous ont demandé si on avait du whisky, et comme on n’en avait pas, je suis allé en chercher, accompagné de Bud Spires, mon guide. On est revenus, les deux musiciens ont bu, et on a joué pendant plus de deux heures. Cela se passait bien, sauf que la guitare d’Owens n’était pas très bien accordée, et à la fin, il a réclamé une grosse somme que je n’avais pas sur moi. Il nous a alors poussés dehors, sans ménagements. Au final, ce fut très décevant pour moi. J’avais beaucoup travaillé le répertoire de Skip James, et je comptais sur Owens pour me perfectionner.  C’était raté, je me suis fait une raison… what else ?

Naissance d’un blues wallon.

Je trouvais que musicalement, le wallon convenait autant que l’anglais pour chanter le blues. J’avais écrit quelques textes pour m’amuser, et j’en avais envoyé un, Basse Mouse Blues, à un animateur de la RTBF (radio-télévison belge francophone), qui l’avait passé sur antenne. Ce passage avait d’ailleurs entrainé un quiproquo curieux. J’ai rencontré des gens qui m’ont dit : « On t’a entendu à la radio , c’est vraiment bien, cela rappelle On The Road Again de Canned Heat, et cela colle bien avec ton Todi Sul Voye (toujours sur la route) ! Bref, on me confondait avec le chanteur William Dunker qui occupait ce créneau là aussi. Je devais donc répondre que ce n’était pas moi, mais Dunker. Pas drôle évidemment. Mais mon Basse Mouse Blues a été sélectionné pour un Concours de chanson wallonnes à Liège, et à ma grande surprise , j’ai gagné ce concours. Le retentissement en est limité, bien sûr, mais de fil en aiguille, j’ai composé d’autres morceaux, et j’en ai enregistré de plus en plus. Depuis, un livret est incorporé à mes albums avec les traductions en français et parfois même en anglais. Et aujourd’hui, il y a ce coffret édité par Frémeaux et Associés, composé de 5 albums, dont beaucoup de chanson en wallon. C’est une sorte de consécration, ce qui me gêne un peu, car cela sonne comme si mon avenir était derrière moi. Mais non, l’aventure n’est pas finie. L’inspiration me vient assez facilement, surtout la nuit, et je dois souvent noter les paroles tout de suite, ou parfois même les mélodies qui me viennent en tête, autrement, c’est parti, c’est fini. Il faut mettre tout ça en conserve tout de suite ! J’ai un paquet de chansons qui sont prêtes pour de prochains enregistrements et pour les concerts à venir.

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Les projets 

En ce moment, je cherche des partenaires avec qui jouer en acoustique dans un format de type  » jug band », avec jugs (cruches), washboard et mandoline, sans batterie, dans le style Gus Cannon et Memphis Jug Band, voire  Hokum. J’ai une mandoline aussi. Je pourrais m’y remettre, le son est très beau, mais c’est un autre jeu. Il y a 8 cordes, et la façon d’accorder  n’est pas la même que pour une guitare. D’ailleurs, au début, je l’accordais comme une guitare, et cela n’allait pas trop bien. Il y a là une richesse et une subtilité de jeu incroyables. Même du point de vue rythmique, je trouve que la mandoline est plus souple et parfois plus inventive qu’une batterie, et, c’est le jug qui fait office de batterie et de percussions. Quand j’écoute les disques des années 1930, je trouve que c’est très réussi malgré ces prises de son élémentaires. C’est le genre de choses que j’aimerais faire maintenant. Finalement, dans les groupes de blues, la batterie joue parfois un mauvais rôle. Elle instaure un carcan contraignant et nocif, surtout quand le batteur n’est pas très bon. Il est difficile de trouver de bons batteurs, et je constate que c’est dans les groupes de rock, les anciens, comme ceux d’aujourd’hui, que l’on trouve les meilleurs batteurs. Je les apprécie, et je les écoute. Je me dis que tant qu’à faire, si ce n’est pas pour avoir un bon batteur dans son groupe, autant s’en passer. En blues, ils sont rares en tout cas, beaucoup ont un jeu banal, un peu rugueux, un peu rustique. En outre, on le sait, il faut une communion entre batteur et bassiste, sinon tu n’as rien ! Il est difficile de savoir à l’avance qui va fonctionner correctement avec tel autre, c’est un gros problème. Je souhaite donc faire de nouvelles  rencontres, et expérimenter. J’aimerais aussi avoir un pianiste dans mon band, et tout cela est en train… et, on y arrivera !

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(1)  http://culture.ulg.ac.be/ /ElmoreD2015

(2) http://reflexions.ulg.ac.be/cms/c_24539/fr/droixhe-daniel  /  http://culture.ulg.ac.be/jcms/prod_608404/fr/daniel-droixhe

(3) http://www.arllfb.be/composition/membres/droixhe.html / http://ulg.academia.edu/DanielDroixhe

(4)   »Live At The Checkerboard Lounge », Chicago 22 Novembre 1981, Eagle Vision (EV 305529)

(5)   »Charley Patton-The Voice Of The Delta » est  paru en 1987 aux Presses Universitaires de Liège. Il s’agit d’un recueil des communications faites lors d’un Colloque International organisé en 1984, à l’ Université de Liège, par Robert Sacré, en l’honneur de Charley Patton. Tous les articles viennent d’être remis à jour et complétés, à la demande des University Press of Mississippi à Jackson (MS), qui rééditeront ce volume en 2016.

(6) Voir site  http://www.elmored.be/bentonia/index.html