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Hermia, Ceccaldi, Darrifourcq, God At The Casino

Hermia – Ceccaldi – Darrifourcq,

God At The Casino

(BABEL LABEL)

Attention, dans un ciel souvent un peu frileux, voici un OVNI: une réelle rupture par rapport à un jazz belge trop volontiers consensuel. Bien sûr, on savait que Manu Hermia est un musicien polyvalent. On connaissait le hard bop de son quintet en compagnie de Jean-Paul Estiévenart (trompette), le jazz-rock métissé de Slang, la musique méditative de Murmure de l’Orient et on l’avait retrouvé en musicien free et engagé avec « Austerity And What About Rage ? », enregistré en compagnie de Manolo Cabras (contrebasse) et de Joao Lobo (batterie). Mais voici un Manu Hermia encore plus engagé dans une voie libertaire, en compagnie de deux représentants de la très prometteuse jeune scène française. D’un côté, Valentin Ceccaldi, violoncelliste, membre de Tricollectif, association de musiciens orléanais à laquelle Jazzaroundmag a consacré dernièrement un article : un musicien hyper-actif, que l’on retrouve au sein de La Scala, avec son frère Théo au violon alto et Roberto Negro au piano, de la formation Marcel et Solange, de Toons, du trio Ceccaldi invitant Joëlle Léandre ou de Walabix (« Walabix invite Bart Maris »). De l’autre, Sylvain Darrifourcq, batteur et percussionniste, qui, après avoir rencontré Daniel Humair, a poursuivi ses études au Conservatoire de Toulouse. Membre du quartet du saxophoniste soprano Emile Parisien, une formation riche déjà de quatre disques, de « Au-revoir porc-épic » à « Spezial Snack », Darrifourcq est aussi compagnon de route des saxophonistes Robin Fincker (Omun) et Akosh S. (Apoptose) et a croisé l’Américain Tony Malaby en compagnie du guitariste Marc Ducret. Avec les deux frères Ceccaldi, il fait aussi partie de In Love With (album « Axel Erotic »), en concert à Bruxelles, à la Jazz Station, le 5 mars et à Bruges, au Parrazar, le 6. Au répertoire de ce « God At The Casino », deux compositions de Manu Hermia (Du poil de la bête, Ho Chi Minh), une de Valentin Ceccaldi (On a brûlé la tarte) et deux de Sylvain Darrifourcq (Chauve et courtois, et Les flics de la police, thème déjà présent sur « Spezial Snack » et « Axel Erotic »). Le titre On a brûlé la tarte débute par une séquence tendue jouée à l’archet, à laquelle succède le ténor rageur de Manu, avec violoncelle en contrechant et sonnailles de clochettes et crissements sur cymbales de Darrifourcq. Du poil de la bête est joué au soprano, sur un tempo plus apaisé, en parfaite osmose avec l’archet du violoncelle et effets électroniques discrets de Darrifourcq. Quant à Les flics de la police, il s’ouvre sur une séquence de cordes frappées par Ceccaldi, tandis que la batterie impose le rythme frénétique du morceau, le ténor, dans un déchirement free, n’intervenant qu’après plus ou moins 2 minutes 30. Le thème d’Ho Chi Minh est exposé à l’unison par le saxophone et le violoncelle, porté par un drive inflexible de Darrifourcq. Enfin, le morceau Chauve et courtois s’ouvre sur une séquence de percussions multiples (clochettes, sonnettes et  différents objets frottés sur peaux et cymbales), ce n’est qu’après 2 minutes 40 que la mélodie lancinante se développe au travers des pizzicati et du soprano. Bref, un vrai courant d’air free qui bouscule allègrement certaines habitudes.

Claude Loxhay