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Joris Roelofs, Amateur Dentist

Joris Roelofs, Amateur Dentist

(PIROUET RECORDS)
Peu connu chez nous, le saxophoniste-clarinettiste-flûtiste néerlandais Joris Roelofs n’en a pas moins un CV qui attire l’attention. Conservatoire d’Amsterdam, séjour new-yorkais, nombreux prix aux Pays-Bas comme aux Etats-Unis, Roelofs a accompagné Dee Dee Bridgewater, James Carter, Lionel Loueke, a joué dans le Vanguard Jazz Orchestra…  Ses projets personnels l’ont vu entourer de personnalités comme Reginald Veal, Aaron Goldberg, Ari Hoenig, Greg Hutchinson et tout récemment Matt Penman (contrebasse), avec qui il a enregistré en compagnie de Ted Poor (batterie), deux albums exclusivement à la clarinette basse : « Aliens Deliberating » (2014) et le tout récent « Amateur Dentist » (2016), deux opus parus chez Pirouet Records. Dans la configuration du trio, on doit fouiller bien loin dans les discographies pour trouver un ensemble où contrebasse, drums et clarinette basse sont réunis à l’exclusion de tout autre instrument. Je dois avouer avoir cherché en vain… Et me résoudre à considérer cet enregistrement de Joris Roelofs comme un ovni; mais là où le batave vous fait lâcher le bout de fromage, c’est quand vous placez la galette sur la platine.  Pas un instant on ne s’assoupit, tant l’énergie du trio vous cloue sur place et tant la variété de sonorités du soliste séduit. Joris Roelofs varie aussi les climats avec beaucoup de soin et de goût : entre cinq compositions personnelles bien enlevées, on est scotché par une version originale de « Broadway », un standard des années 1940, une composition d’Ellington peu jouée, « Such Sweet Thunder », ou encore deux thèmes reprenant des compositions du répertoire classique (une tendance qui semble inspirer pas mal de musiciens de jazz aujourd’hui, qu’on pense à Pablo Held, Aka Moon et Scarlatti, Jacopo da Bologna pour RDEO, Scriabine chez Chick Corea…) : « Funèbre » de Scriabine et « Kyrie and Gloria » de Guillaume de  Machaut. Outre le répertoire, on notera l’espace laissé aux accompagnateurs inspirés du clarinettiste, Matt Penman à la contrebasse et Ted Poor à la batterie. Le genre de découverte – du moins pour le public francophone – qui fait plaisir et dont on espère un prochain concert chez nous.

Jean-Pierre Goffin