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Photis Ionatos, Périples

Photis Ionatos, Périples

HOMERECORDS

La Grèce. Éternelle. Antique. Moderne. Aux multiples facettes. Aux oppositions marquées. Berceau des formes occidentales du théâtre, de la poésie, de la philosophie, de la démocratie. Berceau de la musique occidentale et des modes dont s’inspirent encore nombre de musiciens de nos jours, dont les jazzmen. Berceau dont la langue grecque classique a aussi légué nombre de mots ou de préfixes en français, notamment dans le domaine médical ou psychiatrique. Berceau des Dieux de l’Olympe non seulement rigides et guerriers mais célébrant aussi la bonne chère et la luxure. Patrie antique de ces braves guerriers qui défirent les forces perses à Marathon, plus tard sur les mers et sur les terres. Terre qui vit naître Sophocle, Hippocrate, Homère, Périclès, Hérodote et tant d’autres noms aux traces mémorielles pérennes. La Grèce subjugua le poète Byron qui y mourut. Elle fut l’arrière-plan d’un des romans les plus réussis de John Fowles {The Magus} et provoqua les pages les plus intimes, enragées et émouvantes chez Oriana Fallaci {« Un Homme », « Lettre à un enfant jamais né »} qui s’inspira de son amour défunt pour Alekos Panagoulis, l’un des héros de la résistance au régime des colonels. Le film « Z » de Costa-Gavras, les romans crétois de Kazantzakis, la musique engagée de Theodorakis, la voix unique de Maria Callas, celles contemporaines de Maria Farandouri et d’Angélique Ionatos, constituent des piliers artistiques de tout homme de goût et de culture modernes.  Combien de papys et mémés n’ont-ils pas été pris d’engouement et de velléités chorégraphiques à l’écoute des tubes des films que firent connaître au monde entier « Zorba le Grec » et »Jamais le Dimanche ».  Que de générations de garçons de restaurant grecs obèses ne se firent pas des tours de reins en s’essayant au sirtaki que réclamait une clientèle aussi peu portée sur la culture qu’elle l’était sur les finesses de la danse. La Grèce, ce pays dont le Pasok payait le voyage aller-retour aux fils et filles de la diaspora à l’étranger pour aller voter pour le parti. Ou dont la Nea Demokratia – tout autant que le Pasok par ailleurs – pratiquait le clientélisme le plus abject. La Grèce où il faut maintenant des dessous de table pour se faire soigner ou opérer convenablement, sans doute en partie à cause des diktats du triumvirat financier constitué par le Fond Monétaire International, la Banque européenne et la présidence tournante de l’Union Européenne. La Grèce qui, par certains aspects ressemble maintenant plus à un pays du quart-monde qu’à un pays de pointe.

Cette Grèce qui a vu naître Angélique Ionatos et son frère Photis, réfugiés en Belgique (Liège) dès leur jeunesse, a laissé en eux des traces historiques indélébiles et, chacun à sa manière, ils y reviennent sans cesse, par la musique, leurs compositions, et ces déchirures, amours et flétrissures de l’âme qu’ils transcendent, chacun à sa façon originale mais ancrée dans la plus pure tradition de leur pays d’origine. Périples est une espèce d’odyssée moderne et personnelle, qui, au travers de textes poétiques, restitue certains des aspects contradictoires, historiques ou contemporains, de cette Grèce que dominent encore toujours les hauteurs impérissables de l’Acropole même si, un peu plus bas, dans la ville moderne, dans le panier aux crabes financiers, on émonde, éboute, ébranche, écartèle, éviscère, expérimente, dans ce vaste laboratoire de darwinisme appliqué qu’est devenue la population de ce pays qui tente de vivre et de survivre, regardant d’un côté de la salle à rideaux fermés ce que fabriquent politiciens et richards d’un pays éternel en pleine déglingue sociale.

Photis Ionatos, compositeur, interprète, traducteur en écritures poétiques, ayant quarante ans de carrière, est ici aux chant et guitares et, pour ces treize titres, il est accompagné par Didier Laloy à l’accordéon diatonique, Jean-François Hustin à la flûte traversière et Stélios Manussakis au bouzouki. Hustin ayant été responsable de la prise de son, du mixage et mastering des enregistrements. Marie Mertens, l’épouse d’Ionatos, dédicataire de l’album, a créé les aquarelles qui sont reprises en réduction dans le leaflet d’accompagnement du disque. Toutes les citations en italiques de poèmes sont extraites du même leaflet.

Faute d’orthographe

Après un ré grave à la guitare suivi du scintillement de notes isolées, répété à deux reprises, sur le troisième ré on entend la voix d’Ionatos interprétant la mélodie que double la flûte en registre moyen d’une très belle sonorité. Outre les motifs mélodiques, le chanteur interjette des apartés vocaux en Sprechgesang {chant parlé, utilisé pour la première fois par Wagner} en timbre plus profond; ensuite, il interprète des variations sur ce thème (00 :48)- la base mélodique et harmonique étant modale -, d’une voix plutôt rocailleuse, graveleuse par moments. La flûte jouant en contrechants lyriques à certains moments, la voix elle-même étant doublée (dubbing) comme une ombre portée à d’autres (ex. 01 :35/01 :57).  Le climat général est mélancolique, surtout dans la partie centrale. Vers la fin (> 02 :56), le morceau revient à la prosodie initiale avec encore un dubbing de voix (ou écho mais légèrement décalé). Les dernières notes à la flûte sont des harmoniques légères, obtenues par une technique en ne soufflant pas franchement dans l’embouchure. Un très beau morceau.

Autant que possible

(« et si tu ne veux pas mener la vie que tu veux essaie au moins de faire en sorte autant que possible de ne pas la gâcher dans trop de rapports mondains dans trop d’agitation et de discours… » – poème de Constantin Kavakis)

Un début presque identique au morceau précédant avec cette fois-ci une note de pédale de si en point de départ. Ensuite, l’accordéon joue une mélodie de type modal, simple mais captivante qui, paradoxalement pourrait faire penser à un air celtique. Ionatos pour le chant (00 :41) s’accompagnant à la guitare, l’accordéon interjetant parfois des notes ci et là, le tout sur un tempo bien marqué. 01 :14, on entend le refrain (repris à 02 :03). La prosodie du refrain est plus martiale, la voix étant âpre. L’accordéon reprend la mélodie initiale, la finale et coda du morceau étant une répétition du refrain. Ici aussi une réussite.

Soleil Étranger

(« dans l’immense affliction de sa maison par une fissure de sa solitude à étages s’introduit un soleil étranger et recoud les plissures de son existence déchirée il frémit et réveille l’odeur de la mort pas encore consommée mais qui depuis tant d’années sommeille dans ses bras… » – Aki Roukas).

Le morceau débute au bouzouki avec un beau florilège de notes et d’effets d’une superbe sonorité d’ensemble.  00 :54, Ionatos interprète la mélodie fort belle, mélancolique, dramatique, hiératique même, encore de type modal, avec accompagnement de guitare et de bouzouki. > 02 :04, intermède de bouzouki. Notons ces beaux changements de tonalité dans ce solo de bouzouki toujours en graduations de  riches florilèges de notes (02 :27/02 :37). La finale nous fait entendre le chant accompagné par la guitare et le bouzouki (> 02 :47), la coda étant pour le compte de Manussakis au bouzouki, diminuendo. Une très agréable composition superbement interprétée.

Parfum de café matinal

Un morceau de type autodérision, l’amour étant confronté aux vicissitudes matérielles de la vie quotidienne, le tout sur rythme bien marqué de rebetiko (musique d’origine jouée en Grèce mais aussi dans la diaspora). La guitare entame le morceau, Ionatos intervenant ensuite au chant accompagné par lui-même et Manussakis au bouzouki. Le chanteur reprend le thème (01 :15) après un intermède au bouzouki (00 :58/01 :14). Un morceau de polisson qui, toutefois, montre bien à quelles difficultés un amour véritable peut-être confronté, face aux aléas de la condition humaine.

Dédain

(« et tes rayons soleil je te les rendrai je me réchaufferai à l’orgasme de l’univers j’aurai acquitté mes dettes sur cette terre…je te ferai face et de ma dure plaque tombale je réfracterai la lumière » – Nikiphoros Vrettakos)

On entend tout d’abord des sons tenus à l’accordéon puis des battements sourds (à 00 :08 : 2 brefs/2 brefs/1 long), le chant intervenant ensuite (00 :11) mais la prosodie du chant est celle du Sprechgesang.  00 :51, une césure au bouzouki puis Ionatos chantant à nouveau, cette fois un chant franc (01 :01) avec accompagnement de guitare et bouzouki.  Sur un beau crescendo d’un climat lyrique, on apprécie l’intensité sombre de cette voix un rien éraillée (ex. 01 :19/01 :27), dont l’âpreté expressive ajoute encore à l’aspect musical dramatique du morceau.  01 :28, l’accordéon intervient pour interpréter une très jolie mélodie d’une amplitude serrée (sur 4 notes : sol/la/si bémol/do, sur une gamme modale).  02 :06, le chant à nouveau avec un dramatique changement de tonalité, la voix graveleuse, symbole d’une souffrance sans nom (sur accompagnement de bouzouki). Un mot au sujet de la voix de Photis Ionatos.  Elle est souvent âpre, éraillée, sourde, mais sa projection et son expressivité, l’engagement et l’enthousiasme communicatif qu’elle porte, sont celles de grands artistes, d’artistes entiers qui clament ainsi leurs brisures et hachures, meurtrissures et flétrissures de l’âme, leurs émois existentiels.  Et, à propos de voix, il faut différencier entre des voix d’une pureté quasi angélique comme par exemple celles de Montserrat Caballé, Barbara Hendricks, Mirella Freni, Jussi Björling, Jon Vickers ou Corelli en opéra, Joan Baez pour le folk, de ces autres grands artistes aux voix parfois imparfaites ou rocailleuses, rongées par l’abus de tabac ou fatiguées, et on peut citer parmi ces dernières les illustres et merveilleux interprètes que furent Billie Holiday, Janis Joplin, Joe Cocker, Edith Piaf. Des voix donc dont certaines imperfections ou érosions vocales furent compensées par une transcendance qui atteignit parfois au sublime. Prenons par exemple la Callas. Sa voix était moins belle sur le plan purement vocal que celle de Tebaldi, pourtant elle émouvait par la part dramaturgique, l’expressivité totale, l’engagement absolu, qu’elle mettait dans chacune des interprétations de sa bonne période avant le déclin (qui paradoxalement coïncida avec la rencontre avec un autre grec, Onassis}.  Photis Ionatos est de cette trempe des chanteurs dont la voix est loin d’être parfaite, mais en elle on reconnaît les souffrances, les traces historiques, d’un peuple qui connut l’apogée et qui connut les abysses, une voix qui transcende la simple technique vocale pour s’élever au niveau d’art, de par ses admirables expressivité, engagement, projection.

 

Nausicaa

(sur un poème d’Homère extrait de l’Odyssée).

Le commencement est à la guitare, d’une teinte sonore martiale. 00 :06/00 :09, une introduction vocale en Sprechgesang, comme s’il s’agissait là d’un prologue théâtral antique. Ionatos poursuit ensuite (00 :10) par un chant hiératique sur seul accompagnement bien rythmé de la guitare et, intercalé, on entend une voix off (ex. 00 :25/00 :29) qui pourrait symboliser le chœur antique ou le souffleur puisqu’on remarque bien vite que le chanteur répète chaque fois à pleine voix les mots qu’il se souffle auparavant. Une technique originale et bien ancrée dans la tradition antique de son pays.  La prosodie est itérative bien que rythmée, d’une lancinante beauté au climat lourd, fatidique, qui reflète bien ce destin humain qui doit être assumé parce que quand l’appel des Dieux retentit, que reste-t-il d’autre à faire à l’homme, cette fragile créature, que de l’assumer, avec courage et détermination dût-il en mourir ? Une idée originale et une magnifique interprétation.

Murs

(« sans égards sans pitié sans pudeur hauts et grands autour de moi ils ont bâti des murs et me voilà à désespérer je ne pense qu’à ce destin qui me ronge l’esprit…ils m’ont enfermé hors du monde » – Constantin Kavakisà.

Voilà un thème qu’aurait aimé Kafka.  On entend ici une lamentation avec des échos, comme si cette voix éplorée – accompagnée à la guitare et au bouzouki – était réfractée par l’isolement physique que forment les murs, et, l’aspect sonore éraillé de ce timbre, cette projection issue des tripes, ajoutent à la lourdeur et beauté de l’atmosphère musicale.  01 :02/01 :35, Ionatos passe en vocalises {sans paroles donc} en mode plaintif.  Puis (01 :38), il reprend le chant, cette lugubre lamentation, repassant en mode de vocalises dont la profondeur de plus en plus ténébreuse glace les cœurs (> 02 :40).  Par après, même s’il chante une mélodie sur un rythme s’animant quelque peu (> 03 :04), la mélancolie demeure, principalement aussi par l’itération de ces motifs musicaux, soulignant l’impossibilité de sortir de ces murs. La coda fait à nouveau entendre du Sprechgesang avec échos de voix allant crescendo (> 04 :07), symbolisant la douleur et la terreur d’homme en huis clos. Un magnifique morceau.

Les Agapanthes

(sur un poème d’Aki Roukas)

Ici encore on baigne dans la nostalgie la plus pure, le témoin d’un mariage {et on présume qu’elle en a épousé un autre} assiste à la naissance de fleurs, à leur mort, et cette amphore vide fera de lui un poète. La mélodie de type modal est introduite à l’accordéon, ensuite Ionatos intervient en Sprechgesang {durant tout un temps il y a absence de musique d’accompagnement : 00 :42/01 :06}, et à 01 :08, il chante à pleine voix, d’un timbre tour à tour bas ou plus aigu parfois doublée en écho ; on note ici encore l’âpreté de l’intonation (ex. 02 :24/02 :27). La coda constituée de tons chantés dans les tout graves. Un morceau de structure étrange mais au rendu conforme à la nostalgie et à la mélancolie du poème servant de support artistique à l’expression musicale.

L’élégie de Cassandre

(d’après « l’Orestie » d’Eschyle, traduit par Michel Taner)

Après une brève introduction à la guitare, le chant d’Ionatos avec contrepoint à la flûte, l’accordéon jouant ensuite une autre mélodie assez étrange de structure modale (01 :08 ; 01 :26 avec la flûte en appoint). Ici, aussi la prosodie musicale fait penser aux Celtes (qui jouent souvent de la musique modale). Cette mélodie est impressionnante de beauté. Ionatos la reprend en chantant d’une intonation exacerbée (> 02 :08, la flûte en contrechant). Ensuite, on entend à nouveau ce procédé des deux voix (> 02 :42). Une des œuvres les plus réussies de l’album.

Je me suis à nouveau égaré

(Sur un poème d’espoir d’amour, de la plume d’Aki Roukas)

Ionatos entame son chant d’une intonation à vif – sur accompagnement de guitare et de bouzouki – avec des notes longues, le climat est mélancolique à souhait, la coda  en tons sombres et fort bas.

Le Lamento d’Ulysse

(« il pleurait sur le rivage à la même place où il venait d’ordinaire se déchirer le cœur…  – « l’Odyssée » d’Homère)

L’introduction a cappella est à la flûte, les sons normaux de l’instrument étant dubbés par de légères harmoniques et des tapotements de plateaux sans notes jouées. Après un intermède d’improvisation de flûte, Ionatos intervient ensuite en chantant (00 :43), d’une voix  rocailleuse sur accompagnement de guitare et de flûte.  Un très beau climat, mélancolique. 02 :19, la flûte une nouvelle fois a cappella, avec parfois interjetée l’une ou l’autre note de guitare. La fin est morendo.

 

Impitoyablement

(« impitoyablement tu me demandes inlassablement quelles sont mes dispositions prises avec ma conscience tu le sais pertinemment bien pourtant combien nombreux sont tous ceux que je désire exterminer avec mes vers » – Aki Roukas)

Un morceau sur le rythme enjoué du rebetiko aux guitare, bouzouki et accordéon, bien marqué.  00 :39, Ionatos interprète la mélodie presque d’une expressivité martiale.  Ensuite, des variations à l’accordéon (01 :36) puis le chant en finale (> 02 :10). Un morceau de pure et joyeuse détente musicale (comme une espèce de bœuf – ou jam – entre copains musiciens) pour prouver que dans la vie tout n’y est pas que tragœdia, loin de là !

Les Pas

Sur un poème d’Aki Roukas, encore un texte nostalgique faisant référence au passage des ans et qu’on aimerait bien à certains moments remonter le fil du temps.  L’accordéon pour entamer le morceau dans des tons bas, Ionatos ensuite plutôt en Sprechgesang/complainte, pas vraiment en chant. Puis, quand il chante, la voix est accompagnée par des tons bas à l’accordéon, par la guitare et le bouzouki.  Le climat est lyrique, mélancolique, le fruit de ce bel assemblage instrumental et vocal. Par après, l’accordéon prend le relais pour jouer une très jolie mélodie de type modal (01 :23), Ionatos poursuivant pour ce qui doit être le refrain (01 :42).  Un passage d’unisson accordéon/flûte suit (02 :04), reprenant cette élégante mélodie symbolisant sur le plan musical le regret de l’écoulement temporel qui scelle notre condition humaine de son empreinte physique inaltérable.  À la fin, Ionatos reprend le refrain (02 :23), la coda nous faisant entendre des voix doublées ainsi que la flûte. Encore un morceau dont la structure et l’interprétation musicales reflètent et réfractent parfaitement les données existentielles à la base de notre être.

Un superbe album d’un très grand artiste aux compositions, arrangements, interprétations, non seulement originaux et superbement joués mais faisant preuve d’une belle architecture conceptuelle globale, enregistré avec le concours de trois excellents et solides musiciens qui ne font pas étalage de virtuosité gratuite mais plutôt d’une tenue, d’une mise en place, exemplaires, servant d’écrin instrumental idéal à la puissance évocatrice, la totale expressivité extravertie du chanteur.  La voix de Photis Ionatos n’est pas parfaite, mais dans sa dureté coutumière ou les passages à vif, on retrouve – par la magie de la transcendance artistique – de cette grandeur passée de la Grèce immortelle et de ses héritiers actuels confrontés à l’histoire certes mais aussi à leurs vicissitudes existentielles actuelles.  J’ai regretté qu’il n’y ait pas eu dans ce disque plus de passages en solo de l’accordéon ou du flûtiste {il y en avait certains de Manussakis au bouzouki}, excellents musiciens, mais j’admets volontiers que les structures de compositions et d’arrangements étaient homogènes et, surtout, pensées afin de mettre en exergue les textes des poèmes retenus et leur « magnification » par le chant. Une belle réussite.

Roland Binet