Paolo Fresu – Omar Sosa, Eros août01

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Paolo Fresu – Omar Sosa, Eros

Paolo Fresu & Omar Sosa, Eros

BONSAÏ MUSIC

Après « Alma », déjà avec Jacques Morelenbaum au violoncelle, voici le deuxième album réunissant Omar Sosa et Paolo Fresu. D’un côté, le pianiste cubain de 51 ans, célèbre pour son mariage entre tradition cubaine, jazz, musique arabe et éléments électriques. Avec son quartetto afro-cubano, en compagnie du saxophoniste Leandro Saint-Hill, il a enregistré « Ilé »; « Eggun » propose son afro-electric-experience; « Calma » et « Senses » permettent de le découvrir en solo. De l’autre côté, le trompettiste sarde de 55 ans, un des recordmen en matière d’enregistrements (sur son site, 5 pages en PDF). A côté de son quintet avec Tino Tracanna, de son Angel Quartet puis Devil Quartet, le premier avec Nguyên Lê, le second avec Bebo Ferra, Paolo Fresu a aussi enregistré en duo intimiste avec le pianiste américain Uri Caine (« Things », « Think »). Pour cet « Eros », aux côtés des deux solistes, on retrouve donc le violoncelliste brésilien Jacques Morelenbaum (qui a enregistré aussi bien avec Myriam Alter – « Where is there » – que… Sting), et, sur certaines plages, le quatuor à cordes Alborada, déjà présent auprès de Fresu sur « The Whistleblowers » ainsi que Natacha Atlas, chanteuse belge d’origine anglo-égyptienne: surnommée « la rose raï du Caire », celle-ci a déjà collaboré avec Ibrahim Maalouf (« Myriad Road » en 2015). Le projet « Eros » est un parfait exemple d’album studio usant abondamment des possibilités infinies du rerecording, juxtaposant, sur le même titre, bugle et trompette bouchée avec effets de Fresu, piano, Fender Rhodes, MicroKorg, sampler, voix et petites percussions de Sosa (Eros Mediterraneo). Dans la même perspective, l’ingénieur du son superpose le duo de solistes enregistré en Italie, le violoncelliste enregistré à Rio et la voix de Natacha Atlas à Toulouse (Ya Habibi, My Soul My Spirit chantés en langue arabe). Question répertoire, les douze plages de l’album, que complète un morceau fantôme (Kypris), font alterner compositions de Sosa (Brezza del Verano, La Llamada, What is inside, Who Wu, Fradelo, Why), compositions de Fresu (Sensuousness, Zeus’ Desires, Eros Mediterraneo), compositions communes (Himeros, Kypris, My Soul My Spirit), mais aussi What lies ahead de Peter Gabriel et Teardrop du groupe Massive Attack. Dans une ambiance groovy à souhait, que tempèrent le violoncelle (Sensuousness, La Llamada, What is inside, What lies ahead) ou les cordes du Quartetto Alborada (Zeus’Desires, Brezza del Verano, Eros Mediterraneo, Why), on retrouve toute la verve et la sensualité du bugle de Fresu (Sensuousness, La Llamada) et la sonorité ouatée de sa trompette bouchée avec effets (Zeus’Desires, Kypris très davisien) comme l’expansivité de Sosa, mêlant belles sonorités acoustiques de son piano, sonorités électriques de son Rhodes comme du MicroKorg, sur fond de samples et petites percussions. Le 2 juillet, on a retrouvé Sosa et Fresu à Comblain mais dans un contexte moins « fabriqué », plus spontané, ce que permet une prestation live: un Omar Sosa davantage attaché à ses racines afro-cubaines, stimulé par l’interaction avec les multiples percussions de Trilog Gurtu: ne serait-ce pas là une bonne idée d’album?

Claude Loxhay