Mal Waldron on Black Saint & Soul Note déc15

Tags

Related Posts

Share This

Mal Waldron on Black Saint & Soul Note

Black Saint & Soul Note, remastered recordings.

Episode 1 : Mal Waldron

Depuis 2010, le label CAM JAZZ s’est lancé dans la réédition d’enregistrements des labels Black Saint & Soul Note, avec à ce jour pas loin d’une cinquantaine de parutions toutes aussi intéressantes les unes que les autres. Ce mois-ci sortent quatre nouveaux coffrets consacrés à Max Roach (volume 2), David Murray (volume 3), Muhal Richard Abrams (volume 2) et Mal Waldron ( volume 2); ce dernier reprenant pas moins de onze cédés est celui avec lequel nous débuterons ce long parcours au travers des œuvres de ces quatre légendes de la musique afro-américaine.

Après un premier coffret de quatre galettes consacrées aux enregistrements en quintet du pianiste, ce deuxième volet est consacré aux années 1980, principalement, et s’achève en 2000, par le duo avec Judi Silvano ( chanteuse et épouse de Joe Lovano) enregistré dans le studio « Toots » de la VRT à Bruxelles, ville où le pianiste passa ses dernières années et où il mourut le 2 décembre 2002.

Ouvrons la série avec  « Up And Down » enregistré à Milan ( la plupart des albums de ce coffret) avec Chico Freeman au ténor et au soprano, Ricky Knauer à la contrebasse et la chanteuse Tiziana Ghiglioni sur deux thèmes, « Hiromi » de Mal Waldron et « My One And Only Love ». Un album sans batteur donc et où le champ est libre pour de magnifiques et colorés dialogues entre pianiste et saxophoniste. Un autre quartet aussi enregistré à Milan réunit cette fois Anthony Braxton et Mal Waldron pour six compositions de Thelonious Monk. Bill Osborne (batterie) et Buell Neidlinger (contrebasse) donnent ici un soutien efficace, créatif et aux changements de tempo surprenants. Monk est bien sûr une des influences majeures de Waldron et cela se sent tout au long de cet enregistrement sur lequel Braxton est  fidèle aux standards de l’époque où il enregistra « In The Tradition » avec Tete Montoliu.

Les atmosphères monkienne et ellingtonienne transpirent aussi dans les deux enregistrements en duo qui unissent le pianiste et Steve Lacy. Le premier album, « Sempre Amore » (1986) est un hommage à la musique d’ Ellington avec quatre compositions du Duke et quatre de Billy Strayhorn, alors que le second, « Communiqué » (1994), reprend des thèmes de Mingus et Monk tout en laissant une belle part aux compositions personnelles de Lacy et Waldron. Ces deux galettes confirment, comme on le verra par la suite, que c’est bien dans les formules du duo, voire du trio basse-batterie que le pianiste s’exprime avec le plus de liberté et d’audace.

Deux duos aussi avec le contrebassiste David Friesen, l’un enregistré « live » à Los Angeles ( « Remembering Mal », 1985) le second « Dedication (1985) en studio à Milan. Si le premier est essentiellement un album de standards – « If I were a Bell », « ‘Round Midnight », « With A Song in My Heart », « Someday My Prince Will Come »,… – l’album studio privilégie les compositions du duo et le jeu très personnel du contrebassiste y est mis en évidence, notamment sur la composition/improvisation éponyme dans un climat brumeux avant l’éclaircie annoncé par le solo de Waldron, étrange et fascinant à la fois. Toujours très actif, David Friesen tourne toujours beaucoup aux Etats-Unis et en Europe, malhereusement pas en Belgique où il me laisse le souvenir lumineux d’un duo avec le guitariste Uwe Kropinski à Oupeye.

Trois albums avec trois chanteuses rappellent que Mal Waldron fut le dernier pianiste de Billie Holiday et aussi celui de Jeanne Lee ( émouvant concert à Anvers en trio avec Max Roach). Avec Kim Parker, fille de Chan Parker et belle-fille de Charlie Parker et de Phil Woods, Mal Waldron trouve une voix qui littéralement pénètre les morceaux qu’elle interprète, pour ma part une vraie découverte. Tiziana Ghiglioni dans un hommage à Billie Holiday, c’est une dizaine de standards dont l’intérêt principal réside dans la participation d’Enrico Rava à cet album, à ma connaissance le seul que le trompettiste ait enregistré avec Waldron. Enfin, l’enregistrement bruxellois deux ans avant la disparition du pianiste, « Riding A Zephyr », une composition de Judi Silvano, unit la chanteuse au pianiste pour un duo intimiste qui confirme que jusqu’au bout Mal Waldron aura été l’accompagnateur idéal de nombreuses chanteuses.

En conclusion tout à fait subjective, car les albums évoqués ne le sont pas dans l’ordre chronologique, « Update » de 1986 est le reflet de ce que le pianiste offrait en solo : un espace mouvant entre la tradition et la liberté du jazz dont la parfaite illustration est cette variation sur un thème de Cecil Taylor de près de quinze minutes.

Jean-Pierre Goffin