Max Roach, Black Saint & Soul Note jan10

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Max Roach, Black Saint & Soul Note

Max Roach, Black Saint & Soul Note,

Remastered Recordings,  volume 2

CAM JAZZ

Avec le temps, la mémoire ne s’arrangeant pas, il arrive qu’on ne situe plus très bien tel ou tel concert dans le temps, voire le line-up d’un groupe. Certaines formations font toutefois exception et le quartet de Max Roach sans piano en fait partie; je me souviens avoir été fasciné par la précision du tempo du maître que ce soit au North Sea Jazz de La Haye ou au Théâtre 140 à Bruxelles. Alors ce nouveau coffret Cam Jazz de six galettes toutes consacrées à la formation dont faisaient partie Cecil Bridgewater (trompette) et Odeon Pope ( sax ténor) me fait rugir de plaisir.

« Pictures in a Frame » et « In The Light » réunissent les trois musiciens cités et Calvin Hill à la basse, dans deux répertoires tout à fait différents :  le premier – enregistré en 1979 – privilégie les compositions originales et le second – 1982 – les standards de la période bop – deux thèmes de Monk dont le très réussi Straight No Chaser, le rarement joué Good Bait de Tad Dameron et If You Could See Me Now du même Dameron, et Tricotism d’Oscar Pettiford. Enregistré « live » à Münich en 1983, « Live at Vielharmonic » où Dayne Armstrong remplace Odeon Pope au sax et Phil Bower Calvin Hill à la basse, voit le quartet introduire « the new thing », comme le dit Joachim Berendt dans les liner-notes : un quatuor à cordes que Max Roach allait utiliser pendant de nombreux concerts de cette période avec l’appellation « Max Roach Double Quartet ». Sur cet album  composé de deux longs thèmes – A Little Booker de Roach dure vingt minutes et Bird Says de Bridgewater en compte dix-huit – Max Roach utilise les cordes non comme un accompagnement sirupeux, mais comme si il s’agissait d’un mini big band de cordes, celles-ci  s’ingéniant à plaquer des riffs sur les solos de Bridgewater notamment. Ces deux pièces, on les retrouve deux ans plus tard sur l’album « Easy Winners » dans des versions plus concentrées et avec le joueur de congas Ray Mantilla en invité sur un thème. Odeon Pope retrouve aussi sa place et Tyrone Brown est depuis un an le nouveau bassiste du quartet. La composition Easy Winners de Scott Joplin démontre combien l’Histoire de jazz tient une grande place dans l’esprit du batteur. Enfin, les deux derniers albums  – « Scott Free » et « It’s Christmas Again » – enregistrés à quelques jours d’intervalle sont tous les deux composés de longues suites qui  sont devenues la marque de fabrique du quartet. Les quarante minutes de Scott Free laissent un grand espace aux improvisations de Bridgewater et Pope touchant parfois au free jazz, ainsi qu’aux changements rythmiques initiés par Roach.  Si l’intérêt de « It’s Christmas Again », un curieux album, se fait croissant sur la seconde pièce « Christina » c’est parce qu’on y trouve trois invités : Lee Konitz au sax-alto, Tony Scott à la clarinette et Tommaso Lama à la guitare. Je ne suis toutefois pas convaincu par cet album qui contient des textes du leader laissant planer une certaine ambiguïté sur ses intentions. Curieusement négligés ces dernières années dans les rééditions, le Quartet et le Double Quartet témoignent d’une grande vitalité dans la musique de Max Roach pendant les années quatre-vingt, une période certes inégale, mais dont l’intérêt ne doit pas être éclipsé par les enregistrements antérieurs avec Clifford Brown et Sonny Rollins.

Jean-Pierre Goffin