Tous Dehors, Les sons de la vie fév07

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Tous Dehors, Les sons de la vie

Tous Dehors, Les sons de la vie

ABALONE PRODUCTIONS

Voici le nouveau Tous Dehors, avec Les sons de la vie, une sorte de parcours existentiel: « Du premier ‘jet’ jusqu’au dernier souffle, la vie est une succession d’émotions et d’états physiques imbriqués dans un déroulement temporel dont la perception s’accélère au fil des années. C’est cette perception que la composition se propose de rendre… » (texte de pochette). Initialement, cette suite avait été écrite pour l’Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie, en compagnie des musiciens de Tous Dehors: la rencontre de deux mondes généralement rangés dans deux cases différentes, la musique classique, dite « musique sérieuse » et le jazz, une de ces variantes de la « musique légère ». Quatre ans après sa création en 2012, voici comment elle a été réarrangée pour les neuf musiciens de Tous Dehors, neuf, tiens comme le MegaOctet d’Andy Emler, formation elle aussi entre deux mondes dont fait partie Laurent.

De la formation initiale, celle de l’album « Dans la rue » de 1995, sont restés, autour de Laurent (clarinettes, saxophones, harmonica), Catherine Delaunay (clarinettes, accordéon diatonique), Denis Chancerel (guitare, banjo) et Jean-Marc Quillet (marimba, vibraphone, xylophone, accordéon chromatique, timbales), rejoints au fur et à mesure des albums, de « Dentiste » (1998) à « Happy Birthday » (2009), par Gérald Chevillon (saxophone basse, soprano, flûtes à bec), Damien Sabatier (saxophone alto, sopranino et baryton), Bastien Stil (tuba, trombone, en lieu et place de Michel Massot) et Franck Vaillant (batterie, à la place de Michel Debrulle) et, enfin, le petit dernier Gabriel Gosse (guitares, en remplacement de David Chevallier). Et, ici, deux invités, d’une part, le pianiste Matthew Bourne, que Laurent a croisé avec Trio Grande (albums « Un matin plein de promesse » et « Hold The Line ») mais aussi en duo complice (« Chansons d’amour ») et, d’autre part, Marc Ducret que Laurent a notamment croisé pour l’album « Dreams In Tune » du MegaOctet.

Avec ce nouveau projet, on retrouve de grandes constantes propres à Tous Dehors : la synthèse entre jazz populaire et savant, entre liberté de l’improvisation et maîtrise orchestrale, ici, à l’image d’un orchestre symphonique et, enfin, une musique branchée sur le vécu, sur le quotidien, dans ses aspects les plus communs (ici, Attention les béquilles ou J’ai trois ans, je dis non, en parallèle à d’anciennes compositions comme Tonton Lucien, Bonjour ou De bon matin). La formation se singularise aussi par son multi-instrumentisme débridé, son mélange entre instruments populaires (harmonica, accordéons, banjo, xylophone) et instruments rares (clarinette contrebasse, cor de basset, guitare à 7 cordes, tres à trois cordes, marimba basse, saxophone basse, sopranino), caractéristique qui débouche sur une palette sonore aux colorations multiples.

Cette suite « Les sons de la vie » est divisée en douze mouvements, de la Course des spermatozoïdes à la vieillesse (Attention les béquilles) ou la mort (Triste) mais avec une volonté d’exalter la vie jusqu’au bout (Encore un peu). L’album s’ouvre sur Wendy (une composition jouée aussi avec Trio Grande comme c’est le cas de Valse, Attention les béquilles et Triste) : une masse orchestrale compacte, semblable à celle d’un orchestre symphonique, avec les clarinettes en avant et un solo débridé de guitare électrique avec effets. La course des spermatozoïdes enchaîne avec la même volonté de masse sonore, toute en nuances de couleurs. Pour Gestation, « construction des gènes et assemblage des cellules », l’orchestre est scindé en deux : le liquide amniotique rassemblant clarinettes, saxophone basse, trombone bouché et guitares, une masse sonore dont émerge le « petit poisson », un solo de piano. Viennent ensuite La chambre des enfants, à l’atmosphère guillerette, avec clarinette contrebasse, vibraphone, saxo basse , trombone bouché et banjo; puis J’ai trois ans, je dis non, une musique volontiers répétitive, avec clarinettes, guitare et banjo, pour symboliser l’obstination de l’enfant. La pièce Tu dors est dédiée à l’adolescence et mêle harmonica, accordéon, piano et guitare en premier plan. Disco, « l’insouciance »", se veut résolument dansant, plus dans la veine des premiers albums (rappelez-vous de Valeureux Liégeois, un grand classique) avec cuivres de Stil, clarinette basse, guitares et percussions. Toi, symbolisant l’amour, est plus intimiste avec une mélodie portée par une clarinette volubile. La courte Valse, « la maturité », rappelle l’univers de Trio Grande, avec trombone bouché, clarinette et percussion comme Attention les béquilles. Avec Triste, « la perte d’un être cher », on revient à une ballade mélancolique avec clarinette et trombone bouché. Le tout pour terminer en feu d’artifice, avec un bouquet final de 12 minutes: surgissent du diable vauvert, comme une fanfare délurée, clarinettes, saxophones, trombone et guitares, après une intro de piano, débouchant sur des solos d’alto et de guitare électrique. Le rythme s’accélère tel un tourbillon emportant tout sur son passage.

Bref, voilà une musique généreuse et espiègle, à l’image de Laurent Dehors ou, pour reprendre l’expression chère à Christophe Monniot, membre de Tous Dehors à ses débuts, de vraies « musiques à ouïr » et… à jouïr.

Claude Loxhay