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Jazz à Liège – deux jours, 23 concerts…

Jazz à Liège: 11-12 mai

par Claude Loxhay
Jazz à liège, c’est 23 concerts en deux jour. Impossible de tout voir. Bien sûr, il existe plusieurs méthodes d’approche : découvrir le maximum de formations et courir d’un bout à l’autre du Palais des Congrès, au risque de se contenter de picorer au gré de sa fantaisie, ou alors chercher à faire le maximum de rencontres, au risque de se contenter de picoler au gré des bars. Le moyen terme : se fixer, à l’avance, un horaire strict et se limiter, en grande partie, aux têtes d’affiche programmées dans les salles des 1000 et des 500, au risque de ressentir l’une ou l’autre frustration: par exemple, rater le Bop and soul Sextet mais il sera présent à Dinant et au prochain Jazz Tour et Stavroguine mais on avait déjà vu le groupe au Petit Théâtre, ou renoncer à découvrir l’Allemand Reiner Witzel dont on dit le plus grand bien.
Vendredi, dans la salle des 500, le Tuesday Night Orchestrarevisitait, avec punch, le répertoire de son dernier album « In a Little Provincial Town » dédié à René Thomas et Bobby Jaspar.

Tuesday Night Orchestra

Ce qui nous a valu des arrangements très soignés de Meeting (avec un solo énergique de Dree Peremans au trombone), de Phenil Isopropilamine (avec un fougueux solo de baryton de Vincent Brijs) ou de In a Little Provincial Town (avec Dieter Limbour du Brussels Jazz Orchestra au saxophone alto). Quant à Jean-Paul Estiévenart, substitut de Carlo Nardozza à Liège, il put mettre en évidence sa limpidité de sonorité au bugle comme à la trompette sur December et Third Time, deux compositions originales de l’arrangeur François de Ribeaupierre. Une belle prestation pour un big band qui sait allier puissance de la masse sonore et palette élargie avec l’appoint de clarinettes et flûtes comme sur Song For Jaspar.

Pas le temps de voir le final, il faut rejoindre la salle des 1000 : le concert de Roberta Gambarinivient de débuter. En parfaite complicité avec son trio rythmique – au piano, Kirk Lightsey que l’on avait déjà découvert en compagnie de Judy Niemack en 2005, à la contrebasse, l’excellent Reggie Johnson et, aux drums, Mario Gonzi qui fut un temps le batteur du Vienna Art Orchestra-, la chanteuse d’origine italienne a pu montrer son parfait sens mélodique comme sa maîtrise totale de l’art du scat. Que ce soit sur de grands standards comme Nobody Else But Me ou sur le tempo enflammé de On the Sunny Side of the Street dont la partie en scat est directement inspirée d’un chorus de Dizzy Gillespie, elle démontre toute l’ampleur de son registre vocal, se permettant des parties en duo, tour à tour, avec le piano, la contrebasse ou même la batterie. Mais elle se sent tout aussi à l’aise dans des ballades comme Lush Life ou dans des versions très personelles d’Oblivion d’Astor Piazzola (chanté en français) ou d’Estate de Martino (chanté en italien, avec un solo imitant à la perfection la sonorité de la trompette de Chet Baker). Une grande dame qu’on sent ravie d’être là, en pleine communion avec ses musiciens comme avec le public.

Roberta @ Roy @ Copacabana

Le temps de jeter un coup d’oeil dans la salle des fêtes pour constater qu’Aka Moon a conservé toute sa fougue originelle et il est temps de retourner dans la salle des 500 pour réaliser qu’au travers de son projet New Gospel, Don Byron, qui en son temps a révolutionné l’art de la clarinette, s’enferme dans un contexte étonnamment passéiste et passablement racoleur avec les incantations de sa chanteuse Barbara Walker. 23 heures 30 : il est temps de rejoindre la salle des 1000 pour retrouver le hard bop inoxydable de Roy Hargrove en compagnie du fougueux Justin Robinson à l’alto, comme c’était déjà la cas lors de leur passage à Liège en 2002. Les thèmes et solos s’enchaînent sans réel désir de contact avec un public pourtant conquis : on a connu un Roy Hargrove plus disert.

Samedi, un petit détour par la salle des 200, le temps de constater que Fabrice Alleman, au soprano, s’est idéalement intégré au quartet Moonly Delight d’André Klenes, que ce soit dans des compositions du leader (Rose des vents, Amalia) ou de Jacques Pirotton (Pictures). Dans la salle Fédération Bruxelles-Wallonie, voici une vraie découverte : le jeune trompettiste américain Ambrose Akinmusire. Doté d’une technique stupéfiante fondée sur de forts contrastes de registres, il propose des compositions personnelles aux structures complexes, qui rompent avec le shéma traditionnel d’enchaînement entre thème mélodique et chorus d’impro. On le sent en pleine complicité avec son pianiste Sam Harris dont il interprète l’une des compositions, Waiting For Sun. Un concert étonnant qui tranche avec son album « When The Heart Emerges Glistening » et surtout avec le Bailador de Portal. Pas le temps d’attendre la fin du concert, une large partie du public s’est dirigé vers la salle des 1000 pour écouter Philip Catherine.

Philip Catherine

Le guitariste bruxellois revisite une partie de son dernier album, « Philip Catherine Plays Cole Porter », de Why Can’t You Behave à Everytime We Say Goodbye joué en rappel. Le jeune Nicola Andrioli n’éprouve aucune peine à succéder à Karel Boehlee, le pianiste de l’album. Il est vrai qu’il avait déjà croisé le guitariste au Gaume Jazz Festival. A la contrebasse, Philippe Aerts fait preuve de toute sa subtilité mélodique et Antoine Pierre prend de plus en plus d’asssurance. Le répertoire n’est pas emprunté au seul Cole Porter, Philip interprète un tournoyant Janet, avec un solo de batterie très inventif, ou ce Lost Land de Nicola Andrioli. Un des concerts les plus applaudis par un public fervent. Un nouveau coup d’oeil vers la salle des 200 et le hard bop des Sidewinders emmenés par le trompettiste Michel Paré et le saxophoniste Thomas Champagne. Le concert des 3 Cohen commence avec un certain retard et le public est tellement nombreux qu’il s’avérera impossible d’entrer dans la salle bondée. Il faudra se retourner vers la démo distribuée lors de la conférence de presse du festival pour découvrir ce sextet qui s’inscrit dans l’héritage post bop.

3 Cohen au Duc des Lomards (Paris, 18/11/2011)

23 heures : il est temps de rejoindre la salle des 1000 pour découvrir le projet Migration du  bouillant batteur Antonio Sanchez. En compagnie du volubile Will Vinson à l’alto, John Escreet au piano et Matt Brewer, solide comme un roc à la contrebasse, le batteur d’origine mexicaine propose de longues compositions personnelles, dont certaines inspirées par le printemps arabe, qui feront partie de son prochain album « New Life ». Le quartet fait preuve d’un punch vigoureux mais une sonorisation quelque peu appuyée dessert finalement cette musique qui s’inscrit dans un post coltranisme endiablé.

Antonio Sanchez Migration (Barcelone, 04/11/2011)

Au total, un bon festival à la programmation éclectique mais sans qu’on retrouve peut-être le frisson de certains concerts mémorables des années antérieures (Rollins, Fresu, Texier, Romano et bien d’autres). Un dernier mot pour regretter le départ d’Albert Sauerà la régie et présentation, cheville ouvrière de nombreuses éditions et ancien animateur infatigable des « Mercredis du Jazz « au Lion s’Envoile :  il peut maintenant écouter les concerts, tranquillement assis dans la salle.

Albert Sauer