Steve Lehman & Sélébéyone, Sélébéyone mar07

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Steve Lehman & Sélébéyone, Sélébéyone

 Steve Lehman & Sélébéyone, Sélébéyone 

PI RECORDINGS

La musique a giclé en dehors des haut-parleurs de l’automobile. Accidentellement… Une fois l’effet de surprise passé, un regard vers l’écran tactile du tableau de bord qui affichait « Steve Lehman & Sélébéyone – Laamb ». Puis lentement, les souvenirs ont refait surface; celui, encore vague, d’un courriel reçu d’un lointain agent américain : « Download attached, Thanks ! – Seth ». Le fichier MP3 en question s’est retrouvé sur une clé USB, entre « The Raven » des Stranglers (première période punk) et « Le pas du chat noir » de Anouar Brahem, ce dernier album demeurant toujours à portée de main. La clé a dû rester branchée quelques semaines sur l’auto-radio, libérant un à un les fichiers audios qu’elle contenait… Vous connaissez la suite et la raison pour laquelle cette pépite d’or, parue vers l’automne 2016, ne fait l’objet d’une chronique chez Jazz Around qu’en fin d’hiver 2017 !

Une recherche sur la toile nous permet d’apprendre que Steve Lehman est un saxophoniste new-yorkais, installé aujourd’hui à Los Angeles où il donne des cours de musique. On le retrouve régulièrement en qualité de sideman aux côtés entre autres d’Anthony Braxton et de Vijay Iyer. Ses derniers albums ont recueilli des louanges auprès de la critique anglo-saxonne (The Wire, The New York Times…). Vous dire enfin que cet insatiable travailleur compose également des pièces de musique expérimentale qui sont jouées par des ensembles de musique de chambre un peu partout dans le Monde.

On s’éloigne ! « Sélébéyone » (« intersection » en langage wolof) est, de fait, le croisement du jazz et du rap. Mais pas n’importe comment. D’un côté, les pointures d’une section rythmique épileptique (Drew Gress, basse/Damion Reid, batterie), de l’autre, un micro que s’échangent alternativement la star sénégalaise Gaston Bandimic (pour les textes en langage wolof) et High Priest, ex-membre du groupe de hip-hop alternatif Antipop Consortium. Au milieu, des sons électroniques jamais envahissants et des saxophones qui se faufilent adroitement entre le flow et les beats complexes. « Sélébéyone » captive, avec son dialogue Nord/Sud, ses vrais morceaux d’instruments dedans (jamais la caisse claire n’aura aussi bien porté son nom), sa contrebasse qui vibre et ses cuivres hirsutes. Ils semblent déjà si lointains (obsolètes), les scratches que Grand Mixer D.ST avait posé sur le « Rockit » de Herbie Hancock. Il ne fait aucun doute qu’avec cet album à l’équilibre parfait et sans contraintes (un coup de cœur a-posteriori de l’année 2016), Steve Lehman et ses complices nous emmènent sur les traces accueillantes de la musique de demain. Une mission à laquelle BadBadNotGood vient de faillir de justesse, il y a peu…

Joseph « YT » Boulier

 

N.B. : l’ensemble des textes déclamés en langage wolof sur le disque sont traduits en anglais sur le site internet de Steve Lehman.