Fournier – Pierrepont, Traités & accords avr18

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Fournier – Pierrepont, Traités & accords

Denis Fournier/Alexandre Pierrepont,

Traités & accords

VENT DU SUD

Confortablement installé dans son fauteuil « club » en cuir de style anglais, un casque Sony MDR CD550 vissé sur les oreilles, Stefano exhala les volutes épaisses d’un cigare Bolivar Belicosos. Une pédale de grosse caisse s’activa, ce qui rompit le silence. Puis le batteur enchaîna les coups de de caisse claire, caressa les cymbales, fit tinter la charleston… Stefano fit tourner son Cognac Louis Royer « Grande Champagne » dans le petit verre posé sur une table basse, juste à côté du cendrier. Il en but une gorgée et se promit que rien ni personne ne pourrait le détourner du plaisir qu’il s’octroierait lors des quarante petites minutes à venir. Alexandre Pierrepont, le narrateur, raconta d’abord en détails sa version d’une séance – légendaire et orageuse – durant laquelle Miles & Monk enregistrèrent « The Man I Love » de Gershwin, à la veille des fêtes de Noël, en 1954.

Mais l’Histoire ne se suffit pas à elle-même… L’anthropologue nous invite à rebondir d’un thème (le jazz) à un autre (la Commune de Paris par exemple), pour créer des parallélismes moins tordus qu’on ne pourrait le penser. D’un coup de reins, Stefano ajusta sa position dans le fauteuil. La chaleur enivrante de l’alcool et le goût prononcé du cigare l’avaient sans doute un peu déconcentré; il glissait lentement – mais inconfortablement – vers le bord du siège. Entre les gorgées de Cognac et les inhalations poivrées, notre auditeur poursuivit l’écoute attentive de ces « Traités & accords », dont il pouvait lire au fur et à mesure les textes imprimés dans le livret d’accompagnement. La prose, accompagnée de petites percussions (L’émeute ) ou par un tempo plus rythmé soutenu par le batteur (Hygiène de vie), puis ces vingt-deux minutes découpées en chapitres qui nous relatent quelques anecdotes consacrées aux musiciens de l’Association for the Advancement of Creative Musicians (Gestes et opinions des huit tribus) lui rappelaient qu’il y a bien longtemps déjà, il s’était assis dans l’obscurité pour un voyage similaire.

C’était «Plume d’ange », une histoire gorgée de poésie, racontée sur le ton de la confidentialité par Claude Nougaro… Le sourire aux lèvres, plongé dans un état proche du sommeil, Stefano entendit encore : « l’apport principal du jazz au monde actuel est une affirmation du désir… ». Il acquiesça… Puis, feignant d’imiter Depardieu s’adressant à Dewaere, il murmura : « On n’est pas bien là ?! »… Stefano appuya de nouveau sur la touche « play » du lecteur et se resservit une rasade de Cognac… Assurément, oui !

Joseph « YT » Boulier