Ahmad Jamal, Marseille juin22

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Ahmad Jamal, Marseille

« Marseille » Ahmad « me fend le cœur ! »

JAZZ VILLAGE

 « De 1963 à la fin des années  80, je ne suis plus venu en Europe, c’est mon nouveau label qui m’a ramené en Europe. » C’est que nous disait Ahmad Jamal lors d’une interview parue sur jazzaroundmag en janvier 2014. Depuis le pianiste semble ne jamais avoir quitté la France avec un nombre d’enregistrements tous aussi passionnants : de « Live in Paris ‘92 », « A l’Olympia » pour ses 70 printemps en 2000, jusqu’aux récents enregistrements au studio La Buissonne à Pernes les Fontaines. Avec « Marseille », Ahmad Jamal déclare une nouvelle fois son amour à  la France et plus particulièrement à une de ses villes-phares. La version instrumentale sonne comme une marche avec les roulements de caisse claire de Herlin Riley, le piano déroule ses notes lascives, langoureuses comme de douces vagues méditerranéennes, léger roulis souligné par la basse de James Cammack. Une évocation de  Marseille qui reviendra à deux reprises, en clôture de l’album avec Mina Agossi et en pièce centrale avec la version du rappeur français Abd Al Malik. Etonnante version d’un classique du gospel, Sometimes I Fell Like A Motherless Child est parsemé de citations d’une composition de Miles Davis, Jean-Pierre, inspirée par une comptine pour enfants, qui du coup prend une résonance particulière sur le thème de l’enfant-orphelin. Sur Pots en Verre, le pianiste laisse ses partenaires dresser décor : James Cammack, Herlin Riley et Manolo Badrena enluminent le jeu du pianiste avec délicatesse. Si la version de Marseille avec Abd El Malik permettait aux fans de rap de découvrir l’univers d’Ahmad Jamal, ce serait déjà à mes yeux une réelle avancée du jazz dans le monde souvent musicalement vide du rap et du slam.  Comment à 87 ans être encore créatif ? Autumn Leaves en version chaloupée donne la réponse du maître; faut dire que ses partenaires se montrent une nouvelle fois au sommet de leur art, Manolo Cabras jonglant entre bongos, claves, clochettes, grelots et autres casseroles en folie, sur le standard comme sur Baalbeck, merveilleusement puissant et déroutant. A l’heure où tant de groupes s’évertuent à bouleverser leur line-up et leur style à chaque production, Ahmad Jamal, avec une rythmique de fidèles absolus, n’arrête pas de nous séduire, émouvoir, bouleverser, un des derniers grands  maîtres. Est-ce son meilleur disque ? Ahmad a la réponse :   « Quand on me demande quel est mon meilleur disque, je réponds : le suivant ! Mon secret est de rester frais, aller à la découverte de la musique. Si vous ne découvrez pas quelque chose de nouveau tous les jours, vous êtes mort ! » Tout est dit.

Jean-Pierre Goffin