Dock In Absolute juin27

Tags

Related Posts

Share This

Dock In Absolute

Dock in Absolute : Jazz Around the Dock

Quand on a l’impression que tout fout le camp à vau-l’eau sur notre petite Planète qui se trouve aujourd’hui au bord de l’implosion économique, philosophique et climatique, on ressent alors le besoin légitime de se ménager des plages de vrai bon temps. Un club de jazz sympa, quelques amis, un Orval et quelques compositions « propres sur elles » suffiront largement pour cette fois. Le trio belgo-luxembourgeois Dock in Absolute assurera sans se prendre la tête. Il emprunte au contraire une route gentiment prévisible, sur laquelle il sera difficile de se perdre. Partons à leur rencontre, avant qu’ils ne s’envolent à nouveau vers d’autres aventures lointaines…

(c) Diane Cammaert

Dock in Absolute en concert à l’An Vert (Liège), le 3 juin 2017.

Dock in Absolute parcourt le Monde; pose ses valises en Chine (où ils sont reçus comme des stars), en Russie, prend la direction de la Grèce puis de l’Ecosse… Et au milieu de tous ces voyages, Dock in Absolute fait escale à Liège, au club de l’An Vert. Pour eux, il ne s’agit pas d’une arva vacua (ils nous le préciseront plus tard), ni de quelconques territoires à conquérir. La salle, bien remplie, est occupée en partie par un noyau de fans fidèles qui y installent une atmosphère bon enfant.

La formation évolue sans fard et sans effets rajoutés, en trio conventionnel piano/basse (électrique)/batterie. D.I.A. ne s’encombre pas d’improvisations risquées; les musiciens n’étalent pas leur dextérité sur la voie publique (on reste néanmoins impressionnés par le jeu espressivo du jeune batteur, Michel Meis). Quel intérêt alors ? En vérité, sans révolutionner l’art du trio, Dock in Absolute s’inscrit parfaitement dans la mouvance d’un nouveau jazz quasi introspectif, qui s’ouvre à de nouvelles perspectives (une pointe de rock, une pincée de musique classique)… Cette musique ne bouscule ni les codes, ni l’auditeur. Elle se veut rassurante, avant toute chose. Pari gagné : les compositions du pianiste Jean-Philippe Koch – qui ne peut répudier ses premières amours rencontrées dans le domaine de la musique classique – nous plongent dans une zone de confort dans laquelle nous nous abandonnerons le temps d’une soirée étoilée.

(c) Diane Cammaert

En interview, même soir, même endroit.

Nous avons rencontré Jean-Philippe Koch (piano), David Kintziger (basse) et Michel Meis (batterie) juste avant leur montée sur scène.

Jazz Around : comment est né votre groupe ?

David : J’ai rencontré Jean-Philippe ici à Liège. Il étudiait au Conservatoire. J’ai dû l’accompagner pour ses examens de fin d’année : il s’agissait d’un travail sur un concerto de Johan Sebastian Bach. Michel s’est joint à nous un peu plus tard.

Jazz Around : votre agenda de concerts est particulièrement bien rempli… Comment arrivez-vous à obtenir tous ces contrats ?

Jean-Philippe : Nous n’avons pas de manager. J’occupe cette fonction pour laquelle j’effectue énormément de démarches. Cette année, nous aurons accompli plus de cinquante concerts… Plus nous jouons et plus il nous est aisé de signer de nouveaux contrats… Le bouche à oreille fonctionne bien à  ce niveau-là. Nous allons faire une quatrième tournée en Chine. Nous devons également nous rendre en Roumanie, en Ecosse, à Liverpool.

Jazz Around : être (en partie) un groupe luxembourgeois, est-ce que ça ne ferme pas quelques portes ? Les salles de concerts doivent être rares ; il y a peu de presse.

Jean-Philippe : Ca explique peut-être pourquoi nous jouons énormément à l’étranger. Pour ma part, je me sens autant belge que luxembourgeois. En vérité, nous considérons que Dock in Absolute est un groupe européen.

(c) Diane Cammaert

Jazz Around : vous sortez un premier album. Quelles sont vos attentes à ce niveau-là ?

Jean-Philippe : En vérité, nous avions déjà produit nous-mêmes un premier album. Nous nous en sommes servis comme carte de visite pour démarcher auprès des organisateurs de concerts. « Dock in Absolute » est notre premier album sorti sur un label de jazz important (les Italiens de Cam Jazz – NDLR). Ils nous ont laissé « carte blanche » : trois jours pour enregistrer et mixer les treize titres de l’album.  

David : Cam Jazz est un label reconnu chez les organisateurs de concerts… Ca aide ! Même si notre label ne s’occupe pas de nous au quotidien, le simple fait qu’ils en parlent nous permet de décrocher des contrats.

Jazz Around : votre musique est moderne, tout en utilisant une formule trio classique… Quels sont les trios qui vous ont inspirés ?

David : Ce n’est ni du swing ni du be-bop hein… ! (rires).

Jean-Philippe : E.S.T. est une référence. Jusqu’à présent, nous avons toujours utilisé un piano acoustique. Seul David utilise des effets sur sa basse.

David : Notre univers évolue : on a envie de se tourner davantage vers l’électronique. Je pense que le prochain album en contiendra.  

(c) Diane Cammaert

Jazz Around : quelle place occupe le rock dans votre musique ?

Jean-Philippe : En gros, nous jouons du jazz-rock progressif, même si le jazz constitue l’élément essentiel de notre musique. Mais je n’oublie pas non plus d’où je viens. J’ai suivi une formation classique. Je pense que ça se ressent dans certains morceaux plus mélancoliques.

David : Le rock, c’est la partie de notre batteur… (resté muet jusqu’ici, Michel Meis se marre). Le rock ouvre le champ à d’autres publics. Auparavant, quand tu allais à un concert de jazz, tu te disais que seuls les spécialistes pouvaient suivre et comprendre les codes. Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui.

Jean-Philippe : Notre jazz n’est pas très sophistiqué. l y a peu d’improvisations; les gens peuvent suivre les mélodies. Je pense qu’ils apprécient notre musique pour cette simplicité. D’autre part, le jazz évolue, devient de plus en plus éclectique. On le constate lors des festivals auxquels nous participons. C’est particulièrement flagrant en Asie. Il y a l’électronique qui arrive aussi… En tant que musicien, nous nous devons de constamment évoluer avec notre temps.

Jazz Around : Dock in Absolute en concert… à quoi le public doit-il s’attendre ?

David : Il y a des mélodies, des structures… C’est construit, même si notre musique évolue. Ce que nous jouons sur scène ressemble fort à ce qui se trouve sur le disque. Nous faisons peu d’improvisations.

Jean-Philippe : l’accueil est souvent enthousiaste. Quand nous allons en Chine, c’est chaque fois un moment de folie… On doit faire des séances de selfies avec les fans; nos disques s’envolent (rires).

(c) Diane Cammaert

Jazz Around : pour clôturer, d’où vient ce nom « Dock in Absolute » ?

David : c’est compliqué et sonore en même temps… Il y a l’idée de voyages dans le mot « Dock », l’encrage d’un port à l’autre… Le « in » évoque les connexions, l’idée du support numérique. Pourquoi pas « dans l’absolu » ? D.I.A., ça n’existait pas. Je trouve que ça sonne bien à l’oreille…  

Quelques informations encore.

Le premier album « officiel » du groupe « Dock in Absolute » est disponible sur le label italien CAM JAZZ. Il a été enregistré au mois de décembre 2016 au célèbre Studio Bauer de Ludwigsburg (Allemagne).

Dock in Absolute poursuit inlassablement sa course autour du Monde : Chypre, Italie, Hong-Kong, Avignon, Singapour… Et, prochain concert belge du KOCH TRIO, le 19 novembre à Verviers.

Propos recueillis par Yves « Joseph Boulier » T.

Reportage photographique de Diane Cammaert