Jazz Ladies, 1924-1962 jan29

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Jazz Ladies, 1924-1962

Jazz Ladies, 1924-1962

Pianists, trumpets, trombones, saxes, organ… all girls bands.

FREMEAUX ASSOCIES

Le milieu du jazz fut – et reste encore – un milieu plutôt misogyne et machiste. Dès les débuts, beaucoup de femmes aspiraient à une carrière dans le jazz, mais tout au long du siècle dernier on ne leur a reconnu qu’une place comme chanteuse et, dans une certaine mesure, comme pianiste. Pour les autres instruments, c’était l’ostracisme et la condescendance (du genre : « elle joue pas mal…pour une femme ! »). Beaucoup de musiciens masculins entretenaient cet état d’esprit et le répercutaient auprès du public amateur de jazz. Quelques femmes ont malgré tout pu s’imposer dans cette jungle par leur talent et leur détermination. D’autres y sont arrivées en constituant des orchestres ou des trios et quartets entièrement féminins. Heureusement la situation s’est améliorée et, de nos jours, les instrumentistes féminines sont de plus en plus nombreuses, mais ce fut un long et dur combat. C’est cette histoire du jazz au féminin que documente ce coffret de 3 cédés qui rend hommage à ces musiciennes. Le premier album (The Pianists 1936-61) fait la part belle aux pianistes de choc (parfois chanteuses en sus) qui sortirent de l’anonymat : Lil Hardin (Armstrong), ici dans un superbe Doin The Suzie-Q chanté avec son Swing Orchestra en 1936, ainsi qu’avec un instrumental torride, Boogie Me, en duo avec Booker Washington (1961). D’autres pianistes sont mises en valeur, en leaders de petites formations (duos, trios, quartets), comme Mary Lou Williams, Hazel Scott (avec un excellent The Jeep Is Jumpin’ accompagnée par Charlie Mingus et Max Roach), Dorothy Donegan (avec un bien enlevé Dorothy’s Boogie Woogie de 1946), Yvonne Blanc, Barbara Caroll, Marian McPartland, Jutta Hipp, Loraine Geller, Terry Pollard, Patti Bown, Pat Moran,Toshiko Akiyoshi et Joyce Collins. Le volume 2 (All Instrumentalists 1924-62) reprend encore des pianistes opérant cette fois au sein d’orchestres qu’elles dirigent comme Lovie Austin & Her Blue Serenaders) ou non, comme Gladys Mosier avec tout un panel de copines (trompette, trombone, saxophone, violon, groupe vocal) dans le Mills Cavalcade Orchestra. On retrouve aussi l’organiste Shirley Scott soit avec son trio ou avec le Eddie Davis Trio. Chapeau aux trompettistes Dollie Jones au sein du Albert Wynn’s Gut Bucket Five, Clora Bryant (aussi chanteuse de blues dans This Can’t Be Love) et Valaida Snow (elle chante un très swinguant Right Hat,Trumpet And Rhythm ) et à la tromboniste et arrangeuse Melba Liston soit avec le Dexter Gordon Quintet ou le Dizzy Gillespie Orchestra et encore avec Her Bones ( Bennie Green, Al Grey, Kenny Burrell dans le vitaminé Trolley Song de 1958). Et, n’oublions pas l’époustouflante guitariste Mary Osborne (en 1969 dans I Surrender Dear  et How High The Moon avec Tommy Flanagan, Jo Jones…),  les saxophonistes Kathleen « Kathy » Stewart (avec Humphrey Littelton & His Band) et Elvira «Vi» Redd ainsi que la harpiste Dorothy Ashby. Mention à Blanche Calloway qui dirige ses Joy Boys (en copie vocale féminine de son époux Cab dans Just A Crazy Song, et Misery, avec Ben Webster, Cozy Cole). Toutes ces instrumentistes s’en sortent haut la main et n’ont rien à envier à leurs collègues masculins. Le troisième album est consacré aux Girl Bands (1934-54) avec 5 faces des International Sweethearts Of Rhythm en 1945, 3 titres des Ina Ray Hutton & Her Melodears de 1934, deux morceaux de Ivy Benson & Her All Girls Band de 1947; on (re)découvre aussi les  Mary Lou Williams Girl Stars, la bassiste Vivien Garry et son quintet, le trio de la pianiste Beryl Booker et le septet de la vivraphoniste Terry Pollard. De quoi tordre le coup à des préjugés tenaces et désobligeants pour ces musiciennes de jazz talentueuses.

Robert Sacre